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La réalité virtuelle
Par Yves Godbout, CA·TI, CA·CISA
Illustration : Blair Kelly
Semblable à l’informatique à la demande, la virtualisationen entreprise
comporte de nombreux avantages.
La plupart d’entre nous avons
aujourd’hui un ordinateur assez performant pour prendre en charge presque toutes les applications dont nous
avons besoin. Par ailleurs, s’assurer d’avoir le matériel et les pilotes qui conviennent, de même qu’une
application compatible avec son système d’exploitation est parfois difficile. Dans une entreprise, on trouve
toujours une diversité de ressources matérielles et d’utilisateurs ayant des exigences différentes.
Sans être une nouvelle technologie, la virtualisation est de plus en plus accessible et mérite que les
entreprises s’y intéressent. Couramment utilisée dans les ordinateurs centraux IBM dans les années 1970, elle
est de plus en plus présente dans l’environnement PC et a des incidences sur les serveurs, les ordinateurs et
les applications.
En novembre 2006, IDC, société de premier plan de recherche en technologies de l’information, estimait que
45 % de tous les serveurs achetés en 2006 seraient virtuels, et que la technologie est utilisée par les
trois quarts des entreprises comptant plus de 500 employés. Elle convient également aux entreprises de plus
petite taille.
La virtualisation peut prendre de nombreuses formes
Elle permet essentiellement de faire fonctionner, sur une seule machine, de nombreuses plateformes ou
systèmes d’exploitation, et d’utiliser plus efficacement la capacité du matériel. Chacun de ces systèmes
d’exploitation fonctionne à l’intérieur de son périmètre de sécurité. La virtualisation favorise une
meilleure répartition des ressources, permet la migration en ligne d’applications d’un serveur à un autre, et
offre aux développeurs un environnement plus sûr pour déboguer et tester de nouvelles applications.
Les principales solutions de virtualisation s’appuient sur un logiciel allégé appelé hyperviseur, qui se
superpose au système d’exploitation principal et supervise la répartition des ressources à chacun des
systèmes d’exploitation invités. Microsoft et VMware, chef de file du marché, mettent au point et
commercialisent des hyperviseurs brevetés. L’hyperviseur à code source ouvert Xen, utilisé par XenSource et
Virtual Iron, est leur concurrent.
La commercialisation de la virtualisation se justifie aisément, d’abord parce qu’elle peut réduire le coût
total de possession et offrir un bon rendement du capital investi. Pour de plus amples renseignements sur les
facteurs justifiant la commercialisation de la virtualisation, on peut se rendre sur le site de CAmagazine à
l’adresse camagazine.com/virtualisation.
La virtualisation est semblable à l’informatique à la demande. Il s’agit d’ajouter du matériel au niveau
central et d’utiliser plus efficacement le matériel dans l’entreprise, simplifiant et assouplissant ainsi la
planification de nouvelles applications et de nouvelles machines. Le centre informatique peut mieux tenir
compte des besoins des clients; créer un nouveau serveur devient aussi facile que copier un fichier dans un
serveur et démarrer une instance.
Les principaux avantages se font sentir dans les domaines où la virtualisation peut être mise en œuvre,
notamment la consolidation de serveurs, les environnements de tests ou de laboratoire, la reprise sur
sinistre et l’informatique à haute disponibilité.
La consolidation de serveurs permet de condenser ou de combiner de nombreuses applications sur un plus
petit nombre d’unités. En regroupant plusieurs serveurs virtuels sur un seul ordinateur, on diminue le nombre
d’unités physiques sans risquer de combiner des applications non compatibles sur le même système
d’exploitation. On augmente aussi la capacité d’ordinateurs qui ne seraient normalement pas en mesure de
prendre en charge un serveur plus récent en raison de leur importance dans l’entreprise.
Serveur virtuel
Unité
centrale 2 x processeur Dual Core Intel Xeon
Mémoire vive 16 Go
Disque dur 5 x RAID 5 136 Go (544 Go
utilisables)
Réseau 2 x
cartes réseau 1 Go |
Les machines virtuelles sont des candidates naturelles pour les environnements de tests ou de laboratoire.
Les tests et le développement sont les domaines dans lesquels on devrait probablement faire ses premiers pas
dans la virtualisation en entreprise. Le risque est minime et les économies peuvent être intéressantes.
Dans le domaine de la reprise sur sinistre, les avantages sont peut-être moins évidents, mais ils sont
réels. En cas de sinistre, la plupart des applications essentielles d’une entreprise de taille moyenne
pourraient être exécutées sur un serveur virtuel situé dans une installation externe. L’entreprise se
procurerait un serveur dédié à la reprise sur sinistre, évitant la nécessité d’avoir plusieurs ordinateurs
pour la duplication du site principal.
La virtualisation permet également de créer des environnements à haute disponibilité. Pour mettre en œuvre
la haute disponibilité dans un environnement normal, il faut prévoir un ordinateur de relève en cas de
défaillance d’un autre serveur physique. Avec les machines virtuelles, le serveur peut être déplacé d’une
machine à une autre sans que l’utilisateur ne s’en rende compte.
La mise en œuvre de serveurs physiques assurant la haute disponibilité est coûteuse, mais elle fait partie
de la plupart des installations de serveurs virtuels. À part le coût du matériel, l’investissement requis est
minime.
Serveurs virtuels
C’est en l’appliquant aux serveurs qu’on peut tirer le meilleur parti de la virtualisation. Dans un
environnement de serveurs virtuels, on peut faire fonctionner plusieurs serveurs sur une seule machine. Il
existe de nombreux fournisseurs de serveurs virtuels, dont Microsoft, VMWare et Xen. La plupart offrent une
version gratuite de leurs logiciels de virtualisation de serveur. Cependant, afin de bénéficier de tous les
avantages, on doit acheter un produit de qualité supérieure.
Ces logiciels consistent essentiellement en un système d’exploitation très allégé et hautement efficace
qui fournit une couche d’abstraction entre le matériel et les systèmes d’exploitation invités. Le logiciel de
virtualisation supporte plusieurs configurations matérielles qui peuvent toutes être différentes. Le tableau
ci-dessous montre les composantes possibles d’un serveur virtuel.
Ce serveur pourrait facilement héberger jusqu’à 16 serveurs invités, notamment Windows NT 4.0,
Windows 2000, Windows 2003, Windows 2003 R2, RedHat Linux, SUSE Linux ou tout autre serveur
dont on a besoin.
Chacun peut être configuré pour utiliser une quantité donnée de ressources, dont la mémoire, l’unité
centrale et le disque dur. Il s’agit d’une configuration idéale pour héberger une multitude de petites
applications. Toutefois, elle pourrait ne pas être suffisamment performante pour un serveur Exchange d’une
grande société ou un serveur de base de données fortement sollicité dans un environnement de production. Par
contre, cette configuration conviendrait parfaitement à un environnement de tests ou encore de
développement.
S’il est possible de faire fonctionner de nombreuses copies d’un système d’exploitation sur une seule
unité, il peut être nécessaire d’obtenir une licence pour chaque machine virtuelle. Par exemple, dans un
environnement Windows Server, si cinq serveurs virtuels Windows 2003 sont en fonction, on doit
avoir cinq licences serveur, situation dont il faut examiner les répercussions. La virtualisation permet de
réaliser des économies sur le coût du matériel, mais il faut quand même tenir compte du coût du logiciel.
Une surcharge de serveurs peut se produire si l’on crée un nouveau serveur virtuel sans effectuer
l’analyse requise pour déterminer si un serveur existant pourrait convenir. On doit garder à l’esprit que les
serveurs, virtuels ou physiques, entraînent des coûts indirects, comme les coûts d’octroi de licences de
logiciels, de mémoire, de puissance de traitement et de maintenance.
Autres possibilités de la virtualisation
Ce survol de la virtualisation ne saurait être complet sans aborder la question des PC virtuels ou des
applications virtuelles. Les PC virtuels ont leur place en entreprise, mais la virtualisation n’a que peu
d’applicabilité pour la plupart des utilisateurs.
Un PC virtuel est en fait un ordinateur complet et autosuffisant fonctionnant au moyen d’un système
d’exploitation hôte. Par exemple, un PC sous Windows XP peut être utilisé à partir d’une fenêtre sur un PC
sous Windows Vista. Le PC Windows XP virtuel a un ensemble de fonctionnalités connu, et peut être copié de
machine en machine, car un PC virtuel consiste généralement en un fichier qui s’ouvre avec un logiciel de PC
virtuel. Il ne dépend donc pas du matériel sur lequel il est exécuté. Le PC virtuel a généralement un
ensemble standard de pilotes pour le réseautage, l’affichage, le son et les disques durs, et ceux-ci sont
indépendants de l’environnement matériel dans lequel il fonctionne.
Au même titre qu’une machine virtuelle sur un serveur, on peut installer une application virtuelle sur son
PC. Toutefois, il n’est pas rare qu’une application installée sur son PC ait des ratés et perturbe le
fonctionnement de son système. Tout le processus d’installation doit alors être débogué et la machine, remise
en bon état. C’est le problème que les applications virtuelles ou la virtualisation logicielle tentent de
résoudre.
La virtualisation joue un rôle important au sein des TI en entreprise. Technologie utilisée depuis peu, elle
offre une possibilité réelle de réduction des coûts. Elle peut même permettre un meilleur usage du matériel
existant. La virtualisation ne prolonge peut-être pas la vie d’une infrastructure des TI, mais elle peut
contribuer à la rendre plus efficace.
Pour en savoir plus sur la virtualisation et les fournisseurs de solutions logicielles virtuelles,
consultez camagazine.com.
Virtualisation : une analyse de la rentabilité
De nombreux éléments jouent en faveur de la virtualisation : elle peut notamment réduire le coût total de
possession (CTP) et assurer un bon rendement du capital investi (RCI).
CTP
L’incidence sur le CTP est considérable. Dans le domaine des TI, il comprend, outre le coût du matériel et
des logiciels, les coûts d’installation et de maintenance des ordinateurs ou des serveurs. Il faut du temps
et de l’énergie pour configurer et gérer un environnement multiserveur, et paramétrer un serveur peut
mobiliser des ressources humaines importantes. Dans l’univers virtuel, un serveur standard est configuré et
prêt à entrer en fonction en quelques minutes.
Dans un environnement de serveurs, il n’est pas rare que les applications tournent sur plusieurs serveurs,
et ce, afin de faciliter l’installation et de stimuler la performance. L’ennui, c’est que les ordinateurs ne
fonctionnent qu’à 5 ou 10 % de leur capacité, d’où un gaspillage de puissance et de ressources. Dans un cadre
virtuel, le matériel est utilisé plus efficacement; un serveur virtuel peut en effet être relié à plusieurs
ordinateurs exploités à plus de 50 % de leur capacité.
Moins de serveurs, une installation et un déploiement plus simples se traduisent par un coût total de
possession moindre.
RCI
Un serveur virtuel hôte bien configuré coûtera probablement plus cher qu’un serveur spécialisé, mais il
pourra être utilisé dans plusieurs environnements. Les seuls coûts différentiels ont trait au coût du
logiciel de virtualisation et des systèmes d’exploitation invités. Le prix d’un serveur virtuel peut
représenter le triple de celui d’un serveur standard, mais jusqu’à 16 machines virtuelles peuvent être prises
en charge. Les résultats peuvent varier, mais le calcul est tout de même révélateur.
Coûts du matériel
Les coûts du matériel entrent dans le calcul du RCI, mais d’autres coûts associés au matériel sont souvent
sous-estimés : les coûts d’alimentation, de refroidissement, de bâti et d’utilisation de locaux sont des
coûts réels et ils doivent être pris en considération. Grâce à la virtualisation, le nombre de machines est
réduit, tout comme le coût de ces éléments.
Impact environnemental
Un avantage inattendu de la virtualisation est son impact environnemental : moins d’ordinateurs
aboutissent dans les sites d’enfouissement. Les économies en matière d’alimentation et de refroidissement se
traduisent par une consommation réduite d’énergie qui, à son tour, a une incidence positive sur notre
utilisation des ressources renouvelables, et au bout du compte, sur l’environnement.
L’ère du PC virtuel
Les PC virtuels ont maintenant leur place dans l’entreprise, mais la virtualisation a des applications
limitées pour la plupart des utilisateurs. Un PC virtuel est en réalité un PC autonome tournant sous un
système d’exploitation hôte. Par exemple, un PC Windows XP peut tourner dans une fenêtre sur un PC Windows
Vista. Le PC Windows XP virtuel réunit une série de fonctions connues, et peut être reproduit d’une machine à
une autre, étant donné qu’un PC virtuel est habituellement un fichier exécuté par un logiciel de PC virtuel.
Il n’est donc pas tributaire du matériel sur lequel il tourne. Un PC virtuel regroupe habituellement un
ensemble standard de pilotes pour la mise en réseau, l’affichage, le son et les disques durs, ensemble qui
reste le même, quel que soit l’environnement matériel.
Imaginons maintenant les possibilités. Une application qui comporte beaucoup de particularités peut être
exécutée sans trop de difficultés sur un PC virtuel. Dans un service d’assistance, par exemple, un PC virtuel
peut prendre en charge tous les environnements requis afin qu’il soit possible d’aider plus efficacement les
utilisateurs. Ainsi, dans un service d’assistance utilisant Windows Vista et Windows XP en anglais et en
français, un analyste pourrait accéder rapidement à trois PC virtuels supplémentaires, tournant tous sur le
même matériel, plutôt que de devoir composer avec quatre PC de référence.
Le développement est un autre environnement où un PC virtuel trouve son utilité. Les développeurs peuvent
avoir besoin d’un serveur Web, d’un serveur de bases de données pour développer l’application et d’une
configuration de postes de travail différente ou plus standard pour effectuer des tests. Tout cela est
possible avec les PC virtuels. Et toutes ces applications peuvent tourner simultanément sur le poste de
travail du développeur.
La migration des machines virtuelles est une opération simple, étant donné qu’elles sont logées dans un
petit nombre de fichiers de données. Si vous configurez la machine voulue, vous pouvez aisément y revenir au
besoin. Cette caractéristique est essentielle lorsqu’il est question de tester l’installation d’une
application, puisqu’il est possible d’aller de l’avant sans risquer d’endommager la configuration d’un
ordinateur de production.
On peut se procurer beaucoup plus facilement des PC virtuels maintenant. Par exemple, les utilisateurs de
Windows Vista peuvent télécharger une application PC virtuel de Microsoft, ou le lecteur PC virtuel gratuit
de VMware. Pour pouvoir profiter de tous les avantages des PC virtuels, il est conseillé cependant d’acheter
une application PC virtuel de VMware ou de Parallels offrant des fonctions plus riches.
Virtualisation des applications
Tout comme il est possible d’installer une machine virtuelle sur un serveur, on peut installer une
application virtuelle sur un PC. Il arrive souvent qu’une application nouvellement installée sur un PC ait
des ratés et perturbe le fonctionnement de votre système. Tout le processus d’installation doit alors être
débogué et la machine doit être remise dans son état initial de bon fonctionnement. Les applications
virtuelles ou la virtualisation logicielle ont précisément pour objet de résoudre ce type de problème.
La virtualisation des applications permet de créer un programme d’installation qui devient portable et
autonome. Le programme, qui n’est souvent rien d’autre qu’un fichier .EXE, peut exécuter l’application au
complet sans que celle-ci ne soit installée sur le PC. À ne pas confondre avec Citrix, Terminal services ou
Remote Desktop, où l’application réside sur l’ordinateur hôte tout en étant autonome.
Lorsque l’application est exécutée, les composants requis se déploient dans un environnement virtuel sûr.
Nul besoin d’installer des bibliothèques de liens dynamiques (DLL) ni de modifier le registre Windows, ce qui
prévient les conflits avec les autres applications. Cette technologie peut se prêter à une foule
d’applications, y compris des applications aussi complexes pour le système d’exploitation que Microsoft
Office. On en vient à se demander pourquoi les fournisseurs de logiciels ne vendent pas toutes les
applications sous cette forme.
Les applications virtuelles sont particulièrement utiles dans un environnement de grande entreprise car
les programmes peuvent être configurés pour s’exécuter sur un large éventail de systèmes d’exploitation. Par
exemple, il est possible de créer un programme permettant de déployer une application spécialisée qui ne
perturbera pas le fonctionnement du système hôte, mais pourra tourner sur plusieurs plateformes (Windows
2000, Windows XP et Vista).
Dans un tel environnement, la configuration du PC sur lequel travaille un utilisateur n’a aucune
importance. Lorsque celui-ci se relie au réseau, il peut accéder aux applications dont il a besoin sans
qu’elles soient installées sur son PC. Toutes les applications sont à sa disposition, au moment et à
l’endroit voulus.
Cette technologie aidant, les logiciels sont plus facilement accessibles aux utilisateurs et leur
déploiement est beaucoup plus simple et demande moins de temps, d’essais et d’efforts. Pour mentionner les
plus importants, Altiris, Thinstall, Trigence et Softricity comptent parmi les fournisseurs de cette
technologie. Récemment acquise par Microsoft, Softricity offre un produit appelé Softgrid.
Principaux acteurs du marché virtuel
Serveurs virtuels
Microsoft Virtual Server http://www.microsoft.com/windowsserversystem/virtualserver/default.mspx
Parallels http://www.parallels.com/
VMware http://www.vmware.com/
Serveurs Hypervisor
Virtual Iron http://www.virtualiron.com
Xen Source http://www.xensource.com/
PC virtuels
Microsoft Virtual PC http://www.microsoft.com/france/windows/xp/virtualpc/default.mspx
Parallels http://www.parallels.com/
VMware http://www.vmware.com/
Virtualisation des applications
Altiris SVS http://www.altiris.com
Thinstall http://www.thinstall.com/
Trigence http://www.trigence.com/
Microsoft Softgrid (Softricity) http://www.softricity.com/
Yves Godbout, CA·TI,
CA·CISA, est directeur, Service de la TI, au Bureau du vérificateur général du Canada. Il a une vaste
expérience de l’application des technologies de l’information à l’entreprise et à la vérification. Avant de
travailler au Service de la TI, Yves Godbout a œuvré dans le domaine de la vérification informatique au
Bureau du vérificateur général du Canada et au Bureau du vérificateur général du Nouveau-Brunswick. Il est
président de l’Alliance pour l’excellence en technologies de l’information de l’ICCA.
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