avril 2005 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Épuiserons-nous nos économies trop tôt?*

Les Canadiens sont de plus en plus nombreux à constater qu’entre vouloir prendre sa retraite et pouvoir le faire, il y a un grand pas à franchir. La crainte de tomber malade pourrait les forcer à continuer de travailler après l’âge normal de la retraite.

Par Monique Tremblay

*Le présent article est la version intégrale d’un texte paru initialement dans le numéro d’avril 2005 de l’édition imprimée de
CAmagazine.

Au cours des trois dernières années, Desjardins Sécurité financière a mené un sondage téléphonique pour évaluer les perceptions, les intentions et le comportement des Canadiens à l’égard de la retraite. Le sondage de 2004 dégage cinq tendances et identifie plusieurs domaines où la planification financière peut permettre aux gens de garder le contrôle sur leurs finances.

Les répondants sont à la fois optimistes et pessimistes
Dans le sondage de 2004, les répondants se sont dits optimistes quant à leurs projets de retraite. En examinant les statistiques de plus près, on remarque toutefois certaines attitudes pessimistes à l’égard de la retraite et des finances personnelles. Par exemple, seuls 19 % des répondants encore sur le marché du travail sont «très confiants» dans leur capacité à épargner en vue de cette étape de leur vie.

Tendance 1 — La confiance dans le système
Même les travailleurs qui cotisent à un régime de retraite offert par leur employeur ont des inquiétudes. Moins de la moitié (45 %) d’entre eux ont dit avoir très bon espoir que leur employeur sera en mesure de leur verser une pension. Ils sont encore plus sceptiques quant à la capacité du gouvernement fédéral de leur verser une pension ou une rente le moment venu; seuls 6 % ont très confiance qu’ils recevront leur pension de vieillesse. Cette tendance est constante partout au Canada, et les réponses concernant le Régime de pensions du Canada et le Régime de rentes du Québec sont comparables.

Malgré ces résultats, six personnes sur dix s’attendent à pouvoir prendre leur retraite à l’âge qu’ils jugent idéal; de nombreux répondants estiment toujours qu’ils seront en mesure de prendre leur retraite à 59 ans, soit six ans plus tôt que l’âge de référence des programmes gouvernementaux.

Tendance 2 — La retraite progressive
La retraite progressive ou graduelle gagne du terrain. Les résultats du dernier sondage montrent que deux répondants sur trois prévoient prendre une retraite partielle et continuer de travailler pendant ce temps. Certains répondants se trouvent déjà dans cette situation. Bien que moins courants, il est intéressant de souligner certains phénomènes émergents : 1) travailler en continu ou prendre des congés de temps à autre; 2) occuper un emploi différent de celui d’avant la retraite; 3) travailler dans un autre secteur d’activité.

Tendance 3 — Les coûts de la maladie
La planification de la retraite doit également tenir compte des conséquences et de la gravité des problèmes de santé. Par exemple, en cas de maladie grave ou d’invalidité, sept répondants sur dix (72 %) croient que leur gouvernement provincial n’assumerait qu’une partie des coûts. Pourtant, moins de la moitié des répondants ont indiqué que leurs plans financiers couvrent ces éléments.

Pour acquitter les frais non couverts par les programmes gouvernementaux, la moitié des répondants compteraient sur leur régime d’assurance collectif et 43 %, sur leurs assurances personnelles. La plupart des répondants déjà à la retraite (78 %) puiseraient dans leurs économies, ce qui pourrait toutefois être difficile puisque 31 % d’entre eux déclarent posséder moins de 10 000 $ en épargne et placements personnels.

En revanche, une proportion importante des répondants des générations X et Y compteraient sur leur famille et leurs amis pour obtenir de l’aide financière en cas de maladie grave ou d’invalidité.

Tendance 4 — La manne des héritages
De nombreux enfants du baby-boom s’attendent à recevoir un héritage. Le sondage montre entre autres que près d’un tiers des travailleurs de 40 ans et plus consultés croient qu’ils hériteront dans les 10 prochaines années.

Lorsqu’on leur a demandé ce qu’ils feraient d’un héritage éventuel, 64 % des répondants ont indiqué qu’ils investiraient dans des produits financiers. Près de la moitié d’entre eux utiliseraient l’argent pour faire un ou plusieurs voyages. Seuls 43 % rembourseraient leur hypothèque ou financeraient les études de leurs enfants.

Tendance 5 — Le transfert du risque
À l’heure actuelle, les institutions publiques et privées sont en train de transférer les risques et les coûts aux consommateurs canadiens. En dépit des paiements de transfert négociés récemment avec Ottawa, les gouvernements provinciaux continueront d’être aux prises avec des hausses importantes des coûts de santé. Étant donné notre faible taux de natalité (celui du Canada est l’un des plus bas du monde) et le vieillissement de notre population, cette tendance durera probablement un certain temps. En fait, à mesure que les enfants du baby-boom prendront leur retraite, l’évolution du ratio retraités-travailleurs menacera de plus en plus la viabilité des programmes de sécurité sociale et des institutions sociales. Selon Statistique Canada, on comptait près de cinq travailleurs pour un retraité en 2000. Ce ratio sera de deux pour un en 2030.

La planification de la retraite
Le temps consacré à la planification financière est fonction des actifs et des revenus. Ainsi, les travailleurs de 40 ans et plus consultés qui détiennent un REER personnel ou collectif et plus de 100 000 $ en épargne et placements sont plus susceptibles d’avoir un plan d’action.

Qu’il s’agisse de la retraite ou d’autres projets, près des deux tiers (63 %) des répondants dans cette catégorie ont un plan financier de retraite. Bien entendu, la planification est plus facile lorsque les revenus du ménage permettent l’épargne.

Les retraités continuent eux aussi (63 %) à planifier l’usage qu’ils feront de leurs économies. Cette constatation est positive, puisqu’elle vient confirmer la tendance lourde observée en 2003 (65 % contre 54 % en 2002). Les résultats varient un peu selon la province, mais l’appréciation de l’importance de la planification financière augmente indiscutablement.

On a demandé aux répondants qui avait préparé leur plan. Ils sont près d’un quart (21 % des travailleurs et 28 % des retraités) à avoir préparé ce document essentiel eux-mêmes, tandis qu’environ un cinquième (18 %) des répondants se sont fiés aux planificateurs et aux conseillers financiers œuvrant pour des institutions financières.

La portée du plan
Les travailleurs, les travailleurs partiellement retraités de 40 ans et plus, ainsi que les «vrais» retraités ayant un plan d’épargne particulier ont été interrogés sur le contenu de leur plan. Le tableau ci-dessous résume les éléments mentionnés et leur fréquence.

Les plans prévoyaient le plus souvent 1) des économies personnelles devant servir de revenu à la retraite, 2) des économies en cas d’imprévus et 3) une assurance vie. Comme les gens utilisent les programmes d’épargne-retraite pour s’assurer d’un revenu suffisant pendant cette période et se constituer un coussin de sécurité en cas d’imprévus, ce ne sont pas des résultats étonnants.

Par contre, les plans couvraient moins couramment les assurances pour soins hospitaliers prolongés (autour de 46 %), pour soins à domicile (environ 45 %) et pour maladies graves (environ 40 % parmi les retraités).

À la lumière des observations précédentes, soulignons l’importance d’élargir la portée des plans financiers pour tenir compte de l’état de santé actuel et des problèmes médicaux potentiels.

Éléments pris en compte dans le plan financier

 

Travailleurs

(370)

%

Retraités

(182)

%

Économies personnelles — revenu à la retraite

94

81

Économies personnelles — imprévus

85

77

Assurance vie

80

59

Économies personnelles — dettes personnelles

72

66

Économies personnelles — problèmes de santé à la retraite

71

65

Assurance — maladie grave

67

40

Assurance — coût des services funéraires

52

45

Assurance — soins hospitaliers prolongés

50

42

Assurance — soins à domicile

49

39


La retraite pourrait durer 25 ans et plus
Vu l’augmentation continue de l’espérance de vie, il n’est pas déraisonnable de présumer que les gens passeront autant de temps à la retraite que sur le marché du travail, voire davantage. En d’autres mots, il est tout à fait probable qu’une personne vivra 25 ou même 30 ans après son départ à la retraite.

Selon les plus récentes estimations actuarielles, un couple sur trois âgé de 65 ans verra au moins l’un des conjoints vivre jusqu’à l’âge vénérable de 95 ans. Il est très probable que cette personne soit une femme.

La perte d’autonomie, le coût élevé des soins de longue durée, le financement des coûts des programmes gouvernements transférés aux contribuables, les faibles taux d’intérêt et le risque d’inflation ont tous une incidence importante sur cette tranche de la population. C’est pourquoi les plans financiers doivent prévoir plusieurs scénarios reflétant une espérance de vie et un état de santé variables.

Les propriétaires sont majoritaires
Bon nombre des répondants de 40 ans et plus et des retraités sont propriétaires de leur résidence principale. Plus d’un quart (27 %) des travailleurs de 40 ans et plus envisagent de vendre leur propriété pour générer un revenu de retraite. À l’inverse, la proportion des retraités qui ont effectivement vendu leur maison ou qui songent à le faire est bien moindre (15 %). Il est raisonnable de croire que, pour ces répondants, le fait d’être propriétaire augmente la qualité de leur vie à la retraite. Il est intéressant de constater que ce sont les travailleurs autonomes de 40 ans et plus qui envisagent en plus grand nombre la possibilité de convertir leurs actifs immobiliers en liquidités à la retraite (40 % contre 27 % parmi l’ensemble des répondants). Même si les biens immobiliers représentent souvent une fraction importante des actifs lors de la planification de la retraite, il est difficile de déterminer dans quelle mesure le plan financier de retraite comprend tous les éléments potentiels à cette étape.

Le réalisme fait surface
Le sondage 2004 de Desjardins Sécurité financière révèle qu’à bien des égards, les Canadiens sont devenus plus réalistes quant à la préparation de la retraite. Bien qu’ils aient confiance de pouvoir prendre leur retraite à l’âge prévu, bon nombre d’entre eux demeurent préoccupés par les coûts associés à la maladie ou à l’invalidité au moment de la retraite. Dans un contexte où les gouvernements et les entreprises transfèrent les risques aux consommateurs, ces inquiétudes semblent justifiées, surtout dans une société où les gens vivent beaucoup plus longtemps à la retraite.


Monique Tremblay est première vice-présidente, Épargne et Fonds distincts, chez Desjardins Sécurité financière. On peut la joindre par courriel à monique.tremblay@dfs.ca

À propos du sondage
Le sondage téléphonique 2004 a été mené entre le 13 août et le 7 septembre 2004 par SOM, une firme spécialisée dans les études de marché et les sondages d’opinion (http://www.som.ca/). En tout, 1 671 entrevues ont été réalisées auprès d’un échantillon représentatif d’adultes canadiens. Les estimations de proportion du plan de sondage comportent une marge d’erreur maximale de 2,5 % pour un niveau de confiance de 95 %.

Dans la même veine
Sondage 2003 : «La retraite progressive», par André Langlois, CAmagazine, mai 2004

Sondage 2002 : «La planification financière en hausse de popularité», par Taylor Train, CAmagazine, avril 2003

 
LIENS CONNEXES
  

La retraite progressive, par André Langlois, CAmagazine, mai 2004

La Calculatrice du revenu de retraite canadienne

Effets sociaux du vieillissement, Organisation de coopération et de développement économiques

Le sondage national Desjardins révèle que les Québécois et les Canadiens sont conscients qu’ils devront renoncer à leur projet de retraite anticipée

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