juin-juillet 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Forte de 100 000 membres

Par Robert Colapinto
Illustration : Brad Yeo

Brad YeoLa nouvelle profession accroîtrait les opportunités de croissance, serait plus compétitive et plus en mesure d'offrir des programmes et services bonifiés, et plus attrayante pour les candidats les plus prometteurs

Alors voilà, nous avons sur la table un projet de regroupement qui pourrait mener à la création de l'un des plus importants et des plus puissants organismes de professionnels des affaires du monde. Cela nous donne une vue plus claire de la stratégie de la profession comptable face à un avenir aux enjeux et aux opportunités extraordinaires.

Certains percevront peut-être ce regroupement des CA et des CMA (et aussi des CGA au Québec) en une «nouvelle profession» comme une initiative audacieuse et surprenante. D'autres y verront plutôt une démarche mesurée et soigneusement réfléchie pour s'attaquer directement à une myriade de facteurs environnementaux qui, si on laissait aller les choses, grugeraient le marché des CA et permettraient à des professions concurrentes de s'établir de façon inexpugnable dans une variété de services potentiels que la profession de CA est, tout autant qu'elles, en mesure de fournir.

Compte tenu des particularités du contexte professionnel québécois, les ordres de CA, de CMA et de CGA ont plutôt entamé des pourparlers en vue de regrouper en un seul les trois ordres comptables existants. Contrairement à ce qui prévaut dans les autres provinces, tous les ordres au Québec sont régis par le même cadre : le Code des professions. Cette particularité ainsi que le caractère unique du système d'éducation de la province permettent de franchir une étape additionnelle et d'envisager un regroupement des trois ordres.

La réflexion qui a mené à la création, en août 2003, du Groupe de travail sur la planification stratégique du Conseil des directeurs généraux (CDG) a permis de saisir toute l'étendue de la problématique à court et à long terme à laquelle font face les CA. La première étape du programme du Groupe de travail (GT) a été d'identifier les facteurs environnementaux négatifs qui affectent les forces inhérentes de la profession de CA, constat jugé essentiel pour que le Groupe de travail puisse se donner une image exacte de la vision et de la mission futures de la profession. Le GT a sollicité l'avis de centaines de CA de tous les secteurs, y compris des praticiens exerçant seuls et des membres de petits cabinets. Du côté de la clientèle, le CDG a interviewé 21 cadres supérieurs employeurs de CA salariés ou utilisateurs de services de CA en cabinet, ainsi que des maisons de recrutement spécialisées en finance et comptabilité. L'analyse des commentaires a permis d'élaborer des recommandations et de camper un plan stratégique qui, espère-t-on, transformera en opportunités et en croissance des défis d'apparence insurmontables.

Certains facteurs occupent l'avant-scène : la concurrence, les changements démographiques, la mondialisation, l'impact des faillites d'entreprises récentes sur les CA, sur l'opinion publique et sur l'attitude des clients, la diversité des marchés et la nécessité d'une réforme plus efficace du régime de responsabilité civile. Nombre de facteurs connexes suivent dans le sillage de ces préoccupations fondamentales. Certes, nul ne saurait voir dans ce regroupement le coup de baguette magique qui réglera tous ces problèmes. Le CDG et les groupes de travail futurs auront une longue et lourde tâche à accomplir pour naviguer sur ces eaux turbulentes.

Le CDG a toutefois acquis la conviction que le regroupement des CA et des CMA aura un impact puissant sur bon nombre de ces facteurs, et qu'il contribuera à long terme à résoudre les autres problèmes qui constituent l'ordre du jour redoutablement chargé de la profession.

L'un des plus évidents de ces problèmes est le fouillis des titres professionnels et autres sur un marché de plus en plus concurrentiel. Comme le résume bien Steve Glover, président du Groupe de travail pancanadien sur la planification stratégique, «la concurrence est plus vive que jamais et l'on assiste à un effort concerté de la part d'une variété de concurrents pour gommer les différences entre les divers titres». Selon lui, alors que la confusion commence à s'installer dans le bercail même de la famille comptable (CA, CMA, CGA, CPA), il est temps de clarifier les choses. «La profession comptable se mondialise de plus en plus, fait-il remarquer, particulièrement en ce qui concerne la normalisation en comptabilité, en certification et en gouvernance d'entreprise. Dans un tel contexte, l'existence d'organismes et de structures multiples peut affaiblir la voix d'un pays sur la scène comptable internationale.»

Les constatations du CDG font ressortir non seulement l'importance d'assurer la présence et l'influence futures de la profession dans la nouvelle économie planétaire, mais également le sentiment qu'une concurrence interne et externe effrénée met à risque un précieux patrimoine de normes, tout en créant le risque d'une normalisation réactive excessive. La prolifération des titres peut, elle aussi, entraîner l'érosion des normes et créer de la confusion chez les clients et les employeurs.

Dans une optique à plus long terme, la concurrence auprès des étudiants les plus prometteurs est également des plus vives. Il a été amplement publicisé, au cours des 10 dernières années, que le nombre de nouveaux CA est considérablement en deçà de la demande prévue. Ainsi, compte tenu de la structure démographique actuelle de la profession, il faudrait 2 000 nouveaux CA chaque année pour combler une demande projetée de 74 000 CA en 2006. Or, au cours des trois dernières années, la moyenne annuelle de nouveaux arrivants s'est établie juste en deçà de 1 700. Si l'on ajoute à cela une demande non pas croissante, mais exponentielle de compétences spécialisées, la situation devient tout simplement intenable.

Le Groupe de travail du CDG a déterminé que, pour répondre à la croissance du marché et attirer les candidats de haut calibre chez les CA, il fallait se recentrer sur les besoins du marché et éliminer certains obstacles structurels. L'un de ces obstacles est l'obligation du stage en certification pour tous les futurs CA, alors que, comme l'a relevé le Groupe de travail, plus de la moitié des 68 000 CA du Canada travaillent dans le secteur public et les entreprises (et qu'une vaste majorité des 35 000 CMA font de même).

POURQUOI UN REGROUPEMENT par David W. Smith

Depuis qu'il a été annoncé, vers la mi-mai, que les CA et les CMA avaient engagé des pourparlers en vue de regrouper leurs organisations, on m'a demandé bien souvent : «Pourquoi la profession de CA fait-elle cela?» Ma réponse est simple : un regroupement des CA et des CMA serait avantageux, du point de vue de l'intérêt public et dans une perspective d'affaires.

Du point de vue de l'intérêt public, le regroupement procurerait une plus grande sécurité aux employeurs et aux clients ainsi que de nouvelles occasions de renforcer les normes, particulièrement dans les domaines de la gouvernance d'entreprise, de la gestion financière et de la vérification et certification. Par ailleurs, la présence de membres de la nouvelle profession dans une grande variété de postes financiers et de rôles de conseil dans les entreprises, le secteur public et d'autres organisations renforcerait les vérifications et la protection de l'intérêt public. Pour ce qui est de la perspective d'affaires, je ne vous apprendrai rien en vous disant que la profession de CA, comme bien d'autres, fait face à un certain nombre de défis, notamment une croissance stagnante, des changements démographiques, l'intensification de la concurrence et la confusion créée sur le marché par la prolifération des titres comptables et autres. En fait, selon des recherches réalisées par le Groupe de travail sur la planification stratégique du Conseil des directeurs généraux, les membres considèrent que la concurrence et l'attrait de la profession aux yeux de la relève sont deux de nos défis les plus sérieux. Le regroupement envisagé aiderait beaucoup à relever ces défis. Il fournirait à la profession des opportunités de croissance, la rendrait plus compétitive, et plus attrayante aux yeux des candidats potentiels les plus prometteurs en leur offrant un plus vaste éventail de choix de carrière, ainsi que les programmes et services bonifiés qu'une profession plus nombreuse, forte et influente serait en mesure de fournir. Voici d'autres raisons qui me font considérer ce regroupement comme une démarche positive.

  • Force et rigueur — Le regroupement créerait les professionnels les plus reconnus, respectés et influents du monde des affaires au Canada, offrant une gamme de services dans trois domaines principaux : gestion, vérification et certification, et fiscalité. Ces professionnels seraient encadrés par une profession exigeant d'eux qu'ils adhèrent aux normes professionnelles les plus rigoureuses en matière d'agrément, de formation continue, d'intégrité et de discipline, et disposant de l'autorité et des ressources nécessaires pour s'assurer du respect de ces normes. Aujourd'hui, on attend des entreprises qu'elles mènent leurs activités dans le respect des normes les plus rigoureuses. Les règles de déontologie de la nouvelle profession seraient les règles de déontologie de la profession de CA et elles entreraient en vigueur à la date de la fusion. Par ailleurs, la pluralité des domaines d'exercice de la profession unifiée serait source d'occasions de renforcer davantage les compétences et les normes dans chacun des domaines d'exercice. La profession regroupée serait plus nombreuse, forte, influente, et capable de fournir à ses marchés les professionnels prééminents du monde des affaires au Canada. En fait, ses effectifs de plus de 100 000 membres et 18 000 étudiants en feraient l'un des organismes professionnels les plus importants du monde.

Plus de la moitié des 68 000 CA et la vaste majorité des 35 000 CMA du Canada travaillent en entreprise, dans le secteur public et dans d'autres organisations. Le regroupement permettrait d'enrichir les programmes et le soutien offerts aux 70 % des membres du nouvel organisme faisant carrière dans ces secteurs. Il permettrait d'augmenter la présence des CA dans le domaine de la gestion et d'accroître la possibilité pour les CMA d'obtenir le droit d'exercer en vérification et certification. Le nouvel organisme professionnel plus nombreux et plus fort serait en mesure de combiner les ressources pour offrir des services et un soutien améliorés et coordonnés.

Le regroupement renforcerait l'influence du Canada au sein d'une profession comptable qui se mondialise de plus en plus. Il aurait pour effet de réunir l'expertise des CA et des CMA en recherche et en normalisation, d'élargir le bassin de ressources pour la normalisation, et de permettre à la majorité des comptables professionnels du Canada de parler d'une seule voix sur la scène internationale. Les CA et les CMA du Canada entretiennent de multiples liens avec les autorités de réglementation fédérales et provinciales, les universités et les autres établissements d'enseignement. Le regroupement rationaliserait et  renforcerait ces liens, et les universités seraient mieux en mesure d'offrir des programmes améliorés pour la nouvelle profession.

  • Compétence et transparence — Le regroupement procurerait une plus grande sécurité aux employeurs et aux clients, qui sauraient exactement à quelles normes de compétence et de déontologie rigoureuses les membres auraient satisfait et continueraient de satisfaire. La nouvelle profession conférerait également plus de limpidité à la profession comptable au Canada en éliminant une bonne part de la confusion créée actuellement par la multiplicité des organismes comptables. Bénéficiant de leur expertise et expérience collective, les membres de la nouvelle profession fourniraient une vaste gamme de services dans le respect d'un référentiel commun de normes professionnelles rigoureuses. La diminution de la confusion sur le marché et l'ouverture d'un choix de carrières plus vaste aideraient aussi à continuer d'attirer les meilleurs étudiants.
  • Nécessité d'agir — Si vous avez lu les articles publiés dans CAmagazine au cours des derniers mois, vous savez que les recherches et la réflexion du Groupe de travail sur la planification stratégique ont abouti à la constitution d'un dossier très fort en faveur d'options stratégiques qui encouragent la croissance et le changement, tout en préservant les valeurs et les normes professionnelles des CA. Lors des nombreuses rencontres qu'il a tenues, le Groupe de travail s'est constamment fait dire que le statu quo n'est tout simplement pas une option envisageable. Je suis d'accord avec ce diagnostic. Je crois également que le regroupement proposé permettrait d'atteindre bon nombre des objectifs que le Groupe de travail a identifiés.

    Toute tentative de fusion est une entreprise audacieuse. Mais cette initiative montre bien que nous sommes prêts à faire face à nos défis et à saisir les opportunités. Au cours de nos discussions avec les CMA, j'ai été frappé de voir combien les deux organismes ont des valeurs et des objectifs communs, et possèdent des forces complémentaires. Une organisation unifiée réaliserait l'amalgame des qualités communes et des qualités propres à chaque titre, de sorte que les membres se trouveraient encore mieux équipés pour tirer parti d'un choix accru de possibilités de carrière et de rôles de leader dans le monde des affaires au Canada. Le regroupement permettrait à deux organisations professionnelles exceptionnelles de créer un organisme respecté, riche en ressources et idéalement positionné pour faire face aux défis communs et complexes que posent notamment la rapidité du changement, l'intensification de la concurrence, la mondialisation et les changements démographiques. Naturellement, c'est à vous, les membres, que reviendra la décision finale lorsque le projet sera soumis, cet automne, à la ratification des membres de chaque organisme provincial et territorial. Je vous invite donc à réfléchir soigneusement aux enjeux en cause. En terminant, les questions et réponses accompagnant cet article tentent de répondre aux préoccupations ou interrogations que vous pourriez avoir. Je vous invite aussi à visiter www.icca.ca/perspectives, à me contacter, ou à contacter votre ordre provincial.



    David W. Smith, FCA, est pdg de l'ICCA. Il sera heureux de recevoir vos commentaires à david.smith@cica.ca.

L'analyse du Groupe de travail et les principes recommandés pour le regroupement proposé vont dans le sens suivant : former la relève de la nouvelle profession CA-CMA en lui faisant acquérir des compétences spécialisées axées sur trois domaines d'activité, la vérification et certification, la fiscalité, et la gestion. Le président du Conseil de CMA Canada, Michael dos Santos, et le président du Conseil de l'ICCA, Pierre Brunet, s'entendent pour affirmer que l'expertise des CMA en matière de gestion stratégique sera un atout précieux pour l'élaboration des compétences de base et des compétences spécialisées de la nouvelle profession. «Le regroupement dynamiserait la croissance de la nouvelle profession, affirme Michael dos Santos, et donnerait à ses membres de plus vastes choix et opportunités de carrière.»

Les deux présidents, le CDG et la majorité des CA, des dirigeants d'entreprises et des membres de groupes de discussion qui ont été consultés affirment que les CMA présentent «une bonne complémentarité» avec les CA. Seule réserve, ils devront s'approprier l'héritage plus que centenaire que constituent les forces, les normes, les compétences et la clarté qui, selon le Groupe de travail, constituent les qualités fondamentales de la profession de CA. Le regroupement fera passer les effectifs de 68 000 à 100 000 membres (sans compter les 18 000 étudiants), ce qui en fera l'une des plus importantes et des plus influentes du monde.

Pour ce qui est de la clarté, l'impact du regroupement proposé est évident. Si les choses se passent comme le souhaite l'ICCA, les nouveaux CA seront la «voix canadienne» dominante sur la scène comptable internationale. Et les parties prenantes bénéficieront d'une transparence et d'une coordination accrues de la profession. Cela favorisera la confiance des employeurs, des clients et du public.

Pour la plupart des comptables agréés, la question est de savoir si cette croissance «acquise» plutôt qu'«autogénérée» aidera vraiment à renforcer la marque et à attirer les meilleurs éléments, et si elle sera effectivement l'élément déclencheur d'un renforcement des normes et de la protection de l'intérêt public. Du point de vue du CDG, toutes ces qualités et ces objectifs fondamentaux seront atteints grâce aux compétences particulières des membres de la nouvelle profession qui œuvrent en entreprise. À cet égard, le président-directeur général de l'ICCA, David W. Smith, ne voit rien qui puisse nuire aux intérêts du public et de la profession. «Tous ceux qui en feront partie, dit-il, seront encadrés par une profession exigeant de ses membres qu'ils adhèrent à un référentiel commun de normes transparentes et rigoureuses en matière d'agrément, de formation continue, d'intégrité et de discipline, et disposant de l'autorité et des ressources nécessaires pour s'assurer du respect de ces normes.»

Il est prévu d'ailleurs que les règles de déontologie de la profession issue du regroupement seraient les règles de déontologie des CA et que «des mesures seraient prises pour faire en sorte que toutes les dispositions pertinentes du Code de déontologie des CMA soient couvertes dans les règles de déontologie des CA», précise David Smith. Pour lui, le regroupement est une occasion en or de s'attaquer aux défis de la profession et de saisir des opportunités alléchantes. Un élément de croissance autogénérée se développera dans la profession unifiée à la faveur de l'interaction entre les membres et du regroupement de leur expertise variée. «La nouvelle organisation tirerait profit des qualités propres à chaque titre et s'appuierait sur leurs qualités communes, de sorte que les membres se trouveraient encore mieux équipés pour tirer parti d'un choix accru de possibilités de carrière et de rôles de leader dans le domaine des affaires au Canada», fait-il valoir. Et, pour reprendre la pensée du Groupe de travail du CDG, la nouvelle profession née de l'union des CA et des CMA regrouperait «les bonnes personnes, possédant les bonnes compétences, occupant les bonnes fonctions pour prendre les bonnes décisions».

Toujours selon le rapport du Groupe de travail, ces personnes seront soigneusement formées en fonction d'un marché CA bien défini, dont ils pourront raisonnablement s'attendre à devenir les chefs de file indiscutables. Le Groupe de travail s'attache actuellement à définir quels sont, dans le monde des affaires et de la finance,  les sociétés ouvertes et fermées, les milieux universitaires et les OSBL, les domaines qui correspondent le mieux aux compétences polyvalentes de la profession unifiée. Le potentiel du marché CA, ainsi défini, ne saurait être pleinement réalisé sans l'expertise des praticiens de la gestion stratégique. À défaut pour les CA de jouer des rôles à valeur ajoutée dans des fonctions ayant trait tant à l'exploitation qu'à la prise de décisions stratégiques et à l'information de conformité, de larges segments du marché de la finance et des affaires, des secteurs potentiellement idéaux à exploiter, risquent de leur glisser entre les mains au profit des membres d'autres professions moins compétentes.

Le Groupe de travail est également arrivé à la conclusion que le bassin des clients et des employeurs s'est accru et englobe désormais un groupe fortement segmenté, comprenant aussi bien des multinationales que des PME de toute nature et des particuliers. Il estime que, pour réussir dans chacun de ces segments, il faut un organisme comptable beaucoup plus puissant, nombreux et spécialisé. On s'attend à ce que les CMA, forts de leurs compétences particulières, aident à remplir les rôles de leader et de décideur que les effectifs actuels, insuffisants, ne peuvent espérer combler.

Questions et réponses au sujet du projet de regroupement

Q  Quels en sont les avantages?
R  Les avantages sont nombreux : une profession plus nombreuse et plus forte, une diminution de la confusion sur le marché, un plus vaste choix de carrières, un renforcement de la marque de la nouvelle profession et de sa position concurrentielle, et une amélioration des services aux membres. La pluralité des domaines d'exercice prendrait acte du fait que les CA trouvent leurs racines dans la vérification, la certification et la fiscalité, et que plus de la moitié d'entre eux travaillent actuellement en entreprise, dans le secteur public et dans d'autres organisations. Le regroupement accroîtrait la présence du titre de CA dans le domaine de la gestion, et donnerait aux CA la possibilité de profiter des excellents programmes et de l'expérience des CMA en gestion stratégique.

Q  Pourquoi une fusion complète?
R
  Nous avons discuté de plusieurs options mais, plus les discussions avançaient, plus le regroupement s'imposait comme étant la solution la plus intéressante en raison des avantages considérables qu'elle présente.

Q  Le regroupement signifie-t-il que les normes seront moins exigeantes?
R
  Les normes ne seront pas moins exigeantes. Les règles de déontologie de la nouvelle profession seraient les règles de déontologie de la profession de CA et entreraient en vigueur à la date de la fusion. Le Code de déontologie de la profession de CMA serait quant à lui passé en revue pour faire en sorte que toutes les dispositions pertinentes soient couvertes dans les règles de déontologie de la profession de CA. Tous les membres de la nouvelle profession adhéreraient aux mêmes normes rigoureuses en matière d'agrément, de formation continue, d'intégrité et de discipline. En fait, le regroupement créerait de nouvelles occasions de renforcer les normes.

Q  Comment saura-t-on dans quel domaine d'exercice un membre de la nouvelle profession est apte à exercer?
R
  Pour exercer dans un domaine particulier, un membre serait tenu de posséder les connaissances, la formation et l'expérience requises. Il lui faudrait faire la preuve de
sa compétence dans un domaine d'exercice réglementé particulier pour avoir le droit d'y exercer. Les membres offrant certains services professionnels devraient satisfaire à toutes les exigences professionnelles, réglementaires ou légales applicables. Par exemple, les candidats qui auraient suivi avec succès le cheminement vérification
et certification et qui désireraient exercer l'expertise comptable (ou «comptabilité publique») seraient tenus de satisfaire aux exigences applicables en matière de permis ou de droits d'exercice en vigueur dans leur province ou territoire. Des dispositions justes et raisonnables seraient établies pour permettre aux membres de passer d'un domaine d'exercice à un autre.

Q  Quelles seraient les répercussions sur la scène internationale?
R
  Le Canada joue un rôle de premier plan dans la gouvernance internationale de la profession comptable, y compris dans l'établissement des normes internationales de comptabilité, de certification et de gouvernance d'entreprise. Le regroupement aurait pour effet de réunir l'expertise des CA et des CMA en recherche et en normalisation, d'élargir le bassin de ressources pour la normalisation et de permettre à la majorité des comptables professionnels du Canada de parler d'une seule voix. Les accords de réciprocité ne seraient pas touchés.

Q  Quel genre d'économies réalisera-t-on? Les cotisations diminueront-elles?
R
 Il est bien difficile de répondre à cette question pour le moment. Notre objectif est évidemment de maximiser la coopération et d'améliorer les services offerts au public et aux membres grâce à des économies d'échelle et à une meilleure coordination. Les cotisations des membres seraient uniformisées sur une période de deux à quatre ans; toute augmentation annuelle nécessaire pour ce faire serait plafonnée à un maximum prédéterminé.

Q  Comment vous assurerez-vous qu'un groupe ne domine pas l'autre?
Pour ce qui est des domaines d'exercice, la nouvelle profession s'acquitterait des responsabilités qui lui sont dévolues par la loi, notamment en matière de soutien à l'établissement de normes de comptabilité et de certification ainsi que de protection de l'intérêt public. Au cours de la période de transition, la nouvelle profession assurerait, à tout le moins, le maintien des niveaux combinés d'activités actuels en recherche, développement, formation et soutien aux membres dans chacun des
domaines d'exercice, soit la gestion, la vérification et certification, et la fiscalité.

Q  Qui occupera les postes de direction aux niveaux national et provincial?
R
 Il y aurait un seul conseil d'administration, un seul directeur général et une seule équipe de gestion pour chacun des organismes national, provinciaux et territoriaux d'ici la date prévue du regroupement.

Q  Sera-t-il plus facile d'obtenir l'agrément dans certains domaines?
R
  Le nouveau processus d'agrément serait conçu de façon à assurer que les exigences en matière de formation et d'expérience pratique soient de rigueur et de durée équivalentes pour chaque domaine d'exercice.

Q  Comment s'assurer qu'il y ait un nombre suffisant de stages en entreprise?
R
  Nous croyons que de nombreux employeurs trouveront le nouveau programme très intéressant et seront très motivés à former les candidats inscrits au programme professionnel du nouvel organisme.

Q  Qu'adviendra-t-il du nouveau processus d'admission à la profession?
R
  Celui-ci maintiendrait les normes rigoureuses actuelles en matière d'excellence, d'intégrité et de déontologie des professions de CA et de CMA. Notre intention est d'intégrer les meilleurs éléments des deux programmes d'agrément.

Q  Qu'adviendra-t-il des étudiants et candidats à la profession de CA qui n'ont pas terminé leur programme?
R
  Un groupe de travail mixte CA-CMA sur l'agrément sera mis sur pied pour établir un plan détaillé portant sur le nouveau processus d'agrément et les mesures de transition, qui devrait être prêt d'ici le 15 septembre 2004. Les candidats actuels aux professions de CA et de CMA bénéficieraient d'un délai raisonnable pour terminer le programme dans lequel ils sont engagés, et les nouvelles exigences en matière de formation et d'évaluation entreraient en vigueur progressivement, selon un calendrier permettant aux candidats de bien s'y préparer.


Sur le plan des affaires, le Groupe de travail du CDG a clairement fait ressortir que les services de conseils financiers constituent un créneau essentiel pour les CA, créneau où les CMA ont eux-mêmes établi depuis longtemps leur compétence élevée. Il a constaté que, pour les compétences en finance, le marché canadien est vaste et en pleine expansion en raison de la croissance économique et d'un besoin accru de conseils en finance, d'expertise financière poussée et de services en vérification et certification. De l'avis du Groupe de travail, cette expansion est source d'opportunités pour les CA et leurs concurrents.

Steve Vieweg, président et chef de la direction de CMA Canada, est convaincu que les 35 000 membres qu'il représente s'intégreront très bien à la grande famille CA, mais aussi qu'ils enrichiront la nouvelle profession en lui apportant l'élément à valeur ajoutée souhaitée par son homologue David Smith et le Groupe de travail du CDG. Du point de vue de l'intérêt public, le regroupement permettrait de «répondre aux besoins des clients, des employeurs et du grand public grâce à une expérience et à des compétences très variées en gouvernance d'entreprise, en gestion financière, en comptabilité de gestion, en fiscalité et en vérification et certification», a-t-il dit dans sa déclaration du 11 mai annonçant le projet de regroupement. «Ensemble, nous pourrons offrir des compétences, des connaissances et une expertise exceptionnelles pour renforcer la reddition de comptes des entreprises et restaurer la confiance des investisseurs et du public envers nos marchés financiers.»

Pour Steve Vieweg et David Smith, un recentrage sur la création d'un groupe solide de leaders spécialisés dans la prise de décisions comptables et financières ne peut que mener à ce résultat. «Les CMA et les CA ont beaucoup en commun sur le plan des objectifs, des valeurs et des compétences, et ils ont des forces complémentaires», précise Steve Vieweg. Sur le plan des affaires, il convient que le regroupement dynamiserait la croissance de la nouvelle profession et offrirait aux CMA des choix de carrière plus vastes. «Il accroîtrait la possibilité pour les CMA qui le désirent de se qualifier pour exercer en vérification, en certification ou en fiscalité, sans nécessiter l'établissement de nouveaux programmes d'agrément.»

Il reviendra au Groupe de travail mixte CA-CMA sur l'agrément de mettre au point un nouveau modèle de formation théorique et pratique. Nonobstant les écueils et les intrigues qui ont marqué la lente émergence du processus d'agrément nouvellement en place (mais potentiellement déjà dépassé), un processus encore une fois renouvelé, qui tiendra compte de la pluralité des domaines d'exercice, permettra, selon David Smith, de maintenir «les normes actuelles élevées en matière d'excellence, d'intégrité et de déontologie des professions de CA et de CMA. Nous avons l'intention d'intégrer le meilleur des deux programmes d'agrément», dit-il.

Les organes de direction élus doivent se pencher, d'ici le 31 mai, sur les principes qui sous-tendent le regroupement et l'on demandera à l'ensemble des membres de ratifier celui-ci à l'occasion de votes qui seront tenus cet automne; si le regroupement est approuvé, la nouvelle profession sera créée le 1er janvier 2005. Une période de transition de trois ans permettra au Groupe de travail sur l'agrément de mettre sur pied le nouveau programme. Il est prévu que les détails du nouveau processus d'agrément seront prêts à être soumis aux membres pour commentaires d'ici le 15 septembre 2004. Les candidats actuels aux professions de CA et de CMA, qui investissent beaucoup d'énergie dans leur programme de formation et qui se demandent s'ils ne font pas tout ce travail pour rien, seraient tenus de terminer le programme dans lequel ils sont engagés. Les nouvelles exigences en matière de formation et d'évaluation entreraient en vigueur progressivement, selon un calendrier laissant suffisamment de temps aux candidats pour bien s'y préparer.

Fondamentalement, le Groupe de travail sur l'agrément envisage le maintien des fondements actuels du processus d'agrément, soit les études universitaires, la formation professionnelle et le stage obligatoire. Bien sûr, l'EFU se profilerait à l'horizon de tous les candidats à la nouvelle profession de CA. La pluralité des domaines d'exercice (vérification et certification, fiscalité, et gestion) reposerait à tout le moins sur le maintien des normes en vigueur et sur le même ensemble de compétences de base qu'actuellement. Évidemment, chaque domaine d'exercice aurait sa propre focalisation, et il faudrait déterminer le degré de profondeur de la formation et de l'expérience pratique convenant le mieux à chaque domaine particulier.

Certains CA ne manqueront pas de se demander si les membres œuvrant dans l'un des domaines d'exercice domineront au sein de la nouvelle profession. À cela, David Smith répond : «Au cours de la période de transition, la nouvelle profession assurerait, à tout le moins, le maintien des niveaux combinés d'activités actuels en recherche, développement, formation et soutien aux membres dans chacun des domaines d'exercice.» La proposition d'établir une structure nationale, et une dans chaque province et territoire, ne devrait pas être perçue comme inquiétante par beaucoup de membres. Leur composition serait tout simplement proportionnelle aux effectifs respectifs des professions de CA et de CMA, avec au moins un tiers des sièges réservés aux CMA. Cela dit, une fois le regroupement approuvé par les membres, le soutien qu'accordera chacune des organisations en cause à la mise en œuvre des principes établis sera essentiel au succès et à l'équité du processus.

D'importance tout aussi grande sera la capacité de ces organismes de bien présenter la structure de la nouvelle profession et son processus de formation et d'agrément aux employeurs du secteur privé et du secteur public, sur lesquels on comptera pour offrir un nombre suffisant de stages aux nouvelles recrues. Le sujet a été abordé dans le cadre des discussions qu'a tenues le CDG avec des représentants de ces groupes, et la majorité d'entre eux estimaient que le programme, tout comme l'idée même d'un regroupement et d'un processus de formation et d'agrément axés sur une pluralité de domaines d'exercice, sont aussi impératifs que nécessaires. En conséquence, ils se sont dits également prêts à former les nouvelles recrues à l'intérieur des paramètres du nouveau programme. On peut en déduire que les employeurs des membres du nouvel organisme comptable unifié sont pleinement conscients du besoin auquel répondront la clarté, la force et la nouvelle focalisation axée sur les compétences spécialisées que le monde des affaires canadien attend du projet de regroupement.

L'état d'esprit qui a présidé à l'élaboration de ce projet de regroupement est avant tout proactif plutôt que défensif ou réactif face aux forces négatives qui minent la profession. Ce même état d'esprit s'applique tout autant à l'élaboration d'un plan stratégique qui produira un professionnel considéré par beaucoup comme un acteur de premier plan dans le monde des affaires, doté des outils nécessaires pour tirer pleinement parti d'un avenir riche de promesses.


Robert Colapinto est journaliste pigiste à Toronto.

 
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