Les regroupements d’entreprises créent plus de valeur pour les actionnaires*
Une nouvelle étude révèle que dans le cycle actuel, les regroupements d’entreprises produisent de
meilleurs résultats que le marché
* Ce texte est la version intégrale d’un article résumé dans le numéro d’août
2006 de CAmagazine.
Par Éric D’Amours
On considère généralement que les regroupements d’entreprises détruisent la valeur — ce qui s’est souvent
avéré par le passé. Mais selon une nouvelle étude réalisée par Towers Perrin et la Cass Business School
d’Europe, l’inverse pourrait maintenant être vrai. Les sociétés touchées par des regroupements dans le cycle
actuel obtiennent en général de meilleurs résultats que le marché et créent plus de valeur pour les
actionnaires. En fait, au-delà du prix de l’action, un examen des principales mesures financières comme le
rendement de l’actif et le bénéfice par action montre que les sociétés en cause ont surpassé l’indice mondial
MSCI.
Dans le cadre de l’étude, on a analysé les résultats de regroupements ayant eu lieu dans le cycle de
regroupements actuel, qui a débuté en 2003, ainsi que dans les deux derniers cycles d’importance (ceux qui
ont connu leur apogée en 1989 et en 1999). Des données qualitatives résultant d’entrevues avec la haute
direction de sociétés ayant pris part à des regroupements au cours des trois cycles complètent l’étude. Les
résultats de l’analyse montrent que dans la vague actuelle de regroupements, les sociétés touchées par des
regroupements ont obtenu des résultats supérieurs de 7 % en moyenne à ceux du marché. En 1988 et en 1998, le
prix des actions des sociétés ayant pris part à des regroupements était inférieur à l’indice de 6,4 % et de
2,5 % respectivement.
L’étude de Cass-Towers Perrin visait à comprendre les résultats financiers liés aux regroupements qui se
sont produits dans les trois derniers cycles de regroupements. En supposant que l’apogée de la vague courante
de regroupements a eu lieu en 2005, nous avons utilisé les années précédant l’apogée des trois dernières
vagues à des fins de comparaison. L’étude a porté sur un total de 218 regroupements à l’échelle mondiale dont
la valeur ajustée en fonction de l’inflation varie entre 400 millions et 1,5 milliard de dollars US et qui
ont été conclus en 1988, 1998 ou 2004. (L’ensemble des critères utilisés et des détails supplémentaires sont
postés sur www.towersperrin.com.)
Pourquoi les résultats des regroupements se sont-ils améliorés à ce point? Il semble que les sociétés
soient devenues plus disciplinées et plus sélectives en matière de regroupements; elles choisissent leurs
transactions avec plus de soin, effectuent des contrôles diligents plus exhaustifs et portent une attention
particulière à l’intégration et à la gouvernance. Par le passé, elles se concentraient principalement sur le
contrôle diligent relatif aux finances, notamment les répercussions négatives sur le bilan et les passifs
éventuels. Maintenant, elles accordent une importance accrue à l’intégration, de même qu’à des préoccupations
à plus long terme comme la volatilité des coûts, les conséquences de l’évolution démographique de la
main-d’œuvre et les obstacles potentiels liés aux différences culturelles. Il appert que les sociétés — ainsi
que leurs actionnaires et leurs conseillers — ont tiré de précieuses leçons des cycles de regroupements
passés, qu’elles mettent désormais en application dans leur façon d’envisager les acquisitions. L’étude
révèle par exemple que c’est dans le secteur des services financiers qu’a eu lieu la majeure partie des
regroupements, suivi des secteurs industriel, technologique, de la santé et des marchandises. Nous estimons
qu’il ne s’agit pas d’une coïncidence si les regroupements touchant les sociétés de services financiers —
lesquelles ont accumulé la plus grande expérience en la matière — sont également ceux qui ont créé le plus de
valeur pour les actionnaires, tous secteurs confondus.
DE L'ORIGINE DU CHANGEMENT
Gestion et gouvernance des regroupements
De nos jours, les cadres supérieurs sont beaucoup plus à l’écoute des opinions des actionnaires et sont
davantage responsables de créer de la valeur pour ces derniers qu’au cours des deux vagues de regroupements
précédentes. Cet état de fait découle probablement en partie de l’évolution des programmes de rémunération
des cadres, lesquels établissent un lien plus étroit entre la rémunération et la création de valeur pour les
actionnaires.
La gouvernance d’entreprise affiche également plus de discipline, partiellement des suites de la Loi
Sarbanes-Oxley, et les directions reconnaissent qu’elles doivent tenir compte de toutes les parties prenantes
lorsqu’elles examinent un regroupement potentiel.
Les transactions conclues lors des vagues de regroupements antérieures étaient sujettes dans une certaine
mesure à l’«exubérance irrationnelle». Or, le marché s’est adapté, de sorte que les regroupements sont
aujourd’hui envisagés d’un point de vue plus rationnel et clairement orientés sur les objectifs
financiers.
Meilleur contrôle diligent
Les acquéreurs ont appris des erreurs commises au cours des deux derniers cycles de regroupements et
effectuent des contrôles diligents plus rigoureux avant de prendre une décision définitive. Cela contribue à
fixer des prix plus exacts et peut aussi faire ressortir plus nettement les différences et les synergies
entre les deux sociétés, facilitant ainsi l’élaboration du plan d’intégration et la prise de la décision.
Pour ce qui est de la vague récente, la quantification des synergies potentielles traite davantage de ce
qui est susceptible de se produire, par opposition aux attentes de l’acquéreur. Cette position est
particulièrement évidente au niveau des RH, pour qui les objectifs de synergie sont beaucoup plus réalistes,
à l’image des efforts prévus pour intégrer deux cultures et de la complexité des systèmes de rémunération
globale, particulièrement en matière de prestations de retraite, d’avantages sociaux et de programmes de
rémunération.
Synergies financières et intégration des effectifs
Les acquéreurs ne se concentrent plus uniquement sur les synergies financières. Les synergies culturelles
sont prises beaucoup plus au sérieux qu’au cours des deux vagues de regroupements précédentes. La
focalisation sur l’intégration amène les sociétés à affecter des ressources importantes aux activités
post-regroupement, pour des périodes allant de six mois à deux ans, selon la nature de la transaction.
Que nous réserve l’avenir?
Bien que les résultats du sondage soient de bon augure pour les sociétés et les actionnaires, il y a
encore trop de cas où le prix établi pour la transaction ne reflète pas le coût réel de l’acquisition,
particulièrement en ce qui a trait aux coûts et aux passifs relatifs à la main-d’œuvre. Les aspects
habituellement plus problématiques sont l’appréciation des risques futurs, l’identification des passifs
sous-évalués et/ou l’estimation du déficit des régimes de retraite. Les acquéreurs canadiens tirent
légèrement de l’arrière en ce qui concerne l’adoption des stratégies courantes plus évoluées de gestion des
aspects non techniques, telles les différences de culture organisationnelle.
Il existe beaucoup de données (de source universitaire ou autre) sur les raisons de l’échec des
regroupements passés. Le problème le plus fréquemment mentionné est le fait de passer sous silence les
questions relatives à la main-d’œuvre et à la culture dans le cadre de l’intégration des deux organisations.
Étant donné que l’intégration peut être la clé du succès d’un regroupement, l’intervention des RH plus tôt
dans le processus pourrait permettre de combler certaines lacunes et d’ajouter encore plus de valeur pour les
actionnaires dans les cycles à venir.
Éric D’Amours (eric.d’amours@towersperrin.com) est directeur et responsable
des regroupements d’entreprises chez Towers Perrin au Canada.
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