avril 2008 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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10 trucs pour vous rendre intéressant

Par Massimo Cecere
Illustration : Geneviève Côté

La forte demande de vérificateurs internes amène les entreprises à redéfinir cette fonction en vue d’attirer des candidats

La fonction de vérification interne a beaucoup évolué au cours des dernières années. Créée pour évaluer les contrôles internes destinés à protéger les actifs d’une entreprise, elle visait d’abord à assurer le respect des politiques et des procédures, de même qu’à prévenir et à déceler les fraudes et les erreurs.

Ces fonctions se sont ensuite étendues aux aspects plus généraux du contrôle, et les vérificateurs internes ont alors appliqué leur expertise à d’autres domaines que celui de la finance. Aujourd’hui, la vérification interne met l’accent sur l’efficacité et l’efficience des activités d’exploitation, sur l’évaluation des mécanismes de contrôle de projets importants, notamment ceux ayant trait aux systèmes d’information de gestion, ainsi que sur la gestion du risque d’entreprise.

La profession de vérificateur interne a connu une nouvelle popularité à la suite des multiples scandales financiers hautement médiatisés des dernières années.

Depuis 2002, la nécessité, pour les entreprises, de se conformer à la Loi Sarbanes-Oxley ou à la Loi 198, son équivalent canadien, a créé une forte demande de vérificateurs internes. La concurrence s’est donc accrue pour recruter les meilleurs talents, et de nombreuses entreprises doivent redoubler d’efforts pour maintenir en poste leurs professionnels spécialisés en vérification interne.

Nous proposons dix solutions pratiques qui devraient permettre aux entreprises d’optimiser la fonction de vérification interne, et de devenir un employeur de choix.

1. Prévoir les ressources nécessaires

L’entreprise doit établir un budget approprié à la vérification interne et déterminer les effectifs nécessaires à l’exécution des mandats.

Afin d’évaluer les sommes à prévoir, l’entreprise peut d’abord étudier l’action des entreprises de taille similaire œuvrant dans le même secteur, tout en tenant compte des risques particuliers auxquels elle doit faire face.

Beaucoup d’entreprises croient qu’il suffit de nommer un directeur, mais ce dernier aura besoin de quelques adjoints pour accomplir son mandat, surtout s’il faut créer ce service.

Une fois les membres du personnel en place, il faut aussi s’assurer que ceux-ci disposent des outils de productivité et moyens de communication à la fine pointe de la technologie, tout en étant conformes aux meilleures pratiques.

Par son engagement à fournir à ses vérificateurs internes tout le matériel de référence électronique et tous les programmes et outils de vérification dont ils ont besoin, l’entreprise démontre l’importance qu’elle accorde à la vérification interne.

2. Recourir à des ressources externes

L’équipe de vérification interne qui dispose d’effectifs limités, par exemple à la suite de départs, aux prises avec des échéances serrées, et qui doit se conformer aux exigences de plus en plus rigoureuses en matière de présentation et de documentation, aura souvent avantage à s’adjoindre des ressources externes qui ajouteront leur expertise à celle du personnel interne.

En travaillant en collaboration avec les experts-comptables, l’équipe interne perfectionnera ses connaissances et apprendra de nouvelles méthodologies fondées sur les meilleures pratiques.

3. Confier des mandats exhaustifs

Tous les vérificateurs internes, quelle que soit leur expérience, doivent participer à l’ensemble des étapes d’un mandat de vérification afin de comprendre les enjeux en cause.

Il est donc important qu’ils participent à la planification du mandat, qu’ils assistent aux réunions, qu’ils collaborent à la préparation et à la présentation du rapport de vérification et aux activités de suivi, et qu’ils se voient confier des tâches variées. Les vérificateurs internes évolueront ainsi dans un environnement stimulant et valorisant qui leur offrira des défis à la hauteur de leurs compétences.

Ils seront plus enclins à rester dans l’entreprise et celle-ci pourra compter sur leur expertise acquise à l’interne. Par ailleurs, les vérificateurs satisfaits seront plus portés à recommander leur entreprise lorsque des postes seront vacants.

4. Effectuer une rotation dans les mandats

Les vérificateurs internes bénéficieront grandement d’une rotation entre les différents types de mandat, soit ceux de vérification des mécanismes de contrôle, de gestion des risques, de vérification de l’efficience et de l’efficacité des activités d’exploitation et de gestion de projets, de même que ceux portant sur la Loi Sarbanes-Oxley ou la Loi 198.

Il est également possible de leur confier des mandats dans les domaines de la fiscalité, de la fraude, des technologies de l’information, de l’obtention d’un brevet ou encore de la mise en place d’un plan d’urgence en cas de pandémie.

Par ailleurs, au lieu de leur confier des mandats de longue haleine, il est préférable de scinder ceux-ci afin que les vérificateurs puissent bénéficier des avantages de la rotation : acquisition de nouvelles connaissances, variété du travail, meilleure compréhension des divers volets de la société et élargissement de leur réseau de relations d’affaires.

5. Favoriser la progression de carrière et l’enrichissement professionnel

Un processus efficace de développement de carrière contribue à la satisfaction des employés et diminue le taux de roulement du personnel. Compte tenu des coûts importants associés au renouvellement du personnel, les entreprises devraient permettre à leurs professionnels talentueux qui le désirent d’accéder à d’autres postes au sein de l’organisation. Il s’établit de ce fait une synergie intéressante entre ceux qui choisissent d’autres fonctions et leurs anciens collègues.

Chez Transcontinental inc., les vérificateurs internes ont l’occasion de participer à tous les types de mandats au cours de leurs deux premières années au sein de l’entreprise. À l’issue de cette période, certains choisissent de se spécialiser dans un domaine particulier, en fonction de leurs préférences et de leurs aptitudes.

Certains vérificateurs accèdent à d’autres postes au sein de l’entreprise, alors que d’autres décident de poursuivre leur carrière en vérification interne. Après avoir occupé différents postes au sein de l’organisation, certains seront promus cadre supérieur.

André Bolduc, directeur de la vérification interne chez Transcontinental, explique qu’il est très important qu’un jeune professionnel participe activement à son cheminement de carrière et qu’il sente que son employeur lui offre des défis à la hauteur de ses talents : «Si un vérificateur s’intéresse davantage aux médias, je lui confierai plus de mandats portant sur nos activités dans ce secteur et je ferai des démarches pour qu’il accède à un poste dans une de ces divisions. Nous formons nos professionnels pour la vérification interne, mais aussi en vue de leur prochain niveau de responsabilité.»

6. Promouvoir la collaboration

Le comité de vérification et la haute direction doivent donner le ton pour mettre en lumière l’importance de la fonction de vérification interne. L’image de policier au sein de l’entreprise associée auparavant aux vérificateurs est maintenant chose du passé. Ils sont devenus de précieux collaborateurs qui visent à améliorer les activités d’exploitation. Cette collaboration ne diminue aucunement leur indépendance, surtout si la haute direction encourage des communications ouvertes et sollicite la rétroaction de ses employés.

Le comité de vérification doit pouvoir compter sur la collaboration de la haute direction de l’entreprise dans la réalisation de ses mandats, le suivi des conclusions des rapports et l’application des mesures correctives.

Selon François Monette, directeur principal de la vérification corporative et de l’évaluation des risques chez Bombardier Inc., il est possible de combiner les principes de contrôle et de collaboration, si la crédibilité et la valeur ajoutée de la vérification interne sont bien établies : «Notre service est reconnu pour son expertise en gestion des risques et nous sommes sollicités de temps à autre par les membres de la direction pour réaliser des mandats spéciaux, fournir des conseils en matière de contrôle des risques ou prêter une ressource technique pour un projet. D’autre part, nous communiquons régulièrement notre mission et nos objectifs à l’ensemble de l’organisation, dans le cadre de déjeuners-causeries notamment, afin de démontrer notre valeur ajoutée. Ces initiatives nous permettent aussi de recruter de futurs vérificateurs à l’interne.»

7. Offrir des solutions pour assurer l’équilibre de vie

Les professionnels, jeunes et moins jeunes, visent l’atteinte d’un équilibre entre leur carrière et leur vie personnelle.

Plusieurs éléments liés à la profession peuvent causer un déséquilibre du style de vie, comme les périodes de pointe et les voyages trop fréquents.

En effet, les déplacements répétitifs constituent une des principales raisons qui motivent les vérificateurs internes à quitter leur poste. L’employeur aura tout intérêt à mettre en place des politiques et initiatives pratiques visant à atténuer le stress subi par ses professionnels comme le télétravail, les semaines de travail flexibles, les soupers payés, etc.

Pour diminuer la fréquence des voyages, on peut avoir recours à la vidéoconférence. Si les déplacements ne peuvent pas être évités, d’autres initiatives sont possibles, qu’il s’agisse d’un congé compensatoire rémunéré ou de télétravail. Ces diverses mesures visent à permettre aux vérificateurs de retrouver une certaine stabilité au retour de leurs déplacements.

8. Offrir des récompenses et témoigner sa reconnaissance

Des récompenses liées au rendement individuel ou aux réalisations de l’équipe sont une importante source de motivation pour les professionnels. Un système de bonification annuel basé sur l’atteinte d’objectifs représente un avantage tangible pour les professionnels. Des incitatifs à long terme, dont les régimes d’octroi d’actions, sont également intéressants, car ils favorisent une mentalité de propriétaire et représentent un lien direct avec le succès de l’entreprise.

La direction d’une entreprise doit reconnaître tout travail exemplaire, qu’il soit individuel ou collectif, sinon leurs employés motivés et dévoués pourraient rechercher un employeur qui appréciera davantage la qualité de leur travail.

9. Encourager le réseautage

Pour réussir dans son domaine, un vérificateur interne devra réseauter, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise. Ces habiletés devraient lui être enseignées dans le cadre de la formation continue.
Les entreprises devraient tenir des rencontres régulières entre les membres de la direction et les vérificateurs internes. Ces rencontres favoriseront la collaboration de la direction aux mandats de vérification interne et permettront aux vérificateurs d’expliquer la valeur de leur fonction.

Le réseautage à l’extérieur de l’entreprise offre aux vérificateurs internes la possibilité d’en apprendre davantage sur les meilleures pratiques en échangeant avec les chefs de file de l’industrie.

10. S’entourer de gens compétents

Si elle veut assurer sa crédibilité au sein de l’entreprise, l’équipe de vérification interne doit s’entourer de gens compétents et expérimentés. Selon le degré de difficulté du mandat, le chef de la vérification interne décidera de solliciter la collaboration de membres d’autres services de l’entreprise ou encore de recourir aux services d’experts-comptables ou d’autres professionnels externes. Au moment d’établir le budget de la vérification interne, il importe de prévoir les sommes nécessaires à l’impartition de certaines tâches de même qu’à la formation professionnelle des effectifs en place.

La formation continue, tant à l’interne qu’à l’externe, devrait être accessible aux vérificateurs internes afin qu’ils puissent parfaire leurs compétences techniques de même que leurs habiletés en communication et en négociation. On pourra organiser des dîners-formation, jumeler un mentor à un vérificateur moins expérimenté, assumer les frais de cours à l’université ou dans des instituts spécialisés, etc. On mettra également en place un processus d’évaluation du perfectionnement professionnel.

L’entreprise qui souhaite bénéficier de la valeur ajoutée de la fonction de vérification interne doit s’assurer que l’équipe est bien structurée et qu’elle dispose des ressources pour atteindre ses objectifs. En somme, la fonction de vérification interne doit se moderniser au même rythme que les tendances du marché professionnel. Les vérificateurs internes recherchent des défis intéressants et ils veulent travailler dans un milieu dynamique. Ils désirent faire partie de la solution, et non des problèmes.


Massimo Cecere, CA, est directeur, Services conseils en gestion de risques au bureau montréalais du cabinet RSM Richter S.E.N.C.R.L.

Yves Nadeau, CA, est associé, Certification et Services conseils en gestion des risques au même bureau, et il dirige la rubrique Certification.