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Étoiles montantes
Par Peter Morton
Photography : Edward Gajdel
Après
l’avoir d’abord détestée, de plus en plus de cadres financiers découvrent que l’ennuyante Loi SOX peut aussi
leur servir de passeport pour une vie passionnante
Assis dans un parc au
centre-ville de Toronto, Mike Tevlin se permet ce qu’il n’a pas fait depuis des années : prendre une
pause. «Auparavant, je travaillais de 60 à 70 heures par semaine», dit celui qui était directeur financier de
Cebra inc., ancienne filiale de commerce électronique de la Banque de Montréal.
Depuis la fermeture de Cebra, Mike Tevlin fait comme des milliers d’autres comptables, qui profitent
depuis maintenant quatre ans de cette manne que sont les nouvelles règles de gouvernance : la loi
américaine Sarbanes-Oxley (ou Loi SOX) et son nouveau pendant canadien, version élargie de la norme
multilatérale 52-109, que nos autorités en matière de valeurs mobilières devraient adopter l’an prochain (et
qui remplacera le projet de norme multilatérale 52-111, plus controversé).
Née dans la foulée des affaires Enron et WorldCom, la Loi SOX vise à rétablir la confiance des investisseurs
dans les sociétés cotées aux États-Unis. Le Canada, le Royaume-Uni et d’autres pays européens se sont
d’ailleurs dotés de législations semblables. Mais en plus des coûts énormes de mise en œuvre que doivent
assumer les sociétés ouvertes, la Loi SOX a eu une conséquence assez inattendue : un boom dans les
services comptables, tant au Canada qu’aux États-Unis.
Mike Tevlin s’est inscrit comme pigiste auprès de l’agence de placement Resources Global Professionals.
Devenu une sorte de mercenaire, il offre ses services à l’une ou l’autre des 300 sociétés canadiennes qui
doivent se conformer aux exigences de la Loi SOX pour être cotées aux États-Unis. Mike Tevlin trouve que ce
travail lui offre une certaine flexibilité, peut-être même jusqu’à pouvoir prendre un été de congé. C’est
qu’il vient en aide à des gens comme Mark Walker, directeur financier de Provident Energy Trust, de Calgary,
qui doit se conformer à la Loi SOX d’ici la fin de son exercice. Et pour y parvenir, Mark Walker a recours à
des consultants. Selon lui, ces nouvelles règles complexes sont à l’origine d’un tout nouveau domaine
d’expertise comptable, où interviennent surtout des consultants. Ceux-ci sont canadiens et américains, bien
sûr, mais aussi européens et indiens.
La profession comptable a commencé à se voir sous un nouveau jour. Dans un récent congrès sur la
vérification tenu à Baltimore, les experts comptables se sont eux-mêmes qualifiés de «nouvelles rock stars».
De fait, la demande de comptables et de vérificateurs qui s’y connaissent en matière de conformité à la Loi
SOX est en forte croissance aux États-Unis et dans le reste du monde. À tel point que les inscriptions sont
en hausse dans les programmes de comptabilité et qu’un nouveau type d’expert-comptable — le consultant
pigiste — est en train de naître. Selon Paul Granatstein, directeur général de l’Association canadienne des
professeurs de comptabilité, bien que l’on n’ait pas de données précises quant à l’incidence sur le nombre
d’étudiants qui obtiennent un diplôme en comptabilité au Canada, on pourrait dire qu’en général les étudiants
montrent un regain d’intérêt pour la comptabilité depuis qu’on entend parler d’Enron, de WorldCom et de
Sarbanes-Oxley. «Les scandales ont rendu la comptabilité sexy», dit-il. Bea Sanders, de l’American Institute
of Certified Public Accountants, explique que «les étudiants se dirigent généralement vers des domaines plus
risqués en période de prospérité, puis reviennent vers des domaines sûrs comme la comptabilité en période de
repli». Dans une entrevue accordée en juin au Baltimore Business Journal, Tom Beirne, directeur des services
de vérification interne de la société de conseil en gestion des risques Protiviti, indique à quel point les
circonstances sont favorables pour les consultants en gestion des risques et en vérification interne, et
souligne la pénurie de spécialistes dans ces domaines. «SOX a amené beaucoup de sociétés à engager des
consultants», dit Barbara Valentine, directrice principale chargée de la conformité à la Loi SOX chez Pfizer
Inc., à New York. «Les entreprises avaient vraiment peu de temps pour réagir.»
Une étude récente sur la nouvelle vague d’externalisation (celle des project professionals, comme on les
appelle aux États-Unis) est essentiellement due à la Loi SOX. Selon l’enquête effectuée par le cabinet
californien Resources Global Professionals (voir l’encadré, p. 27), les exigences réglementaires croissantes
sont considérées comme étant une cause importante du recours à ce type de consultants, au Canada comme aux
États-Unis.
Un certain nombre de raisons amènent les entreprises à recourir de plus en plus à des consultants pour ce
qui concerne la conformité à la Loi SOX, dit le pdg de Resources Global Professionals, Don Murray. L’une
d’elles est évidente. À l’heure de la rationalisation, les entreprises n’ont tout simplement plus les
ressources humaines nécessaires pour effectuer ce genre de tâche complexe, qui nécessite souvent de vérifier
et contre-vérifier des centaines de points. Une autre raison, ajoute-t-il, c’est que les compétences dont
l’entreprise dispose sont monopolisées par les travaux comptables courants, auxquels le personnel consacre
tout son temps.
Chose encore plus intéressante, le fait que des professionnels aient choisi de devenir pigistes s’explique
par une évolution de la culture d’entreprise. De son bureau d’Orange County, au sud de Los Angeles, Don
Murray rappelle que, par le passé, les cadres formés en comptabilité voyaient le travail terre-à-terre de
vérification interne uniquement comme un tremplin vers un poste plus élevé. «Ils acceptaient de le faire si
ça les destinait à devenir président, chef de la direction ou chef de l’exploitation.» Selon lui, personne ne
voulait vraiment faire carrière en vérification interne. Ce n’est plus le cas de nos jours. Beaucoup de ces
anciens vérificateurs internes peuvent maintenant travailler à la pige. Ainsi, ils travaillent intensément
pendant une certaine période — disons quelques mois — pour une rémunération très élevée et sont ensuite
libres de faire ce qu’ils veulent le reste du temps. Et comme nombre d’entre eux ont l’expertise nécessaire
pour traiter des questions de vérification complexes, le travail peut se faire relativement vite, dit Don
Murray. «C’est un travail qui a une durée limitée; les entreprises veulent que ces problèmes soient réglés
pour pouvoir passer à autre chose.»
Peu nombreux sont les comptables qui n’ont pas encore été confrontés à la Loi SOX ou à la règle 52-109 de
la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario (CVMO), dont la version élargie sera bientôt à l’étapedes
commentaires. John Carchrae, chef comptable de la CVMO, dit que les autorités de réglementation des valeurs
mobilières ont répondu à bon nombre des préoccupations de sociétés canadiennes inquiètes d’avoir à se
conformer à des règles qui reprendraient presque intégralement l’article 404 de la Loi SOX, un article très
discuté. En mars, les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) abandonnaient officiellement le
controversé projet de norme multilatérale 52-111, compte tenu du débat qui fait rage aux États-Unis et des
retards qui s’ensuivent. John Carchrae explique que les ACVM ont plutôt décidé d’élargir la norme 52-109
actuelle, que la norme 52-111 devait remplacer.
Conscient des nombreuses préoccupations soulevées au sujet des coûts et des avantages relatifs du projet
52-111, John Carchrae indique que les ACVM élargissent la norme 52-109 afin d’obliger le chef de la direction
et le chef des finances à attester de l’efficacité du contrôle interne à l’égard de l’information financière
sans qu’il y ait obligation d’obtenir une opinion des vérificateurs externes sur l’appréciation de ce
contrôle par la direction.
On entend plutôt laisser au conseil d’administration et au comité de vérification la décision de demander
ou non l’intervention du vérificateur. La norme 52-109 élargie s’appliquerait à tous les émetteurs
assujettis, c’est-à-dire à toutes les sociétés cotées, sauf les fonds de placement, de tous les ressorts
territoriaux au Canada. «Nous attendons plus de commentaires du public pour cet automne et nous espérons
mettre les nouvelles règles en vigueur pour les exercices se terminant le 31 décembre 2007 et après cette
date», précise John Carchrae.
Pour ce qui est de la Loi SOX, l’article 404 impose une série de freins et de contrepoids plutôt lourds,
fondée sur une liste de contrôle complexe. Le vice-président adjoint aux projets et conventions comptables de
Manuvie à Toronto, Brian Staffen, qualifie le processus d’«exercice pénible» et de «grand consommateur de
temps».
Les sociétés américaines dont la capitalisation boursière excède 75 M$ US se sont déjà pliées à
l’exercice. Les sociétés de moindre importance et les sociétés étrangères cotées aux États-Unis devront
l’avoir fait d’ici la fin de l’année. Mark Walker prévoit une année longue et pénible. C’est sans compter
toute la controverse quant à savoir si les efforts consentis pour se conformer à la Loi SOX contribuent
réellement à atteindre l’objectif de rétablir la confiance ébranlée des investisseurs à l’égard des états
financiers des sociétés ouvertes. «Ça n’a plus de sens. Il faut tout documenter», dit Stephen Dickson,
contrôleur de Wisconsin Energy Corp., cité dans un article sur la Loi SOX paru dans Business Week en janvier
2005.
Une autre préoccupation troublante concerne l’effet paralysant que les nouvelles règles pourraient
ultimement avoir sur les entreprises et sur la volonté de prendre des risques pour faire des profits. Marcel
Côté, président de SECOR de Montréal, affirme que la Loi SOX est en train de saper l’un des principes
fondamentaux du capitalisme, qui consiste à prendre des risques. «C’est une préoccupation majeure. Toutes les
sociétés cotées nord-américaines sont touchées par SOX», dit-il, joint sur son cellulaire alors qu’il
traverse Paris en taxi. Traditionnellement, les dirigeants et les administrateurs étaient prêts à prendre des
risques pour faire des profits. C’était normal dans le monde des affaires. «Il est essentiel de prendre des
risques», dit Marcel Côté. Mais la Loi SOX a créé un climat d’extrême prudence. Les entreprises consacrent
désormais un temps fou à tenter de limiter les risques, mais elles le font au détriment de l’innovation. «Au
bout du compte, il est devenu beaucoup plus compliqué d’innover», dit-il.
Cette prudence a entraîné une prolifération des fonds de capital-investissement. Ceux-ci acquièrent des
sociétés ouvertes dont elles ferment ensuite le capital afin, entre autres, de les soustraire au carcan de la
Loi SOX. «Ces fonds n’ont pas besoin de se couvrir autant que les sociétés ouvertes et ils laissent leurs
gestionnaires prendre des risques dans l’espoir de générer des profits», dit Marcel Côté.
Peter Morici, professeur à l’école de gestion de l’Université du Maryland, n’est pas un admirateur de SOX.
Selon lui, il est temps d’alléger certains des aspects les plus contraignants de cette loi avant que les
entreprises ne deviennent tellement obsédées par la gouvernance qu’elles en perdent leur motivation et leur
dynamisme, et envisagent de s’inscrire à des bourses étrangères. «SOX a été concoctée dans un moment
d’hystérie publique et d’indignation du Congrès, et elle comporte les défauts qu’une arrogance souveraine est
susceptible d’entraîner, dit-il. Qu’on laisse SOX en place telle quelle et les Américains n’auront plus
tellement à se soucier des mauvais côtés du capitalisme, mais ils profiteront moins de ses bons côtés»,
dit-il.
Peter Morici croit que les sociétés ouvertes pourraient disposer d’une échappatoire à SOX si la New York
Stock Exchange et Euronext (réseau de bourses européennes) réalisent leur projet de fusion (10 milliards de
dollars). Selon lui, cette fusion aurait comme principal avantage de permettre aux sociétés de passer plus
facilement d’une bourse à l’autre et ainsi de se soustraire aux législations dont les coûts excèdent les
avantages pour les investisseurs.
L’autorité britannique des marchés financiers, la Financial Services Authority, a fait écho à ce point de
vue. En juin dernier, son président, Sir Callum McCarthy, a affirmé que si la Bourse de Londres devenait
propriété américaine, cela ne voudrait pas dire que la législation des États-Unis, y compris la Loi
Sarbanes-Oxley, s’appliquerait aux sociétés cotées à la Bourse de Londres ou aux maisons de courtage qui en
sont membres. Il a précisé que la Securities and Exchange Commission partageait également cet avis.
Entre-temps, on constate que SOX n’est pas la panacée à laquelle le législateur s’attendait. Par exemple,
cette loi n’a pas empêché Fannie Mae, le plus important prêteur hypothécaire des États-Unis, de comptabiliser
un redressement de neuf milliards de dollars l’an dernier. Malgré cela, le Congrès et les autorités de
réglementation ne semblent pas prendre conscience des problèmes que SOX pose pour les entreprises.
Le Public Company Accounting Oversight Board (PCAOB) se dit pour sa part à l’écoute lorsqu’on lui reproche
des excès de zèle. Thomas Ray, vérificateur en chef et directeur des normes professionnelles du PCAOB, fait
remarquer que son conseil a rendu public en mai un plan qui vise à améliorer la mise en œuvre des exigences
de SOX quant aux rapports à fournir sur le contrôle interne, de sorte qu’il sera plus facile pour les
entreprises de se conformer aux règles. Selon Thomas Ray, deux secteurs présentent des occasions importantes
d’améliorer l’efficacité : l’évaluation par le vérificateur du processus d’appréciation de la direction
et la façon dont le vérificateur applique son appréciation du risque à la nature, au calendrier d’application
et à l’étendue des tests des contrôles. Il ajoute que la documentation constituée par le vérificateur dans le
cadre de son évaluation des processus de la direction n’a pas à être exhaustive, mais doit simplement montrer
que le vérificateur est convaincu de disposer d’un fondement approprié à l’appui de sa conclusion. «Je crois
qu’il est également utile de souligner que l’évaluation des processus de la direction par le vérificateur est
plus efficace lorsque la direction a fait un bon travail de documentation, tant en ce qui concerne la
conception des contrôles internes de la société que son appréciation de ses processus et de leurs résultats»,
a-t-il dit au début de juin, lors de la 25e conférence annuelle de la SEC et du Financial Reporting
Institute.
La Loi SOX a toutefois des effets positifs. Ainsi, en mars 2005, 116 sociétés cotées aux États-Unis ont
fait état de faiblesses ou de déficiences dans leur contrôle interne, rapporte le bulletin Compliance
Week.
«Les vérificateurs font de meilleures vérifications et facturent en conséquence», a dit dans une entrevue
Donald Nicolaisen, ancien chef des affaires comptables à la SEC. «Tout le monde pose plus de questions.»
Brian Staffen ajoute que, dans bien des entreprises, on s’imagine qu’une fois qu’on s’est conformé à SOX,
c’est fini. Mais non, il faut suivre chaque année les mêmes procédures pénibles. «C’est comme les
ordinateurs, dit-il. Chaque fois que vous en achetez un, vous vous imaginez que c’est pour la dernière fois.
Mais peu après, vous songez à en acheter un autre. C’est la même chose avec SOX.»
C’est pourquoi les gens comme Mike Tevlin seront toujours en demande. Celui-ci aime la liberté que lui
procure sa nouvelle situation. «Le salaire est bon et il y a sensiblement moins de stress», dit-il, assis sur
son banc par un après-midi ensoleillé. Et surtout, dans ce type de mandat, lorsque le projet est terminé,
c’est vraiment fini. «Maintenant, au moins, je vois la lumière au bout du tunnel», conclut-il.
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Augmentation incessante du nombre de contrôles
L’augmentation incessante du nombre de
contrôles et de personnes nécessaires pour les mettre en œuvre a conduit Resources Global Professionals,
d’Orange County (Californie), à réaliser une enquête sur le sujet. Près de 25 grands leaders du monde des
affaires — principalement des directeurs financiers, ou l’équivalent, de sociétés canadiennes et américaines
classées dans Fortune 100 — ont été consultés afin de prévoir le genre d’expertise en comptabilité et en
vérification dont ils auront besoin dans les années à venir.
Resources Global Professionals, qui compte 3 100 consultants et a récemment ouvert des bureaux à
Calgary, Toronto et Montréal, cherchait à mesurer les besoins en matière d’impartition, ou de project
professionals dans le jargon du secteur, par suite de l’adoption de SOX. L’enquête est similaire à une étude
australienne réalisée deux ans auparavant, selon Diane Black, du bureau torontois de Praxis, qui a conçu
l’enquête et mené les entrevues. Les résultats ont été compilés par l’entreprise d’Alan Gregg, du cabinet The
Strategic Counsel de Toronto.
Voici quelques constatations de l’enquête :
- la majorité de cadres sont d’avis que leurs responsabilités sont devenues «sensiblement» plus complexes
au cours des trois dernières années. Comme il fallait s’y attendre, l’enquête rapporte qu’aucun des cadres
interrogés n’a indiqué que ses responsabilités sur le plan de l’exploitation avaient diminué;
- le recours ponctuel à des spécialistes pour réaliser des projets de contrôle interne s’est accru au cours
des trois à cinq dernières années. Ces spécialistes sont appréciés par les dirigeants, qui disposent ainsi
d’une plus grande flexibilité pour prendre des décisions en matière de ressources humaines ou pour constituer
des effectifs de réserve, en particulier lors de courtes périodes de pointe ou en réponse aux fluctuations du
cycle économique, indique l’enquête;
- le manque de ressources internes (un nombre insuffisant de gens ayant la formation nécessaire) est à
l’origine de la vague de recrutement de consultants en matière de conformité aux nouvelles règles. L’enquête
donne à penser que certaines entreprises qui ont réduit leurs effectifs disposent de moins de personnes ayant
les habiletés nécessaires pour effectuer le travail minutieux qu’exigent SOX et son équivalent canadien;
- nombre de cadres considèrent que les consultants sont flexibles et passent rapidement à l’action. On
croit que la capacité des professionnels temporaires d’être rapidement opérationnels peut jouer un rôle clé
quant au succès qu’ils obtiendront dans le cadre d’un mandat en particulier et, l’on présume, quant à la
volonté d’une société de les réeembaucher;
- c’est cependant par une faible majorité que les dirigeants sont d’avis que le recours à l’aide externe
deviendra la norme, car les sociétés ont commencé à établir une expertise interne. Malgré tout, l’idée de
devenir pigiste semble de plus en plus attrayante pour de nombreux cadres qui étouffent dans le monde de la
vérification interne.
Les trois quarts des cadres canadiens interrogés ont dit qu’ils se verraient un jour devenir pigistes.
Parmi les dirigeants américains, seulement le tiers s’y sont montrés intéressés et la moitié ont répondu
«peut-être». «C’est moins routinier et on obtient plus souvent des succès», dit l’un d’entre eux.
Ancien dirigeant de Deloitte, Don Murray est président-directeur général de Resources Global
Professionals, qu’il a fondée en juin 1996. Sous sa direction, Resources Global s’est classée parmi les 100
entreprises à surveiller, selon Business Week. Don Murray est d’avis que l’impartition s’avère pour l’instant
une solution intéressante en matière de conformité. «L’impartition constitue une utilisation intelligente du
capital, dit-il. Vous y avez recours lorsque c’est nécessaire plutôt que d’acquérir des talents et de les
laisser sur une tablette.»
Le travail à la pige est intéressant pour celui qui ne veut pas d’un emploi permanent à plein temps en
vérification. Don Murray indique que les consultants en vérification peuvent facturer de 80 à 200 $
l’heure, selon leurs compétences. «Après tout, avez-vous déjà rencontré quelqu’un qui voulait faire carrière
en vérification interne?» dit-il.
L’enquête visait à établir les différences entre les sociétés canadiennes et américaines. Elle a révélé
qu’aux États-Unis, les défis posés par la Loi SOX sont plus diffus, la somme de travail, les questions de
risque et de contrôle, la disponibilité d’un personnel qualifié et les capacités des systèmes étant
considérés à peu près sur un pied d’égalité. Pour les cadres canadiens, par contre, la disponibilité d’un
personnel qualifié semble constituer le principal défi. D’après l’enquête, ce défi est suivi par la somme de
travail. Un certain nombre de répondants canadiens s’inquiètent d’ailleurs du vieillissement de leur main
d’œuvre, préoccupation qui n’a pas été soulevée aux États-Unis.
Le coût constitue également un enjeu. Tout en reconnaissant la valeur ajoutée par les consultants,
plusieurs dirigeants ont constaté qu’il est coûteux de recruter un professionnel temporaire et qu’il peut
être difficile de faire approuver les projets qui nécessitent des dépenses importantes à ce titre.
Mais la vraie question réside dans le fait de savoir où la Loi SOX mènera les sociétés ouvertes au cours
des prochaines années. Don Murray pense que les sociétés auront besoin, pour plusieurs années encore, de
consultants pour les aider à constituer la documentation de leurs systèmes. «Les sociétés cherchent des
experts, des gens qui connaissent leur domaine», dit-il. Don Murray prévoit également que les sociétés se
tourneront de plus en plus vers des pépinières de talents telles que l’Inde pour trouver et former
l’expertise nécessaire. «Il est difficile de trouver des gens talentueux», conclut-il.
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Peter Morton est correspondant en chef à Washington pour le Financial Post.
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