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Parer aux risques.
Par Elliott Levine Illustration : John Sapsford
Les ventes récentes de produits financiers comme les achats de titres à revenu fixe traduisent la nervosité générale suscitée par la volatilité du marché des actions. En ayant recours à cette stratégie, la plupart des investisseurs tentent sans doute de réduire leur exposition aux fluctuations du marché des actions. Or, en réalité, peut-être que ce faisant ne se trouvent-ils qu'à augmenter - et non à réduire - leur niveau de risque global.
Le risque est habituellement assimilé à la volatilité liée aux fluctuations de valeur d'un portefeuille - soit l'évolution des marchés et son incidence sur le rendement du portefeuille. La plupart des investisseurs craignent que la volatilité des marchés entraîne une baisse des valeurs faisant partie de leur portefeuille. Or, le risque doit être analysé non seulement au regard de la volatilité du portefeuille, mais aussi en fonction du risque systématique et du risque spécifique, du risque lié à l'inflation, de la sensibilité du rendement, de la durée, et aussi des rajustements de la composition du portefeuille liés à la durée de la vie.Le risque systématique concerne la volatilité attribuable à un marché donné ou à une économie donnée. On pourrait citer à titre d'exemples la montée des taux d'intérêt au Canada dans les années 80 ou le boycottage des produits pétroliers par les États-Unis dans les années 70. Quant au risque spécifique, il a trait à la volatilité tenant à un titre en particulier - on peut penser ici aux poursuites non prévues intentées contre Dow Corning ou aux activités frauduleuses de Bre-X, et à leur incidence négative sur le prix des actions de ces sociétés.
| Encadré 1 |
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Effet de la variation du rendement sur la valeur du portefeuille |
| 000 |
000 |
Valeur du portefeuille |
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Âge auquel |
Investissement total |
Rendement annuel |
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on commence |
(13 500 $/an à investir jusqu'à 65 ans) |
8% |
10% |
12% |
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30 ans |
472 500 $ |
2 326 275 $ |
3 658 800 $ |
5 827 450 $ | Les investisseurs peuvent gérer le risque systématique et le risque spécifique par la diversification de leur portefeuille. La diversification géographique réduit le risque systématique lié au marché en répartissant le portefeuille de l'investisseur entre plusieurs économies différentes. La diversification obtenue par la détention d'un grand nombre de titres (concept à la base du fonds commun de placement) réduit le risque spécifique en atténuant l'exposition de l'investisseur à des risques ayant trait à des sociétés en particulier. La plupart des investisseurs parviennent assez aisément à gérer le risque systématique et le risque spécifique. Toutefois, la réduction de l'exposition au risque ne signifie pas simplement la gestion de l'exposition à l'échelle mondiale d'un portefeuille et la diversification de l'actif. La gestion des risques et la répartition du portefeuille doivent aussi prendre en compte l'inflation, la durée et la sensibilité du rendement.
Une des stratégies de gestion du risque systématique associé à un RER consiste à faire passer le contenu étranger au-delà du plafond de 20 %. Bien qu'il s'agisse d'un concept relativement nouveau, la plupart des organismes de placement collectif proposent maintenant des fonds dont le contenu est officiellement canadien mais dont le rendement est lié à des placements internationaux.
Inflation Au moment où ils élaborent une planification financière, la plupart des investisseurs oublient de tenir compte de l'érosion du pouvoir d'achat du dollar. Par exemple, en 1945, il en coûtait 4 ¢ pour poster une lettre; aujourd'hui, le coût de l'affranchissement est de 46 ¢.
L'effet de l'inflation sur le pouvoir d'achat est un risque auquel nul ne peut échap-per. Depuis 1950, l'indice des prix à la consommation (étalon couramment utilisé pour mesurer l'inflation) s'est accru en moyenne de 4,1 % par année, ce qui influe forcément sur le taux de rendement réel d'un portefeuille. Pour se protéger, les investisseurs doivent comprendre que le taux de rendement réel correspond au taux de rendement du placement, moins l'inflation. Par exemple, pour un portefeuille dont le taux de rendement est de 8 %, avec un taux d'inflation de 4,1 %, le taux réel de rendement n'est que de 3,7 %. Pour juger si un taux de rendement de 3,7 % est acceptable, il faut apprécier les risques associés à l'obtention d'un taux de rendement plus élevé.
Comparons le revenu nécessaire à la retraite (prise à 65 ans) pour une inflation nulle et pour une inflation moyenne (4,1 %). On prend le cas d'une personne âgée de 30 ans qui gagne 75 000 $ par année, dont le salaire croît au rythme de l'inflation (4,1 %).
Si la personne en question vit dans un contexte d'inflation moyenne et qu'elle souhaite conserver son niveau de vie actuel, un revenu annuel de retraite de 56 250 $ ne sera pas suffisant, puisque l'inflation augmente de 131 550 $ le re-venu annuel nécessaire. Cette personne doit prévoir un revenu de retraite de 187 800 $ par année si elle tient compte de l'inflation dans sa planification.
S'il est vrai qu'aujourd'hui la plupart des consommateurs vivent dans un contexte d'inflation faible, le taux d'inflation était considérablement plus élevé il y a seulement une décennie. Les investisseurs doivent impérativement protéger leur portefeuille contre les effets de l'inflation et l'érosion du dollar, à la fois durant leur vie active et à la retraite.
Répartition du portefeuille Pour la plupart, les investisseurs souhaitent prendre leur retraite dans la cinquantaine ou la soixantaine et, lorsqu'ils approchent de cette étape, ils sont souvent à la recherche de placements plus sûrs. L'espérance de vie est de 75 ans pour les hommes et de 81 ans pour les femmes. Si l'on fixe à 65 ans l'âge moyen de la retraite, celle-ci aura une durée de 10 à 20 ans pour la plupart des gens.
Nombre d'investisseurs d'âge mûr craignent que l'argent vienne à manquer et, bien qu'ils souhaitent léguer un patrimoine à leurs enfants ou à leurs petits-enfants, les discussions au sujet de la succession et de la planification fiscale révèlent souvent que la majorité d'entre eux n'ont pas pensé aux conséquences fiscales de leur décès pour leur succession. Une répartition inadéquate du portefeuille et/ou l'ignorance des effets de l'inflation sur le portefeuille pendant les années de la retraite peuvent faire en sorte que l'argent vienne à manquer trop tôt. La répartition des éléments d'actif devrait comporter des éléments ayant un rendement après inflation élevé. Même à la retraite, on doit avoir une certaine quantité d'actions.
L'Encadré 1, intitulé «Effet de la variation du rendement sur la valeur du portefeuille», montre les effets de différents taux de rendement sur la valeur du portefeuille. Il indique la valeur du portefeuille d'une personne qui, à partir de l'âge de 30 ans, verse tous les ans une somme de 13 500 $ à un RER jusqu'à l'âge de 65 ans. On voit que la valeur du portefeuille à la retraite varie considérablement en fonction du taux de rendement (hypothèses de 8 % à 12 %).
Comme on peut le constater, une différence de taux de 2 % à 4 % a une incidence notable sur la valeur du portefeuille. Une différence de 4 % (soit l'écart entre 8 % et 12 %) dans le taux de rendement se traduit par une différence de plus de 3 000 000 $ dans la valeur du portefeuille au moment de la retraite, ce qui montre bien l'importance de la répartition du portefeuille.
L'investissement relève davantage de l'art que de la science. Il exige de la patience, de la discipline et, surtout, un plan. Investir, ce n'est pas un exercice émotif et ce ne doit jamais l'être. Trop souvent, les investisseurs prennent des décisions à court terme lorsque la nervosité les gagne, et leurs choix de placements deviennent alors émotifs et irrationnels. La répartition du portefeuille doit être établie en fonction de la tolérance du client à l'égard du risque; cependant, les rendements varient, comme il a été démontré.
Anticipation des marchés Les investisseurs indisciplinés qui apportent des modifications à leurs placements en période d'incertitude prennent dans bien des cas des décisions coûteuses. On appelle «choix du moment propice» la stratégie consistant à essayer d'anticiper les marchés en achetant lorsque les cours sont bas et en vendant lorsqu'ils sont hauts. La différence quant au rendement du portefeuille est illustrée par une comparaison entre les résultats obtenus par l'investisseur qui n'essaie pas d'anticiper le marché et ceux obtenus par celui qui rate quelques jours de bourse (de 10 à 40 jours). [Données fournies par Ibbotson & Associates et Sanford C. Bernstein & Co., 1996.]
De toute évidence, il est pratiquement impossible d'anticiper le marché; il vaut mieux conserver ses placements en tout temps, sans se soucier des fluctuations à la hausse et à la baisse.
| Encadré 3 |
| Incidence de l'âge auquel on commence à investir en vue de la retraite |
| Âge auquel on commence à investir |
Investissement total (13 500 $/an jusqu'à 65 ans) |
Valeur du portefeuille à l'âge de 65 ans (taux de rendement de 8 %) |
30 40 50 |
472 500 $ 337 500 $ 202 500 $ |
2 326 276 $ 986 930 $ 366 553 $ | La plupart des gens commencent à travailler vers la fin de la vingtaine ou le début de la trentaine et leur vie se déroule selon un cycle semblable. Au début de leur vie professionnelle, ils se rangent, se marient, ont des enfants. Pendant cette phase initiale, certains décident que l'épargne en vue de la retraite n'est pas une priorité. Or, cette décision risque de s'avérer coûteuse. L'Encadré 3, intitulé «Incidence de l'âge auquel on commence à investir en vue de la retraite», montre à quel point il importe de commencer tôt. Si l'on suppose un investissement annuel de 13 500 $ jusqu'à l'âge de 65 ans et un taux de rendement annuel de 8 %, on constate que l'âge auquel la personne commence à investir a une importance considérable.
Selon que l'on commence à mettre de l'argent de côté à 30 ou à 40 ans, la différence n'est que de 135 000 $ pour ce qui est de la somme investie. Mais en ce qui concerne la valeur du capital au moment de la retraite, la différence est supérieure à 1,5 million $.
L'élaboration d'un plan financier bien conçu n'est pas un exercice unidimensionnel. Lorsqu'on prend des décisions en matière de planification des placements, il faut examiner les incidences actuelles et futures de ces décisions. Le risque incorpore plusieurs éléments : les types de valeurs détenues, le pouvoir d'achat que procureront au bout du compte ces valeurs, la répartition du portefeuille tout au long de la vie de l'investisseur, l'avidité ou l'hésitation, l'anticipation des marchés, et l'incidence du moment où l'on commence à investir. L'investissement n'a rien - et ne devrait rien avoir - d'émotif. Les décisions d'investissement doivent être fondées sur une stratégie mûrement réfléchie.
Elliott Levine, M.B.A., est administrateur et planificateur financier chez Levine Financial Group à Toronto.
Cette rubrique est dirigée par Ian Davidson, M.B.A., CFP, CA, de Assante Capital Management Ltd. à Toronto.
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