Maux à éviter
Par Robert Colapinto Illustration : Doug Panton
Votre bureau à la maison est-il installé selon les règles de l’art? Sinon, quelques conseils en ergonomie vous éviteront bien des maux.
De la fenêtre du bureau de Lori Mullin, sur les pentes verdoyantes du mont Dillworth (C.-B.), le regard porte au-delà des résineux jusqu’à la ville de Kelowna. En se retournant sur son fauteuil ergonomique, Lori a une vue plongeante sur la magnifique vallée de l’Okanagan. Elle peut aussi se déplacer sans effort jusqu’à son bureau, équipé d’un ordinateur, d’une imprimante tout-en-un, d’une déchiqueteuse et d’une unité de stockage à l’épreuve du feu. Dans cet environnement de haute technologie, la seule concession est le bureau lui-même, une antiquité dont Lori Mullin utilise les casiers pour classer ses papiers. «C’est le bureau qui fait toute la différence, dit-elle en riant. Pour rien au monde je ne l’échangerais contre un bureau modulaire ultramoderne.»
Lori Mullin, âgée de 48 ans, fait partie de ces professionnels de plus en plus nombreux dont le bureau à domicile est équipé des innovations technologiques qui ont fait leur apparition au cours des 10 dernières années. Le travail à domicile convient particulièrement bien aux CA, et tous ces outils ergonomiques leur facilitent beaucoup la tâche.
«Le travailleur à domicile fait souvent de longues heures», remarque Margo Fraser, présidente élue de l’Association canadienne d’ergonomie. «Il a donc besoin des outils les plus ergonomiques possible. Pour les CA, qui travaillent surtout à l’ordinateur, tout écart par rapport aux normes ergonomiques augmente le risque de blessure.» L’ergonomie est l’art d’utiliser le mobilier, les outils de travail et l’environnement de manière à réduire le risque d’inconfort et de blessure. Et selon Margo Fraser, une chaise de travail appropriée constitue l’élément clé pour les utilisateurs d’ordinateur : «L’important, c’est la chaise et sa relation avec la posture, ainsi que l’installation de l’ordinateur et du bureau.»
Margo Fraser raconte que les personnes qui travaillent à la maison commencent souvent avec une chaise de cuisine et un ordinateur portable posé en équilibre instable. «Il existe une liste de contrôle ergonomique toute simple, dit-elle, pour s’assurer qu’on ne nuit ni à sa productivité ni à sa santé [voir l’encadré]. Si vous êtes très penché, sans support pour la colonne vertébrale, les bras et les poignets en position inconfortable ou non appuyés sur les accoudoirs et le bureau, il ne faudra pas vous étonner que les heures supplémentaires se terminent par des maux de tête et de dos lancinants ou des problèmes aigus de canal carpien.»
Margo Fraser se méfie un peu du bureau de Lori Mullin, mais dit : «si elle a une chaise ou un fauteuil réglable et que son ordinateur est installé convenablement, ni de biais ni trop loin des yeux, alors elle n’a peut-être pas besoin du poste de travail que nous recommandons, avec pieds et clavier réglables». Lori Mullin s’est penchée sur la question : «Ma chaise est très bien adaptée à mon bureau, mon ordinateur, mes classeurs et mon imprimante, affirme-t-elle. Je passe effectivement beaucoup de temps assise à utiliser tous ces gadgets et je n’ai aucunement l’intention de m’infliger des blessures.»
Si Mme Mullin changeait d’avis, elle aurait l’embarras du choix devant toutes les nouveautés destinées aux CA qui travaillent à domicile. Les magasins comme Backs Etc., à Toronto, offrent une vaste gamme de produits, depuis les fauteuils haute technologie jusqu’aux souris ergonomiques. Au rayon des chaises, le nec plus ultra est le modèle Aeron A1-S de Herman Miller. Cette chaise à suspension Pellicle et aux réglages multiples permet à la fois de répartir le poids du corps et de laisser l’air circuler, pour un confort maximum. «Nous avons des accoudoirs articulés Ergorest», explique Paul Peregal, gérant de la succursale Eglinton West de Backs Etc., «et un certain nombre de postes de travail, notamment le poste réglable E.Easy (une petite merveille) ainsi qu’une souris ergonomique Humanscale en forme de baleine, très agréable à manipuler.»
Arden Vanderhorst, de Whitby, a une chaise pivotante offrant le soutien lombaire dont il a besoin. «J’ai aussi un ordinateur portable, dit-il, afin de pouvoir me déplacer dans la maison.» Son ordinateur de table est doté d’un clavier et d’une souris sans fil : «Cela me permet de toujours adopter la meilleure posture», précise-t-il.
Arden Vanderhorst s’enthousiasme pour un tout nouveau produit de ProtectIT Data Management Inc. (www.protectit.ca). Cette société canadienne fournit un service de sauvegarde de données cryptées en ligne. «La sécurité et l’intégrité des données sont des éléments très importants pour les clients des CA travaillant à domicile, explique-t-il. Pour environ 300 $ par année, le CA est assuré que son travail et l’information confidentielle que lui confient ses clients sont sauvegardés régulièrement, en toute sécurité, et que la confidentialité est respectée.»
Lori Mullin a vécu à cet égard des moments éprouvants pendant l’été 2003, lorsque la vallée de l’Okanagan a été ravagée par le feu. «Beaucoup de gens ont perdu leur maison, rappelle-t-elle, et nous étions très inquiets, car l’incendie se rapprochait de nous.» Même si elle avait confiance dans son coffre-fort à l’épreuve du feu, et était prête à évacuer les lieux en emportant des disques de sauvegarde et ses dossiers, Lori songe maintenant à une stratégie de stockage à l’extérieur, mais peut-être pas en ligne. Comme nombre de personnes, elle ne se fie pas outre mesure aux fonctions de sécurité dans le cyberespace. Arden Vanderhorst, quant à lui, n’a aucune inquiétude. «La sécurité de l’entreprise est irréprochable, assure-t-il. Il serait dommage de ne pas tirer parti de la technologie dont nous disposons.»
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Ergonomie : liste de contrôle
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La hauteur du bureau au poste de travail est-elle réglable?
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La chaise est-elle munie de réglages tels que dossier inclinant et appui lombaire?
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La chaise, les accoudoirs et le bureau permettent-ils de placer les poignets dans une position neutre sur le clavier?
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Le clavier est-il amovible et placé sur une tablette réglable?
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L’écran de l’ordinateur est-il placé de biais ou directement face à l’utilisateur?
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La zone du poste de travail est-elle aménagée de manière à réduire les torsions et les occasions de se pencher?
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Éclairage : y a-t-il des reflets dans la zone de travail, en particulier sur l’écran et les documents? Le poste de travail est-il placé dans un angle de 90 degrés par rapport à la lumière naturelle?
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L’éclairage au plafond est-il diffus et les lampes sont-elles bien orientées?
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Le poste de travail dans son ensemble permet-il l’appui des épaules, des bras et des poignets?
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Le poste de travail, en particulier la chaise ou le fauteuil, permet-il de changer de position et de bouger librement pendant la journée?
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Vous levez-vous au moins toutes les heures, même avec un poste de travail irréprochable? |
Les nouveautés technologiques pour le bureau à domicile sont évidemment très en vogue ces jours-ci. Sur le site www.icca.ca, par exemple, les membres de l’Institut ont accès à Knotia.ca qui offre une vaste gamme de nouveaux logiciels de comptabilité. Et bien que les papillons adhésifs jonchent encore la plupart des bureaux, les assistants numériques personnels, les Blackberry et la maison câblée (où le réseau informatique, le système téléphonique, les interphones, Internet, le câble et le satellite sont interreliés) deviennent de plus en plus répandus et nécessaires à la réussite des entreprises à domicile.
Pour le bureau à domicile dit «câblé», le réseau local sans fil est la technologie de l’heure. Un simple routeur sans fil (115 $) et une carte sans fil (120 $) installés dans l’ordinateur principal, et l’utilisateur peut se relier à d’autres appareils dans la maison et profiter d’un accès partagé à Internet. Ces réseaux évitent l’installation de câbles dans toute la maison et permettent de déplacer les ordinateurs portables, histoire de changer d’atmosphère.
Depuis qu’il s’est aménagé un bureau à domicile en novembre 2002, Arden Vanderhorst a joint les rangs des entrepreneurs de plus en plus nombreux qui investissent dans la création d’un site Web. «C’est un outil important pour une petite entreprise, indique-t-il. Il s’agit, bien entendu, d’un moyen bon marché de faire connaître ses services, mais c’est aussi un outil de plus pour démontrer son professionnalisme à d’éventuels clients.»
Karen Carruthers est chef de projets spéciaux pour la division des bureaux virtuels de The Rostie Group. Sa société offre un large éventail de services aux professionnels travaillant à la maison et cherchant à rehausser leur image. Rostie a doublé au cours des deux dernières années; elle propose à des locataires virtuels des bureaux et des salles de conférence à louer à la journée, une adresse prestigieuse pour leur courrier ou un service de réception téléphonique pouvant réacheminer de manière imperceptible au bureau à domicile les appels reçus. «Il arrive qu’on ait besoin d’une secrétaire, d’une salle du conseil ou d’équipement de vidéoconférence pour décrocher un contrat important ou démontrer son sérieux, dit-elle. Un locataire virtuel ne ment pas, il ne fait que donner au client le niveau de professionnalisme et d’attention qu’il aimerait recevoir lui-même.»
Arden Vanderhorst a déjà dû prendre son fils sur ses genoux pendant qu’il parlait à un client au téléphone parce que sa conjointe, qui travaille aussi à la maison, était occupée. «Heureusement, ce client est un ami, dit-il, mais je comprends qu’on puisse souhaiter louer un bureau à la journée.» Pour Lori Mullin, qui a déjà travaillé pour un grand cabinet, et connu l’atmosphère d’un bureau et les rapports impersonnels avec les clients, ce type de service présente peu d’intérêt. «Maintenant, mes clients me connaissent bien, dit-elle en riant, ils savent que je travaille chez moi et que j’ai un animal de compagnie qui dort à mes pieds.» Si elle devait agir autrement, elle refuserait le travail. «C’est précisément pour cette raison que nous avons tous quitté les grands cabinets. Nous pouvons choisir nos clients. Remarquez que nous pouvons aussi travailler sans arrêt et c’est souvent ce que nous faisons», conclut-elle.
Robert Colapinto est un journaliste de Toronto.
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