Partir ou rester
Par Carolyn Cohen
La décision de changer d’emploi ou de demeurer en poste doit se fonder sur une analyse
approfondie
Stéphane se revoit encore dans le
bistro où l’avaient invité une quinzaine de ses collègues à l’occasion de son départ. À peine une semaine
après avoir accumulé le nombre d’heures requises pour obtenir le titre de CA, il quittait le monde de
l’expertise comptable. Le jeune comptable en rêvait depuis un an déjà. Il obtiendrait, à son nouveau poste,
20 000 $ de plus tout en travaillant un nombre d’heures moindre (il avait remarqué à quel point le
bureau où il avait passé son entrevue était devenu silencieux à 17 h 30). Mieux encore, le travail
qu’on lui proposait semblait vraiment stimulant. N’importe quel travail l’intéressait, pourvu qu’il ne fasse
pas de vérification.
Quatorze mois plus tard, Stéphane se
demande s’il n’a pas pris une décision un peu trop hâtive. De fait, son salaire est attrayant, mais il a eu
l’occasion, dans le cadre de ses fonctions, de prendre connaissance de la rémunération de certains collègues
et cadres supérieurs et il se rend compte que l’écart salarial qui le démarque de ses confrères du secteur de
l’expertise comptable va se rétrécir rapidement. Son travail s’est révélé assez stimulant pendant les six
premiers mois, mais il commence maintenant à le trouver répétitif. Ses chances d'obtenir le poste de
contrôleur sont faibles, car le titulaire actuel ne semble pas vouloir bouger. Stéphane n’est pas malheureux.
Il espère toujours avoir fait le bon choix, mais il conseille à ses anciens copains d’y réfléchir à deux fois
avant de changer d’emploi.
Il ne s’agit pas ici des risques
encourus lorsque l’on délaisse l’expertise comptable pour le secteur privé, ni des avantages d’un choix de
carrière par rapport à un autre. Ce qui importe, c’est de s’interroger sur la pertinence et l’à-propos de
quitter son employeur actuel et, peu importe la réponse, d’analyser les gestes à poser pour améliorer sa
situation présente. En effet, il est possible de prendre certaines mesures en vue de bonifier son sort tout
en demeurant en poste.

Nous connaissons tous quelqu’un qui s’est accroché à un emploi ou à une organisation plus longtemps qu’il
n’aurait dû. Peut-être que cette personne n’aimait pas le changement ou ignorait les possibilités qui
s’offraient à elle. Peut-être croyait-elle que les postes disponibles dans d’autres organisations ne lui
apporteraient pas d’avantages significatifs. À l’inverse, nous connaissons aussi des gens qui ont laissé
tomber un peu trop rapidement leurs acquis. Ces personnes sont convaincues que l’emploi idéal se trouve
ailleurs et se demandent pourquoi elles ont pris tant de temps à s’en rendre compte. Dans leur cas, la
mobilité constitue la meilleure option. Êtes-vous de ceux qui ont bougé trop vite ou pas assez
rapidement?
Les gens changent d’emploi ou de carrière pour diverses raisons, dont les suivantes :
- leurs intérêts ont changé (par exemple, après avoir été exposés à de nouvelles idées, à de nouveaux
secteurs d’activité, etc.);
- leurs priorités ont évolué (par exemple, ils ont maintenant des intérêts à l’extérieur du milieu du
travail qui réduisent le temps qu’ils sont prêts à consacrer à leur carrière);
- leurs possibilités d’avancement sont limitées ou incertaines (par exemple, le nombre de postes de niveaux
supérieurs est restreint ou encore leurs évaluations récentes n’ont pas été exceptionnelles);
- le travail qu’ils seraient appelés à effectuer s’ils étaient promus ne les attire pas (par exemple, à
l’échelon suivant, il leur faudrait faire beaucoup de prospection de clientèle, alors que c’est le travail
technique qui les intéresse vraiment);
- ils manquent de motivation (se lever chaque matin pour aller travailler est une épreuve);
- ils sont trop stressés (par exemple, ils souffrent plus fréquemment de problèmes de santé, et le stress
en semble une cause probable);
- ils souhaitent un meilleur salaire (par exemple, la rémunération accordée aux échelons supérieurs de
l’organisation ou de la profession est inférieure à leurs attentes).
Quitter prématurément son poste actuel peut se révéler aussi néfaste que de s’y éterniser. Pour les
impulsifs ou pour ceux qui croient que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin, il importe de
réfléchir à certains points avant de prendre une décision précipitée.
Analysez les raisons qui vous poussent à changer d’emploi
La rémunération : le montant des augmentations de salaire peut diminuer avec le temps, ce qui se
traduirait par une rémunération inférieure au bout du compte. On ne doit pas comparer deux emplois sur la
base de la rémunération offerte. Les avantages sociaux et les différentes formes d’intéressement deviennent
de plus en plus attrayants et peuvent faire pencher la balance du côté de l’emploi moins bien rémunéré. Le
salaire de départ peut être plus élevé, mais si les promotions tardent à se concrétiser, le potentiel de
revenu escompté s’en trouvera limité d’autant.
Le stress : s’il est vrai que certaines fonctions comportent une forte part intrinsèque de
stress, et que certains milieux de travail carburent au stress entretenu chez leurs employés, le stress
résulte en grande partie de notre propre émotivité. Si vous êtes plutôt perfectionniste ou êtes convaincu que
votre univers va s’écrouler si les choses ne sont pas terminées bien avant l’échéance fixée, vous vous
sentirez probablement stressé où que vous travailliez.
L’intérêt plus grand que semble présenter un autre travail : ce travail peut être plus
intéressant, mais il peut aussi donner cette impression parce qu’il est nouveau. Posez-vous les questions
suivantes : Est-ce que j’apprends régulièrement quelque chose de neuf grâce à cet emploi? Pourrai-je,
après un certain temps, introduire de nouvelles méthodes ou de nouveaux processus pour accroître l'efficacité
ou la rapidité d’exécution? Si j’ai de l’ambition, me sera-t-il possible un jour de déléguer mes
responsabilités et d’en assumer de nouvelles?
L’horaire de travail : parfois, le nombre d’heures de travail, tout comme le stress, dépend
davantage de l’individu concerné que de l'emploi lui-même. Si vous êtes un perfectionniste ou si vous
cherchez à échapper à un climat difficile à la maison, vous allez sûrement travailler de longues heures sans
égard à vos responsabilités. Le volume de travail peut aussi être directement relié au niveau de
responsabilité et à la prise en charge de tâches nouvelles et complexes. Il n’est pas rare qu’un
professionnel exerçant dans un milieu stimulant investisse un nombre considérable d’heures dans son travail.
L’enjeu consiste à savoir ce que l’on veut et ce que l’on est prêt à sacrifier.
De façon générale, il est avisé de chercher à tirer le maximum d’une situation donnée avant de
l’abandonner pour autre chose. Si vous remettez en question votre situation actuelle, mais croyez qu’il
vaudrait quand même la peine de tenter d’en corriger les irritants avant de vous diriger ailleurs, jetez un
coup d’œil aux suggestions présentées dans le tableau à la page 35.
Si vous n’êtes pas heureux dans votre emploi actuel, demandez-vous si c’est une impression passagère ou un
problème de fond exigeant que vous agissiez. Déterminez avec précision ce qui cause votre insatisfaction.
Rectifiez ou du moins modifiez les facteurs qui l'alimentent, et voyez si cet effort donne des résultats.
Analysez les aspects positifs de votre situation et jugez s’ils sont suffisants pour que vous demeuriez en
poste. Si vous concluez qu’il vaut mieux effectuer un changement, soyez patient. Dans notre prochain article,
nous nous pencherons sur les étapes à suivre pour y parvenir.
Carolyn Cohen, CA,
M.S.S., est consultante en formation et en ressources humaines à Toronto, et elle dirige la présente
rubrique. On peut la joindre à l’adresse c.cohen@sympatico.ca
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