La retraite : où, quand, comment?
Par Gérard Bérubé
La campagne REER tout juste terminée nous a encore une fois sensibilisés aux enjeux financiers et sociaux liés au vieillissement de la population. Ainsi, d’année en année et de campagne REER en sondage, les Canadiens sont toujours plus nombreux à déclarer devoir prolonger leur présence sur le marché du travail — davantage par choix que par nécessité, comme si le concept de retraite ne tenait plus. Car, après tout, qui a dit que vie après 65 ans devait obligatoirement rimer avec retraite?
Le vieillissement de la population fait l’objet de plus en plus d’études. En matière de finances personnelles, il est désormais largement accepté que, pour le retraité, les probabilités de survivre à son capital sont très fortes. Cette nouvelle réalité doit tenir compte à la fois de l’effet de l’inflation qui gruge le capital-retraite disponible et du prolongement de l’espérance de vie.
Sur ce point, et même si davantage de calculs actuariels se basent sur un horizon de vie de 90 ans, il appert qu’il faudrait prévoir un plan B, au cas où de nombreuses personnes dépasseraient cette échéance. Ce plan devra s’attaquer à la fois au besoin en capital de retraite associé à la longévité et au fardeau financier qu’entraînent maladie et invalidité, surtout dans l’éventualité où il sera difficile de compter sur l’appui des enfants des nonagénaires, qui seront alors eux-mêmes âgés de 65 à 75 ans!
Le Groupe Investors a déjà illustré ce phénomène de façon marquante. L’espérance de vie étant officiellement évaluée à 79,7 ans, les personnes âgées de 80 ans et plus composent désormais le segment de la population qui connaît la plus forte croissance. La progression a été de 41 % entre 1991 et 2001; elle devrait atteindre 43 % entre 2001 et 2011, soit 1,3 million de Canadiens. Parmi ceux-ci, on dénombrait 3 795 centenaires en 2001, 21 % de plus qu’en 1996. Et l’on s’attend à ce qu’en 2050 ce nombre soit multiplié par 25 et totalise 95 000.
Pas surprenant donc que, dans un sondage réalisé par TD Waterhouse et diffusé lors de la campagne REER 2004-2005, il soit ressorti qu’une très grande majorité de Canadiens envisagent désormais avec réalisme, voire un certain fatalisme, les enjeux de la retraite. Les auteurs du sondage vont même jusqu’à parler d’une insouciance face à l’épargne-retraite, allant à l’encontre des conclusions de tous les sondages précédents. Comme si les anciennes idées sur la vie après 65 ans étaient soudainement balayées du revers de la main, s’étonne la société de courtage, indiquant que «les résultats du sondage constituent une nouvelle preuve d’un revirement majeur dans la façon dont les Canadiens conçoivent la retraite». Dit de façon claire, les Canadiens ne semblent plus se stresser face à la réalité de leur retraite. Pourquoi en serait-il autrement? Ce n’est toutefois pas parce que les deux tiers d’entre eux affirment détenir un REER, soit un capital moyen de 65 000 $, par ailleurs nullement suffisant. Et ils sont fortement majoritaires à admettre qu’ils n’auront pas les capitaux requis pour subvenir à une retraite prolongée, ou qu’ils n’épargnent pas assez.
Froid constat ou ironie? Plutôt réalisme. Un très grand nombre de Canadiens savent que l’espérance de vie augmente et qu’ils auront travaillé moins longtemps que leurs parents, en raison notamment d’études prolongées. En outre, de nombreux baby-boomers se sentent pris en sandwich entre le coût élevé des études postsecondaires de leurs enfants et l’appui financier qu’ils offrent à leurs parents vieillissants, ce qui réduit d’autant leur marge de manœuvre. Ils évoquent aussi la diminution rapide des régimes de retraite à prestations déterminées, de plus en plus délaissés par les entreprises, ainsi que les rendements chétifs, soit environ 5 % par année. Il est révolu le temps où l’on pouvait espérer facilement atteindre les 10 % bon an mal an qui, sous l’effet des rendements composés, permettaient de doubler le capital aux sept ans!
Le sondage TD Waterhouse fait donc écho à une tendance lourde qui dénote que les répondants se basent sur la pénurie imminente de main-d’oeuvre pour prévoir travailler plus longtemps. Plus précisément, «le tiers des investisseurs canadiens qui n’ont pas encore pris leur retraite prévoient travailler soit à temps partiel (25 %) ou à temps plein (8 %) après l’âge obligatoire de la retraite». Et presque les trois quarts de ceux qui envisagent de travailler indéfiniment «prévoient le faire par choix plutôt que par nécessité».
Pourtant, il y a trois ans à peine, les Canadiens qui affirmaient pouvoir combiner retraite hâtive et travail à temps partiel étaient fortement majoritaires. Ce changement survenu en si peu de temps découle des pressions exercées sur les soins de santé et de la diminution progressive de l’appui financier apporté par les gouvernements. Ainsi, a déjà conclu Desjardins Sécurité financière, la peur de la maladie et la pression sur l’épargne exercée par les frais de soins de santé incitent les Canadiens à travailler plus longtemps. Et TD Waterhouse de s’interroger : La retraite, quelle retraite?
Gérard Bérubé est responsable de la section Économie et finance au Devoir à Montréal.
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