septembre 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Faut-il investir davantage en santé?

Par Marcel Côté

Marcel Côté

Les élections fédérales ont remis le financement du système de santé dans la mire de l'actualité. Comme 10 % du PIB canadien est consacré à ce financement, la situation serait-elle meilleure si nous investissions davantage? Voilà qui n'est nullement assuré, même si une hausse de 10 % (2 milliards) aurait un impact à court terme. À long terme, cela ne changerait toutefois rien et ne résoudrait ni les pénuries ni la piètre qualité des services, qui ne résultent pas d'un sous-financement mais de carences structurelles.

En fait, dans le domaine de la santé, l'argent n'est pas la solution à tous les problèmes. À preuve, le système américain coûte 50 % de plus que le nôtre, à population égale, pour des services de qualité inférieure, particulièrement en ce qui a trait au quart de la population non assurée. Par contre, en Europe de l'Ouest, les coûts sont moins élevés et les services, supérieurs sur les plans de la qualité et de la quantité.

Le marché des soins de santé est un marché atypique qui peut facilement se dérégler, ce qui favorise l'explosion des coûts. C'est pourquoi il faut bien comprendre les mécanismes avant de prôner des solutions. On sait que les patients voudront bénéficier de médicaments ou de traitements hors de prix, ou des meilleurs services d'urgence, ou accoucher dans les meilleures conditions possibles. À ce rythme, la demande ne tarira pas de sitôt.

Dans un contexte où on ne regarde pas à la dépense, la médecine ne ménage pas ses efforts non plus, de sorte qu'en cas de doute, un médecin n'hésitera pas à demander un test supplémentaire. L'appareillage devient également de plus en plus coûteux : on doit par exemple investir plus de 1 million de dollars par lit d'hôpital. Les prix des nouveaux médicaments sont aussi très élevés, parce qu'ils englobent les frais de recherche, notamment ceux des milliers de produits abandonnés en cours de développement chaque année. Enfin, les avocats sont de plus en plus sollicités en cas d'accidents ou d'erreurs, ce qui augmente encore la note. Il n'y a en fait pas de limite à ce que la médecine moderne peut offrir.

Voilà donc réunies les conditions pour une explosion des coûts. Laissées à elles-mêmes, les forces du marché deviennent grandement inefficaces, chacune tentant de refiler l'addition à l'autre, ce qui rend la médecine inabordable pour les citoyens à faible revenu partout dans le monde. Cette situation explique pourquoi les gouvernements interviennent pour restructurer le marché, et plus précisément pour assurer un accès minimum et contrôler la transmission des coûts. Voilà aussi pourquoi il faut revoir les structures du système avant d'y investir davantage. Le rapport Romanow a d'ailleurs été un échec total à cet égard. Prisonnier d'une idéologie, son auteur n'a pas voulu faire les remises en question nécessaires. Comme l'on se doit de repenser les règles du jeu, voici mes suggestions.

Oui au payeur unique — La structure de payeur unique de notre système permet à tous les Canadiens de bénéficier d'un régime universel, financé par leurs gouvernements. Les avantages de ce système sont de trois ordres : des coûts de gestion inférieurs de 10 % par rapport à d'autres formules (soit 1 % du PIB!), un accès universel et des standards de qualité élevés. Son grand désavantage réside dans le contexte monopolistique de la prestation des services. Tout monopole gouvernemental, non réglementé de surcroît, entraîne des désavantages notoires : arrogance, absence de réactivité, piètre qualité des services, congestion, etc. On peut atténuer ces défauts, tout en maintenant les bénéfices du système à payeur unique, soit son efficacité économique et sociale.

Privatiser la prestation des services — Au cours des années 1960 au Canada, les gouvernements ont littéralement pris le contrôle des hôpitaux. Le temps est venu de les dénationaliser, de les privatiser ou de les transformer en organismes sans but lucratif autonomes, soumis à la concurrence, dont les immobilisations s'autofinancent à même leurs flux de trésorerie.

Modifier le système de paiement à l'acte — On oublie que le médecin est un entrepreneur privé, en situation virtuelle de monopole. L'expérience démontre qu'il profite de la situation. La qualité professionnelle n'en souffre pas mais, pendant que les actes se multiplient, le client attend. Il faut briser ce monopole, quitte à s'attaquer au protectionnisme des associations médicales. D'où l'importance d'un débat de fond.

Peut-on instaurer une médecine parallèle privée? — Je crois que oui, car la concurrence stimulerait l'excellence et permettrait à ceux qui désirent des services plus coûteux de les obtenir. Je ne connais en fait pas d'autres mécanismes pour discipliner le payeur public, toujours tenté d'abuser de sa situation monopolistique. Mais, pour ne pas pénaliser le système public, il faudrait s'assurer de réglementer efficacement la prestation de services «hors système». En créant ainsi un facteur d'émulation, une médecine privée bien encadrée pourrait contribuer grandement à l'amélioration du système de santé public.


Marcel Côté est associé de Secor Inc. à Montréal.

 
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