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Vulnérables, les ordis
Par Yan Barcelo
Illustration : John Ueland
En prenant davantage au sérieux la question de la sécurité, les petites entreprises
pourraient en toucher de grands bénéfices
À la fin de l’année 2004, une agence de voyages de Toronto avait fait l’acquisition d’une
vingtaine d’ordinateurs. Le propriétaire, très heureux de son achat, avait recruté un étudiant du secondaire
pour en assurer la maintenance. Quelques mois plus tard, les systèmes ne cessaient de tomber en panne et le
propriétaire ne comprenait pas pourquoi. Il a finalement appelé à la rescousse le service technique de son
fournisseur. Comme l’a constaté le technicien appelé au secours, le problème résidait dans l’absence presque
totale de mesures de sécurité. Les ordinateurs étaient infestés de virus et de logiciels espions, ce qui
ralentissait évidemment leur performance et les faisait constamment tomber en panne. Le propriétaire avait
bien sûr installé un logiciel anti-virus lors de l’achat des ordinateurs, mais il n’avait jamais cru bon de
le mettre à jour et n’avait pas non plus fait effectuer la moindre sauvegarde des données.
«Cet entrepreneur ne comprenait pas que les solutions bon marché peuvent parfois s’avérer très coûteuses», de
dire Geoff Kereluik, vice-président, petites et moyennes entreprises, chez Hewlett-Packard à Mississauga
(Ontario). «Pire encore, le propriétaire n’avait pas conscience que, dans son secteur d’activité, les
ordinateurs ne font pas que seconder une entreprise, ils en sont la colonne vertébrale sans laquelle ce type
d’organisation ne peut pas fonctionner. Néanmoins, l’entretien minimal qu’il effectuait lui donnait un faux
sentiment de sécurité.»
Des signes d’amélioration
Il semble que la sécurité informatique se soit généralement améliorée au sein des organisations mais,
comme le montre le cas de l’agence de voyages, pas nécessairement dans les petites et moyennes entités.
Un rapport récent de CA Canada (aucun lien avec la profession de CA), fournisseur canadien de logiciels de
gestion, indique en effet que, même si les menaces à la sécurité continuent de croître substantiellement,
surtout sur le Web, les organisations en tous genres font état de moins de dommages qu’il y a trois ans. En
2003, 87 % des entreprises déclaraient des pertes en matière de productivité à la suite d’attaques
informatiques qui avaient eu lieu au cours des 12 mois précédents; 12 % rapportaient des pertes de
revenus, de clientèle ou d’autres biens. Dans un rapport plus récent, ces chiffres se situent à 76 % et
11 % respectivement — ce qui demeure toutefois plutôt élevé.
«Si l’on établit une comparaison avec les années antérieures, notamment sur le plan des pertes en matière
de productivité, la situation semble stable», note Warren Shiau, analyste principal, recherche en TI, pour
The Strategic Counsel, cabinet qui a effectué le sondage pour CA Canada. «La situation s’avère très positive
si l’on tient compte de la croissance des menaces et des zones de vulnérabilité. Les mécanismes de défense se
sont en fait fortifiés.»
En revanche, la sécurité dans les organisations, surtout dans les petits cabinets professionnels, s’avère
plutôt déficiente. C’est pourquoi Jacques Viau, directeur de l’Institut de la sécurité de l’information du
Québec, organisme d’échange d’information et de connaissances en matière de sécurité de l’information basé à
Montréal, prône la nécessité «de créer une culture de la sécurité, ce qui n’existe tout simplement pas à
l’heure actuelle, surtout dans les petites et moyennes entreprises».
Le cercle extérieur
Pour la plupart des petites et moyennes organisations, il n’est pas nécessaire que les démarches en
matière de sécurité visent les niveaux atteints par les grandes organisations. Commençons tout d’abord par
les composants que l’on associe généralement à la sécurité, notamment :
- les dispositifs restreignant l’accès tels que les mots de passe; et
- les outils de haute technologie comme les lecteurs d’empreintes digitales ou les lecteurs de l’iris.
Les mots de passe sont les outils les plus accessibles en matière de contrôle de l’accès — mais les moins
sécuritaires. «Les mots de passe sont embêtants, déclare Michel Kabay, professeur agrégé en sécurité de
l’information à l’Université Norwich au Vermont, et leur entretien coûte une fortune en honoraires versés aux
administrateurs de réseaux, qui doivent constamment les rappeler à ceux qui les oublient.»
Heureusement, cette difficulté peut être résolue par l’acquisition de certains progiciels, notamment
eTrust Identity et Access Management Suite de CA Canada, qui permettent aux utilisateurs de rétablir
eux-mêmes leur mot de passe.
Les appareils de reconnaissance des empreintes digitales, de l’iris ou de la voix sont auréolés d’un
charisme à la Star Trek, mais ils ont eux aussi leurs limites. À titre d’exemple, une empreinte digitale
pourrait avoir été moulée dans du plâtre, une signature vocale pourrait provenir d’une enregistreuse
numérique et la vitre d’un lecteur d’iris pourrait être tachée.
D’après Michel Kabay, le mécanisme le plus pratique consiste en un générateur dynamique de mots de passe
de type SecurID. Le mécanisme contrôle l’accès en imposant une première barrière qui exige qu’on lui
fournisse un mot de passe ou une clé numérique. Cet outil contient une puce synchronisée avec un programme
dans le serveur de l’organisation, qui génère des mots de passe de façon aléatoire. Pour pouvoir s’inscrire,
l’utilisateur doit taper son mot de passe initial qui fonctionne comme une première barrière de sécurité.
Lorsqu’il a tapé ce mot de passe, l’utilisateur ne dispose que de quelques minutes pour indiquer sur son
ordinateur le second mot de passe que l’outil lui présente afin de pouvoir avoir accès aux ressources
informatiques de l’organisation. Au-delà de ce délai, le mot de passe n’est plus valide et l’utilisateur doit
en générer un nouveau. «Si les gens refusent d’utiliser [ces outils] à cause des frais, c’est vraiment
dommage, car ils ne coûtent pas davantage qu’un simple repas, affirme Michel Kabay, d’autant qu’on n’égare
pas plus souvent son mot de passe qu’on ne perd ses clés de voiture.»
Les mots de passe et les mécanismes d’accès sont des éléments cruciaux de la sécurité, mais ils n’en
constituent en quelque sorte que la périphérie. Sans son outil d’accès, un utilisateur se retrouverait sur un
pied d’égalité avec n’importe quel pirate ou malfaiteur potentiel qui voudrait accéder illégalement aux
ressources informatiques de l’entreprise. C’est pourquoi on trouve en périphérie une foule d’autres
mécanismes davantage familiers aux utilisateurs, parce qu’ils sont associés aux menaces croissantes présentes
sur Internet, notamment les coupe-feu, les systèmes de prévention et de détection des intrusions, les
logiciels anti-virus, les anti-logiciels espions et les anti-pourriels, de même que les réseaux privés
virtuels chiffrés.
Certaines entreprises — telles que Websense et Surfcontrol — vendent des modules tout-en-un qui
comprennent plusieurs des fonctions précédentes. Ces modules sont installés dans le serveur, à l’interface du
réseau Internet et de celui de l’entreprise, derrière le coupe-feu. Un module comme Websense Security Suite,
dont la licence par utilisateur coûte de 25 à 50 dollars par année, bloque les menaces Internet les plus
courantes, mais empêche aussi les logiciels espions de retransmettre les informations qu’ils ont recueillies
à leur site de contact. Ils surveillent l’accès aux sites Web autorisés et contrôlent les transmissions de
messagerie instantanée et de messagerie point à point.
De nombreux spécialistes déconseillent toutefois de se fier uniquement à ces modules universels et
recommandent de munir chaque ordinateur en réseau de ses propres logiciels de protection contre les virus et
autres agents de contamination.
Une autre approche consiste à obtenir les services de fournisseurs externes comme Bell Solutions de
sécurité ou ESI Technologies, société spécialisée dans le développement et la gestion des infrastructures
technologiques. Ces spécialistes surveillent à distance toutes les activités en cours dans les composantes
réseau d’un client : serveurs, postes de travail, coupe-feu, commutateurs, etc. En assurant la
surveillance de tous les paramètres de ces appareils, ils peuvent par exemple déceler si une attaque pirate a
échoué ou réussi et, le cas échéant, jusqu’où elle a pénétré dans les systèmes. Les coûts de leurs services
totalisent environ 100 dollars mensuellement par pièce d’équipement surveillée.
Ces fournisseurs, de même que certains spécialistes comme ZEROSPAM, fournisseur montréalais de services de
filtrage du pourriel en ligne, filtrent également le courriel destiné à l’entreprise pour en extraire les
pourriels, les logiciels espions et les courriels hameçons. (Le courriel hameçon, dont la croissance est
exponentielle, est un type de courriel qui, le plus souvent, laisse croire qu’il provient d’une institution
financière authentique. Sous ce couvert, il tente d’obtenir de l’internaute des informations confidentielles
qui servent ensuite à vider ses comptes en banque et à utiliser ses cartes de crédit.)
Le cercle intérieur
Une part importante de la sécurité a trait à la gestion des ressources informatiques et aux opérations de
sécurité. Cela signifie par exemple que, si vous détenez certains types de données plus stratégiques, vous
créez pour celles-ci des zones à plus haut degré de sécurité à l’intérieur du réseau informatique de
l’organisation. Il faut également vous assurer de les chiffrer. La gestion des ressources comprend en outre
des composants aussi diverses que le maintien à jour d’un répertoire de toutes les ressources matérielles et
logicielles de l’entreprise, de même que l’assignation aux utilisateurs de niveaux d’autorisation selon leur
type de responsabilités et la mise à jour de ces composants.
La gestion des sauvegardes constitue également un aspect crucial des opérations de sécurité. Il est
nécessaire de déterminer où les sauvegardes seront conservées. Ces sauvegardes seront-elles vérifiées,
chiffrées? Qui détiendra les clés de chiffrement? Comment éliminera-t-on les données confidentielles? La
fréquence des sauvegardes saura-t-elle refléter la rapidité des activités et des transformations dans
l’entreprise?
Il est en outre important de veiller à ne pas affecter les mêmes personnes à l’exécution et à la
supervision d’une tâche donnée. À titre d’exemple, «la pire erreur que l’on puisse commettre consiste à
placer le directeur de la sécurité sous l’autorité du directeur informatique, souligne Jacques Viau. Comment
le premier peut-il être indépendant et comment peut-on s’assurer de son intégrité s’il est appelé à subir les
pressions d’un directeur informatique qui pourrait vouloir justifier des décisions hasardeuses»?
Les appareils mobiles comme les ordinateurs portables, les ordinateurs de poche et les téléphones
intelligents font de plus en plus partie du paysage informatique et, de ce fait, représentent une menace
croissante. Les utilisateurs nomades négligent fréquemment de protéger leurs appareils contre le vol. Comme
ils se branchent à des points d’accès Wi-Fi et à des sites Internet, ils exposent ainsi leur organisation à
toutes sortes de contaminants qui peuvent se transmettre dans le réseau de l’entreprise lorsqu’ils reprennent
contact avec celui-ci.
À cause de leur petite taille, on assimile souvent les ordinateurs portables à des jouets de peu
d’importance. C’est un préjugé regrettable. «Les portables d’aujourd’hui peuvent contenir plus d’information
que les ordinateurs centraux d’il y a 20 ans, souligne Puneet Jain, directeur principal du marketing chez
Sony Canada. Laisser son appareil sans protection, c’est presque dire aux voleurs et aux espions
industriels : “Voyez la grande quantité d’informations sur mon entreprise avec laquelle je
circule!”»
Afin d’assurer la protection du portable lui-même, Targus commercialise le module DEFCON 1 Ultra dont le
prix est de d’environ 50 dollars. Ce module permet à l’utilisateur de fixer son ordinateur à un point
d’ancrage à l’aide d’un câble d’acier et d’activer un dispositif de détection de mouvement. Si un malfaiteur
tente de voler l’appareil, le câble l’en empêche pendant que le détecteur de mouvement émet un son strident,
de l’ordre de 95 décibels. En revanche, l’utilisateur ne doit pas oublier de désengager le mécanisme de
détection lorsqu’il récupère son ordinateur.
Pour protéger les données contenues dans un ordinateur portable, des fabricants comme IBM, Hewlett-Packard,
Gateway et d’autres insèrent dans leurs produits haut de gamme une puce qui mémorise automatiquement toutes
les informations enregistrées sur le disque dur. Même si un voleur réussit à s’enfuir avec l’ordinateur, il
est peu probable qu’il puisse en extraire quelque donnée que ce soit. Pour rehausser d’un cran la sécurité de
l’appareil, certains fabricants incorporent également à l’ordinateur un lecteur d’empreintes digitales.
La meilleure protection consiste toutefois à empêcher les utilisateurs de transporter des données
sensibles sur leur portable. Pour ce faire, les gestionnaires des TI auraient intérêt à obliger les employés
nomades, lorsqu’ils veulent télécharger toute donnée avec laquelle ils doivent travailler à distance, ou la
stocker, à se relier au réseau informatique de l’organisation par l’intermédiaire d’un réseau privé virtuel
chiffré. Le principe consiste ici à traiter les appareils mobiles comme de simples terminaux passifs.
Le cercle physique
Les données constituent évidemment l’élément clé de la sécurité. Mais lorsque les appareils qui
contiennent l’information font défaut, sont hors d’usage ou détruits, cette information n’est plus disponible
ni utile. C’est la raison qui sous-tend l’existence de secteurs tels que ceux de la sécurité physique et de
la reprise après sinistre.
Pour assurer la sécurité physique, l’on doit être armé d’un jugement solide forgé par des années
d’expérience pratique, affirme Michel Kabay. La sécurité ne signifie pas seulement de munir les portes
donnant accès aux serveurs de serrures fiables ou d’installer des caméras de surveillance. La sécurité exige
également que l’on évite d’implanter un centre d’information dans une zone à criminalité élevée, près de
citernes contenant des matières explosives ou contre le mur extérieur d’un édifice. Il faut en outre
s’assurer que les cadres de portes sont solidement fixés, que la climatisation est suffisante, que des
batteries de secours et des génératrices sont disponibles. «Et n’allez surtout pas brancher la fiche
électrique d’un serveur dans une plaque murale accessible, que le concierge pourrait débrancher facilement
pour y insérer celle de son aspirateur», ajoute Michel Kabay.
La reprise après sinistre est un secteur où les petites et moyennes organisations accusent des
insuffisances graves. Plusieurs entreprises voisines du World Trade Center à New York ont péri peu après la
tragédie du 11 septembre 2001, non pas parce que leur capacité informatique avait été détruite, mais parce
qu’elles ne disposaient pas des ressources et sauvegardes nécessaires pour reprendre leurs activités assez
rapidement. Des carences en planification antisinistre les ont empêchées de prévoir qu’elles ne pourraient
survivre plus de quelques jours ou d’une semaine si elles n’avaient pas accès à leurs données.
Un plan de reprise des activités nécessite la mise en place de systèmes miroirs pour les traitements
informatiques, la téléphonie et les télécommunications, là où ils peuvent s’avérer nécessaires. Le centre de
reprise doit être implanté dans un lieu distinct du site de traitement principal et doit être conçu selon
divers niveaux d’alerte. Il peut être actif 24 heures par jour, 7 jours par semaine, et servir de point
d’appui pour le noyau d’exploitation central en recevant régulièrement des mises à jour des données
cruciales. Il peut constituer en un site de secours immédiat, maintenu en semi-disponibilité, que l’on peut
amener à plein rendement en 24 à 48 heures pour prendre en charge les activités informatiques principales.
Enfin, il peut s’agir d’un centre de secours graduel qui demeure inactif jusqu’à ce qu’un sinistre survienne,
et qui peut passer au plein régime en quelques jours ou en une semaine. Tout dépend du plan initial où est
inscrite la durée maximale pendant laquelle l’entreprise peut fonctionner sans ses systèmes
informatiques.
La plupart des PME n’ayant pas les ressources financières pour entretenir un site de reprise, elles
pourraient considérer de coordonner leur plan antisinistre avec celui d’une autre organisation de même
taille. Chacune pourrait réserver une partie de ses serveurs pour abriter les données stratégiques de l’autre
et lui garantir une capacité fonctionnelle en cas de besoin. Chacune pourrait également convenir de mettre à
la disposition de l’autre un espace de travail ainsi qu’une salle de réunion pour accueillir les employés
déplacés.
Un plan antisinistre devrait aussi prévoir des réseaux alternatifs de téléphonie et de télécommunications
au cas où les principaux auraient flanché. Voilà une autre leçon que les organisations ont apprise après le
11 septembre. Il va sans dire que ce plan ne devrait pas se préoccuper que des appareils et des logiciels,
mais également des personnes. L’on devrait y consigner les réponses aux questions suivantes : Qui
assumera la direction si le président en est incapable? En cas de nécessité, qui prendra la relève du
spécialiste en bases de données? Comment les employés se rendront-ils au travail et comment seront-ils
soignés en cas de blessures?
Le cercle crucial
Le facteur humain ne devrait pas être important seulement en cas de reprise après sinistre, mais en tout
temps. «La moitié des atteintes à la sécurité sont occasionnées par des membres de l’organisation. Leurs
gestes contreviennent sciemment aux politiques acceptables, mais ne sont pas nécessairement malveillants»,
indique Andrew Pridham, directeur de la sécurité de l’information du cabinet d’impartition, d’intégration de
systèmes et de services-conseils CGI, à Ottawa.
C’est en effet par négligence que les employés conservent leurs mots de passe près de leur écran ou
affichent l’adresse courriel de leur entreprise sur des sites Web, permettant ainsi à des pirates d’inonder
le serveur courriel de pourriels et de logiciels espions. S’ils sont malveillants, les employés peuvent
transférer de l’information aux concurrents ou simplement falsifier des données importantes. Or, la
négligence et la malveillance des employés «découlent de carences en matière de gestion et de supervision de
la part de la direction», souligne Michel Kabay.
La dimension humaine de la sécurité intervient lors de trois moments clés, c’est-à-dire lors du
recrutement, au cours des activités de gestion courante et lors du congédiement. Au moment de l’embauche, il
importe évidemment de recruter du personnel avec lequel l’organisation peut se sentir en confiance. Cette
étape nécessite que l’entreprise s’informe du passé non seulement d’un employé potentiel mais également d’un
fournisseur qui a accès aux installations informatiques — notamment de l’équipe d’entretien des locaux.
Les pratiques courantes en matière de gestion revêtent évidemment la plus grande importance. Après leur
arrivée, les nouveaux employés devraient recevoir une formation qui les sensibilise à ce qu’ils peuvent et ne
peuvent pas faire sur le plan des ressources informatiques — de la navigation sur Internet, à l’envoi et à la
réception de courriels. Un document clair et succinct exposant les politiques et pratiques en matière de
sécurité devrait être remis à l’ensemble des employés, précisant que tout manquement à la sécurité sera puni.
Les réprimandes ne sont toutefois pas suffisantes : par exemple, l’organisation devrait voir à
récompenser les bonnes pratiques en matière de sécurité, en les liant partiellement aux processus
d’évaluation et de promotion.
L’on constate que les organisations dont la culture n’encourage pas la loyauté et l’honnêteté s’exposent à
de plus hauts risques en matière de sécurité de la part d’employés négligents ou malveillants. Michel Kabay
attire l’attention sur les entreprises qui n’ont d’yeux que pour les résultats trimestriels et s’empressent
de réduire leurs effectifs dès que les profits fléchissent. «Cette culture de portes tournantes qui
dévalorise les relations humaines n’est pas nocive uniquement pour la sécurité, dit-il, mais également à de
nombreux niveaux du rendement des employés.»
Le congédiement est une variable clé de l’équation sécurité. C’est souvent au moment de leur démission ou
de leur congédiement que les employés peuvent être le plus menaçants pour la sécurité. On a en effet vu des
employés injecter un virus dans le réseau informatique de l’organisation ou utiliser après leur départ leur
mot de passe pour accéder aux bases de données et voler de l’information cruciale.
Les procédures en matière de sécurité devraient donc d’office annuler tous les mots de passe et codes
d’autorisation d’un employé congédié ou démissionnaire. Michel Kabay recommande également d’obliger
l’employé à se retirer sans délai de son lieu de travail et de le faire accompagner par un agent de sécurité
lorsqu’il récupère ses effets personnels et quitte les locaux. Parallèlement, l’énoncé des politiques de
l’entreprise devrait mentionner qu’une procédure aussi radicale n’est teintée d’aucune intention hostile et
que la présence d’un gardien ne devrait pas être perçue comme une menace à leur intégrité personnelle. «Les
agents de sécurité devraient s’acquitter de leur tâche avec le sourire», d’insister Michel Kabay.
Trop d’organisations voient la sécurité comme un geste que l’on pose une fois, puis que l’on oublie. Elles
mettent en place quelques appareils et logiciels, et croient que le tour est joué. Erreur. «La sécurité est
un processus continu», indique Serge Bertini, directeur des solutions en matière de sécurité à CA Canada. «Ce
n’est pas une intervention ponctuelle que l’on s’empresse d’oublier.»
Le processus concernant la sécurité commence au plus haut niveau de la hiérarchie. Dès qu’elle est
informée de tous aspects touchant la sécurité, il incombe à la direction de décider comment la sécurité dans
son ensemble doit être conçue pour appuyer la mission de l’organisation.
Elle doit également nommer un directeur de la sécurité doté d’un mandat clair qui, à son tour, proposera
un cadre général énonçant par exemple une politique en matière de sécurité, des zones où les interventions
prioritaires doivent être menées, les personnes responsables d’attribuer les autorisations, etc.
L’évaluation des risques constitue une étape clé de la réflexion stratégique en matière de sécurité, qui
vise à définir les secteurs d’intervention prioritaires. Cette évaluation devrait préciser :
a) les principales menaces auxquelles l’organisation doit faire face (virus, pourriels, employés
mécontents, groupes criminels, incendies, etc.);
b) le niveau de vulnérabilité des systèmes exposés à ces risques;
c) l’impact que des incidents menaçant la sécurité pourrait avoir sur les systèmes et les activités
d’affaires.
Il est à noter que les interventions en matière de sécurité devraient cibler en priorité les systèmes les
plus vulnérables.
Les facteurs qui menacent l’entreprise ne devraient pas être formulés uniquement en termes de risques
informatiques, mais également en termes financiers, que la direction et les gestionnaires sont mieux en
mesure de comprendre. En utilisant le langage des affaires, on s’assure que ces derniers prendront une
décision d’affaires plutôt qu’une décision technologique.
Après la dernière étape, celle de la réflexion stratégique, il est temps de passer à l’élaboration d’un
plan d’action. C’est alors le moment de déterminer et d’établir un équilibre entre toutes les mesures
concrètes de sécurité s’appliquant à la situation spécifique de l’organisation, soit :
a) les dispositifs et procédures d’accès et d’autorisation;
b) les dispositifs de protection relativement à Internet;
c) les directives se rapportant à l’informatique mobile;
d) la configuration des ordinateurs de bureau et des portables;
e) le programme de formation des employés, etc.
La sécurité n’est pas un concept statique, mais un processus dynamique. Au fur et à mesure que
l’organisation évolue, qu’elle s’aventure dans de nouveaux projets ou marchés, ou se dote de nouvelles
technologies, et que son personnel change ou devient plus expérimenté, les composantes en matière de sécurité
doivent s’adapter à ces nouvelles réalités de manière dynamique. La sécurité ne doit pas devenir une
obsession, mais un état d’esprit : une série de décisions et d’habitudes sensées. En effet, tout comme
on ne laisse pas les portes déverrouillées à la maison et qu’on n’installe pas les conduites d’eau contre un
mur exposé au gel, dans les organisations, la sécurité obéit à des règles similaires, c’est-à-dire qu’on ne
donne pas accès à un ordinateur sans autorisation et qu’on ne laisse pas un serveur à la traîne dans un
couloir.
Yan Barcelo est journaliste à Montréal.
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