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      novembre 2009
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Retraite repoussée chez les travailleurs plus âgés

De nombreux baby-boomers à l’aube de la retraite n’auront peut-être pas le temps de recouvrer les pertes que leur a infligées la crise financière

Par Terence Yuen et Dan Morrison

*Version longue d’un article abrégé paru initialement dans le numéro de novembre 2009 de CAmagazine.

Conséquence de la crise financière, les travailleurs qui s’apprêtaient à prendre leur retraite y repensent maintenant à deux fois.

Malgré le fort redressement des derniers mois, l’indice composé S&P/TSX frôlait les 11 000 points lors de la rédaction du présent article — soit encore 25 % en-deçà de son sommet de 2008. Pour les investisseurs, cela représente des pertes atteignant les centaines de millions de dollars.

L’effet qu’une baisse de la valeur des actions produit sur l’épargne-retraite des gens dépend de leur exposition aux risques d’investissement. Une baisse de valeur est moins problématique pour les travailleurs membres d’un régime de retraite à prestations déterminées : leur futur revenu de retraite est généralement garanti indépendamment des fluctuations des marchés financiers. Cependant, de nombreuses entreprises qui offraient auparavant ce type de régime les ont abandonnés en faveur de régimes à cotisations déterminées. La proportion de travailleurs canadiens participant à un régime à prestations déterminées est en baisse depuis deux décennies, et en particulier chez les employés du secteur privé. Alors que ceux-ci comptaient pour près de 30 % au début des années 1990, ils représentent moins de 20 % aujourd’hui.  

Il incombe à la majorité des travailleurs canadiens ne bénéficiant pas d’un régime à prestations déterminées de préserver leur situation financière après leur départ à la retraite. Or, la faiblesse de l’épargne-retraite a toujours été préoccupante : environ 30 % seulement des personnes admissibles à un régime enregistré d’épargne-retraite y cotisent. Par ailleurs, même ceux qui économisent de façon prudente sont vulnérables à la volatilité des marchés financiers. Selon des estimations fondées sur certaines statistiques en matière de patrimoine, la plupart des familles canadiennes ne participant pas à un régime à prestations déterminées ont placé plus de 60 % de leurs avoirs financiers dans des actions; un effondrement des cours de l’ordre de 25 % implique donc une baisse marquée de plus de 15 % de l’épargne-retraite.

Le degré de préparation financière des travailleurs est l’un des facteurs les plus décisifs dans la détermination du moment de la retraite. Or, compte tenu des pertes de placement abyssales provoquées par la crise financière, on doute de plus en plus de la suffisance des revenus de retraite. De nombreux baby-boomers la veille de la retraite n’auront peut-être pas le temps de recouvrer leurs pertes. S’il leur est impossible d’augmenter substantiellement leur épargne, la retraite pourrait s’avérer inabordable et ils n’auront vraisemblablement d’autre choix que de demeurer plus longtemps que prévu dans la population active.

Pour examiner l’incidence de la récente crise économique sur les attitudes des particuliers à l’égard de la retraite, Watson Wyatt a interrogé 2 232 employés actifs et 904 retraités d’organisations non gouvernementales américaines en février dernier. L’étude révèle entre autres que les gens revoient actuellement l’âge prévu de leur retraite à la lumière des importantes pertes subies par leur épargne-retraite.

Selon le sondage, près de 70 % des travailleurs de 50 ans et plus estiment qu’ils devront épargner bien davantage en vue de la retraite à cause de la crise économique, alors qu’un tiers des répondants ont indiqué qu’ils avaient repoussé l’âge prévu de leur retraite au cours de la dernière année. Parmi ceux qui prévoient retarder leur départ à la retraite, la majorité affirment qu’ils travailleront au moins trois ans de plus que ce qu’ils avaient initialement prévu. La moitié d’entre eux planifient désormais de travailler après 65 ans. En outre, les travailleurs qui participent à un régime à cotisations déterminées sont plus susceptibles de retarder leur départ à la retraite que les travailleurs participant à un régime à prestations déterminées. C’est la diminution de la valeur de leurs comptes 401(k) qu’ils invoquent comme principale raison pour repousser la retraite.

Des études portant sur le krach boursier du début des années 2000 révélaient des répercussions similaires sur les modèles de retraite chez les travailleurs britanniques. En 2003, Watson Wyatt avait réalisé une étude auprès de plus de 4 000 Britanniques âgés entre 50 et 64 ans. Un répondant sur quatre avait décidé de prendre sa retraite plus tard que prévu. De plus, les statistiques démontrent une forte corrélation entre la probabilité de retarder la retraite et la sévérité des pertes subies. Les personnes les plus touchées par la baisse des cours sont plus susceptibles de prendre leur retraite plus tard.

Comme les travailleurs seront plus nombreux à repousser l’âge de la retraite, certains d’entre eux pourraient «se désengager» du travail, et peiner à demeurer productifs et motivés. Ces employés plus âgés, incapables de quitter comme prévu, risquent de poser un défi de taille aux entreprises désireuses de rationnaliser et de restructurer leurs activités. Dans la perspective d’une éventuelle reprise économique, on assistera probablement à une vague de départs à la retraite chez les employés âgés, ce qui entraînera à moyen terme d’importants problèmes de transition des effectifs pour les employeurs. Pour faciliter une sortie ordonnée de ces travailleurs, les entreprises devront adopter une approche globale pour gérer les départs à la retraite, qui saura répondre aux besoins des employés comme à ceux de l’employeur.


Terence Yuen est économiste principal et Dan Morrison est actuaire-conseil principal chez Watson Wyatt Worldwide