décembre 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Surdose de médicaments?

Par Marcel Côté

Marcel Côté

En 2004, les Canadiens dépenseront quelque 22 milliards de dollars en médicaments. De 1997 à 2003, les ventes de médicaments d’ordonnance au Canada ont augmenté de 14 % par année, selon le cabinet de recherche IMS. À ce rythme, la part des médicaments par rapport aux soins de santé passera de 16 % aujourd’hui à plus de 20 % dans six ans, soit 2 % du PIB!

Cette croissance est due tout d’abord à l’augmentation de la prise de médicaments en soi et, à un degré moindre, à l’utilisation de médicaments plus coûteux. Le prix des médicaments comme tel demeure toutefois relativement stable.

Depuis la découverte de la pénicilline en 1928 (le premier grand médicament moderne), la pharmacopée a connu de grands progrès. Aujourd’hui, la recherche biopharmaceutique s’attaque systématiquement à toutes les maladies connues. Des médicaments tels que les contraceptifs oraux ont changé notre mode de vie ou aident à écourter les séjours hospitaliers. Plus que jamais, les médicaments soulagent les symptômes, s’attaquent davantage aux causes des maladies, permettent de guérir plus rapidement et diminuent les risques de maladies graves.

Plusieurs facteurs contribuent à la hausse soutenue de la consommation de médicaments. Tout d’abord, les percées scientifiques ouvrent de nouveaux horizons. La multiplication des médicaments contre le cancer et les problèmes cardiovasculaires illustrent bien cette tendance. De plus, d’ici 10 ans, le génie génétique fera naître de toutes nouvelles possibilités. Parmi les autres facteurs de hausse, signalons le vieillissement de la population qui fait augmenter le recours aux médicaments pour corriger les déséquilibres dus à l’âge. Enfin, les efforts de marketing constituent un autre facteur, quoique leur impact réel est probablement exagéré. La publicité, notamment celle du Viagra ou celle du traitement des migraines, donne une fausse impression, car la plus grande partie des dépenses et la consommation croissante de médicaments sont associées aux traitements de maladies chroniques. Trois des cinq médicaments les plus vendus dans le monde (Lipidor, Zocor et Norvasc) sont des traitements pour les maladies cardiaques, peu connus du public. Par ailleurs, la surconsommation de médicaments n’est pas aussi répandue qu’on semble le croire; l’inverse est probablement plus vrai, car de nombreux patients ne prennent pas leurs médicaments. En outre, la promotion du bon usage du médicament ne semble pas avoir d’impact sur la consommation.

Pourquoi les médicaments sont-ils si chers? Seule la moitié des médicaments le sont, et leur marge bénéficiaire se situe entre 60 et 80 %. L’autre moitié est constituée de génériques dont la marge bénéficiaire est de beaucoup inférieure. Ils appartiennent au domaine public et peuvent être fabriqués par tout manufacturier qui respecte la réglementation. Pour les médicaments brevetés, c’est autre chose. Les brevets ne durant que 20 ans, leur prix n’a rien à voir avec leurs coûts de fabrication. En effet, les revenus tirés de ces médicaments servent à financer l’ensemble de la recherche pharmaceutique et leur prix reflète la valeur perçue sur le marché : plus cette valeur est élevée, plus le prix risque de l’être. Dans tous les pays, les grands acheteurs (gouvernements et assureurs) se concertent pour faire diminuer les prix, avec un succès variable, d’où les importantes disparités entre pays. Les prix sont beaucoup plus bas au Canada qu’aux États-Unis parce que les provinces et le fédéral ont un grand pouvoir en tant que payeurs et collaborent à cet égard de façon assez efficace.

Mais il faut défrayer les coûts de la R&D, et la création de nouveaux médicaments suit un processus hautement sélectif. Seule une molécule sur mille passe la rampe et supporte alors les frais de recherche de toutes les molécules rejetées. De plus, les sociétés pharmaceutiques n’ont généralement qu’une douzaine d’années pour rentabiliser un médicament breveté. Elles ont donc intérêt à le lancer rapidement et fortement, ce qui hausse encore les coûts.

Les gouvernements et les sociétés pharmaceutiques m’ont souvent consulté dans leur recherche de solutions. Ce qui me surprend le plus, c’est la difficulté d’amener les intéressés à payer leur juste part du développement d’un médicament. Actuellement, ce sont les États-Unis qui en défraient la plus grande partie, sinon la totalité. Cela ne pourra durer; il devra y avoir convergence des prix dans les grands pays industrialisés. Voilà qui n’est pas de bon augure pour le Canada, car le prix moyen des nouveaux médicaments se situe à environ 60 % de celui des États-Unis.

Mais le principal enjeu demeure la croissance de la consommation de médicaments, à un taux plus élevé que celle du PIB. Pour l’État qui, au Canada, paie le quart de la note, c’est un sérieux problème, qui nécessite une réaffectation de fonds. Mais est-il possible de faire mieux? Partout on consacre davantage de ressources aux nouvelles technologies. Par exemple, les dépenses en systèmes d’information augmentent plus que le PIB et on n’en fait pas un plat. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les médicaments?


Marcel Côté est associé de Secor Inc. à Montréal.

 
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