juin 2005 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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REER : actions ou obligations?

Par Marcel Côté

Marcel Côté

Imaginons qu’on vous propose deux possibilités d’investissement pour votre REER, sur un horizon de 10 ans. La première offre un rendement garanti de 6 %. Le rendement de la seconde est de 12 %, mais elle implique un léger risque, une chance sur cinquante que le rendement plafonne à 5 %.

Supposons que vous avez 40 ans, quel serait votre choix?

Parions que la plupart d’entre vous opteraient pour le deuxième placement. Car, après 20 ans, 1 000 $ à 12 % vaudront 9 650 $ (à 6 %, 3 200 $). Même avec un risque de un sur cinquante de n’obtenir qu’un rendement de 5 %, le second choix est beaucoup plus intéressant.

Or, pourquoi les conseillers en placement et les gestionnaires de caisses de retraite recommandent-ils une répartition plus ou moins égale entre les placements du premier type et ceux du second qui valent trois fois plus après 20 ans? Ne savent-ils pas calculer? Ils le savent, bien sûr, mais peut-être ont-ils un penchant pour le court terme et la gestion active des portefeuilles, ou bien aiment-ils survaloriser leur métier, en exagérant le risque des placements en actions à long terme.

Car les placements du second type sont constitués d’actions, alors que les premiers sont des obligations. Les rendements mentionnés reflètent les rendements historiques des obligations et des actions sur le marché américain, lorsque détenues pendant 20 ans. Ainsi, si votre portefeuille était constitué en 1984 d’actions américaines diversifiées et si vous l’aviez conservé jusqu’en 2004, votre rendement avant frais aurait été de 13,1 % par an (8,6 % pour un portefeuille similaire composé d’obligations américaines). En tenant compte des frais annuels de 0,5 %, un placement de 10 000 $ en actions en 1984 aurait valu 107 800 $ en 2004 (52 300 $ s’il s’était agi uniquement d’obligations, soit la moitié moins)! Aux États-Unis, sur la base de la moyenne des rendements des 75 dernières années, un portefeuille d’actions diversifiées vaut 94 755 $ après 20 ans alors qu’un portefeuille d’obligations n’atteint que 28 380 $. (Dans les deux cas, des frais annuels de 0,5 % ont été soustraits.) Pourquoi alors encombrer d’obligations nos REER et caisses de retraite?

Pour obtenir de tels résultats, l’on doit détenir ses placements pendant environ 20 ans. Si la période est plus courte, l’écart de rendement ne diminue pas, mais les risques augmentent. Ainsi, depuis 1948, un portefeuille diversifié détenu pendant 10 ans n’a rapporté davantage en obligations qu’en actions que pendant une période de quatre ans, soit au cours des années 1970, et dans les quatre cas la différence était minime. Les portefeuilles composés d’actions conservés pendant 10 ans, qui ont été constitués dans les années 1990 et ont survécu à l’éclatement de la bulle boursière de 2001, rapportent néanmoins plus que les portefeuilles d’obligations. Ce n’est que lorsque l’horizon d’investissement rétrécit à moins de 5 ans que les portefeuilles composés d’actions deviennent relativement plus volatiles. Les actions à risque élevé sont toujours supérieures si les portefeuilles sont détenus pendant au moins 10 ans.

Il faut en outre posséder des actions diversifiées, car les titres individuels sont beaucoup plus volatils que le marché. Et, plus important encore, il faut se rappeler que la gestion active des placements en actions (i.e. achats et ventes) augmente fortement les coûts. Heureusement, depuis quelque 10 ans, un éventail de fonds indiciels ont vu le jour et reflètent le comportement du marché ou de secteurs du marché, facilitant grandement la diversification des portefeuilles. Les plus connus sont liés aux indices boursiers (TSX 60, TSX 300, S&P 500…) Leur rentabilité sur une période de 10 ans est de loin supérieure à celle d’un portefeuille ayant une proportion élevée d’obligations, pour un niveau de risque similaire.

Mais, dans nos fonds de retraite, on ne nous propose pas toujours des portefeuilles diversifiés entièrement composés d’actions, et on ne les retrouve pas non plus dans la plupart des caisses de retraite, même si ces dernières visent un horizon de placement de plus de 20 ans. Or, il est difficile d’expliquer le faible des gestionnaires de fonds pour les obligations. Par contre, leur préférence à l’égard d’une gestion active par rapport aux fonds indiciels peut se comprendre, car ils tirent des revenus de chacune des transactions effectuées. Pourtant, on constate que la plupart des gestionnaires ont généralement un rendement inférieur au marché et aux fonds indiciels qui reflètent l’évolution du marché. Mais il est dans leur intérêt de tenter de battre le marché, même si la moitié d’entre eux failliront à la tâche cette année. (En 2006, ce sera un autre groupe qui fera partie de la moitié des gagnants. Il ne faut donc pas se fier à l’historique du rendement.)

Si vous avez moins de 45 ans et visez à prendre votre retraite à 65 ans, simplifiez la gestion de votre REER. Voyez à ce qu’il soit autogéré et investi dans des fonds indiciels diversifiés, et ne vendez rien avant 65 ans. Vous minimiserez ainsi vos frais, obtiendrez un meilleur rapport rendement/risque et y gagnerez à coup sûr.


Marcel Côté est associé de Secor Inc. à Montréal.

 
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