mai 2004 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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La retraite progressive

Les CA sont bien placés pour aider leurs clients à gérer leur retraite progressive

Par André Langlois

Jusqu'à récemment, un grand nombre de travailleurs plus âgés voyaient le départ à la retraite comme un événement qui arrivait à un moment prédéterminé de leur vie. Aujourd'hui, peu de Canadiens peuvent se permettre de quitter le marché du travail aussi abruptement. Que ce soit pour arrondir leurs économies ou leurs prestations de retraite, ou encore pour faire face aux coûts toujours plus élevés des soins de santé et de l'hébergement dans les résidences pour personnes âgées, nombreux sont ceux qui doivent continuer à travailler au-delà de l'âge normal de la retraite, à tout le moins à temps partiel.

Ces nouvelles réalités ressortent très clairement du plus récent sondage annuel de Desjardins Sécurité financière sur la retraite. Le sondage confirme que le départ à la retraite se fait maintenant en plusieurs étapes plutôt que du jour au lendemain. Ce phénomène donne aux travailleurs plus âgés la capacité de décider quand et où ils désirent travailler, pour combien de temps et à quels projets, et leur permet de déterminer à quel âge ils prendront leur retraite.

Développement des ressources humaines Canada (DRHC) donne à la retraite progressive une définition assez large, englobant tout programme qui permet une diminution progressive du nombre d'heures travaillées et de la charge de travail, plutôt que le passage abrupt du travail à temps plein à la retraite (http://labour.hrdc-drhc.gc.ca/travailvie). Actuellement, il existe deux formes de retraite progressive : la réduction graduelle des heures (ou des jours) de travail avant la retraite et le travail à temps partiel après la prise de retraite pour ceux qui désirent conserver un emploi. Dans les faits, la retraite progressive figure dans de nombreuses conventions collectives présentement en vigueur au Canada comme une des stratégies permettant de retenir les travailleurs âgés et de faciliter leur passage à la retraite.

Cependant, même si les stratégies de retraite progressive ou graduelle règlent un problème pour les retraités du Canada — c'est-à-dire le besoin d'avoir un revenu supplémentaire —, elles en créent d'autres. Par exemple, DRHC prévient les travailleurs âgés qui choisissent de travailler au-delà de l'âge normal de la retraite qu'ils doivent mesurer soigneusement l'incidence d'une telle décision, notamment quant à la protection que leur donne leurs avantages sociaux. La nouvelle génération de personnes qui optent pour une retraite progressive a besoin des conseils d'un CA pour comprendre les répercussions de toutes ces décisions antérieures et postérieures à la retraite.

La retraite progressive : une nouvelle réalité
Le plus récent sondage de Desjardins indique que les baby-boomers (les travailleurs entre 40 et 54 ans) croient qu'il est presque impossible d'épargner les sommes nécessaires pour prendre leur retraite à 58 ans. Toutefois, la majorité des répondants (92 %) estiment qu'il est toujours réaliste d'envisager la retraite à l'âge traditionnel de 65 ans.

La majorité des pays de l'Union européenne (ainsi que la Norvège) voient dans la retraite progressive une stratégie de retraite intéressante. Par exemple, les directives de l'Union européenne en matière d'emploi incitent les États membres à développer «des politiques destinées à prolonger la vie active dans le but d'améliorer la capacité des travailleurs âgés et les mesures d'incitation à leur intention afin qu'ils restent actifs aussi longtemps que possible, notamment en adoptant des mesures positives pour maintenir la capacité de travail et les qualifications des travailleurs âgés […], pour introduire des formules de travail souples […], et pour sensibiliser les employeurs au potentiel des travailleurs âgés». (http://www.eu-employment-observatory.net/fr/ees/)

Au Canada, un certain nombre d'universités et d'organisations, dont Air Canada et le Syndicat national de l'automobile, de l'aérospatiale, du transport et des autres travailleurs et travailleuses du Canada, ont déjà établi des programmes donnant à leurs travailleurs plus âgés la possibilité de reporter leur retraite ou de travailler à temps partiel.

Le sondage de Desjardins nous apprend également que 61 % des travailleurs canadiens de plus de 40 ans prévoient travailler 21 heures par semaine, souvent à titre de travailleur autonome, au cours des premières années de ce qui était auparavant une pleine retraite. Nombre de ces «nouveaux entrepreneurs» ne possèdent pas les compétences administratives et financières nécessaires pour réussir en affaires; l'assistance et les conseils que leur fournissent leur CA les aident à combler ces lacunes.

La pénurie imminente de main-d'œuvre
Dans un article sur la conciliation travail-vie dans les milieux de travail canadiens, DRHC indique que le paysage actuel de l'emploi se caractérise à la fois par une pénurie de travailleurs qualifiés et par un effectif dont l'âge augmente rapidement. Malgré l'adoption de politiques favorisant l'immigration, les experts croient que la situation est irréversible. Il sera difficile non seulement de préserver nos régimes actuels de retraite et de sécurité sociale avec des recettes fiscales réduites, mais également de trouver des travailleurs expérimentés pour combler les postes libérés par les retraités.

Les Canadiens semblent être raisonnablement conscients de cette évolution. Comme en 2003, la moitié des répondants au sondage de Desjardins savent qu'une pénurie de main-d'œuvre est à prévoir dans les prochaines années. De ceux-là, 71 % sont en faveur de modifications aux lois existantes qui leur permettraient de travailler au-delà de l'âge de 65 ans tout en continuant de recevoir leur pension de vieillesse, sans pénalité.

Les avantages de la retraite progressive
Les programmes de retraite progressive sont avantageux pour vos clients employeurs, puisqu'ils assurent un transfert intergénérationnel des compétences. S'ils ne planifient pas la transition des employés qui partent à la retraite à tous les niveaux, ces employeurs risquent de voir des années d'investissement dans la formation ainsi que dans la marque et la culture de leur entreprise s'envoler en fumée.

Le sondage de Desjardins montre que si le client employeur désire conserver ses employés âgés plus longtemps, il importe qu'il introduise cette possibilité le plus tôt possible. Selon les résultats du sondage, seulement 18 % des Canadiens rémunérés de 40 ans et plus sont disposés à envisager le report de leur retraite, par rapport à 21 % en 2003.

Le sondage fait ressortir sept raisons pour lesquelles les travailleurs âgés sont attirés par une retraite progressive :

  • Ne pas être complètement inactif 83 %
  • Préserver son niveau de vie pendant un certain temps 82 %
  • Avoir des activités utiles 79 %
  • Toucher un revenu supplémentaire 78 %
  • Bénéficier d'avantages sociaux 51 %
  • Assurer la continuité de son travail 43 %
  • Occuper un poste convoité depuis longtemps 34 %

Bien que la crainte de l'inactivité soit le principal élément de motivation, le fait d'avoir un revenu supplémentaire et d'autres filets de sécurité comme des régimes d'assurance et d'avantages sociaux est aussi très important pour ceux qui arrivent à l'âge de la retraite.

Il convient également de mentionner que 7 % des personnes ayant entre 55 et 64 ans qui se considèrent actuellement comme des travailleurs sont en fait d'anciens retraités. De plus, près d'un répondant sur 10 qui se dit retraité a en fait un emploi rémunéré à temps plein ou à temps partiel. Et nous savons tous que les décisions en matière d'emploi ont des conséquences sur le plan de la fiscalité!

Paul Thériault, président de l'Association de ventes directes du Canada, reconnaît que de nombreux nouveaux entrepreneurs choisissent une carrière dans les ventes directes après leur départ à la retraite. «Nos études montrent que de nombreux travailleurs âgés travaillent à temps plein dans les ventes directes : 14 % des vendeurs indépendants ont 65 ans ou plus. Pour nombre de ces nouveaux entrepreneurs, il s'agit d'une première opportunité d'exploiter leur propre entreprise. En tant que nouveaux venus dans le monde des affaires, ils apprécient vraiment le fait que l'entreprise qu'ils représentent leur fournit bien souvent la formation en vente, en marketing et en publicité dont ils ont besoin pour assurer leur succès, sans mise de fonds ou avec une mise de fonds minime.»

Cela dit, la réussite d'une entreprise ne repose pas uniquement sur une bonne stratégie de vente et de marketing. C'est toute une génération de nouveaux entrepreneurs qui a besoin des services d'un bon CA.

Comme le départ à la retraite, la planification financière est un processus
Le manque de connaissance des formules et stratégies viables pour la retraite demeure un problème important pour de nombreux Canadiens. Par exemple, rares sont les retraités qui savent que, sans planification financière appropriée, ils ne pourront assurer une protection adéquate à leurs proches après leur décès.

Un nombre incroyable de clients ne savent pas qu'ils doivent aussi régler les questions de succession, d'assurance et de soins de santé pour faire de leur régime d'achat d'actions ou de fonds communs de placement un plan financier complet. Cette ignorance n'épargne pas non plus les Canadiens qui se croient à l'abri parce qu'ils participent au régime de retraite de leur employeur.

L'effondrement des marchés boursiers qui a suivi la bulle spéculative, catalysé par la réaction des investisseurs aux scandales financiers, a eu un effet négatif sur de nombreux pécules de retraite. L'étude de Desjardins montre que, malgré la remontée des marchés en 2003, la plupart des retraités ont opté pour leurs produits de placement «sûrs», même si le rendement offert par ces derniers est insuffisant pour répondre à leurs besoins financiers futurs.

De plus, les régimes à cotisations déterminées et les programmes de REER collectifs ne garantissent pas les sommes qui seront versées aux employés à leur retraite. Cela signifie que les employés doivent effectuer une planification financière et choisir comment investir leur argent. Les employeurs les aident très peu à cet égard.

Cela signifie que beaucoup trop de Canadiens risquent de perdre les économies de toute une vie, qu'ils ont durement gagnées, parce qu'ils ne mesurent pas les conséquences de leurs décisions financières. En raison de la vaste gamme et de la complexité des possibilités en matière de retraite à envisager, et du peu d'information disponible, les CA peuvent aider leurs clients à éviter des erreurs coûteuses.

De nombreux retraités sont démunis en matière d'avantages sociaux
Comme leurs parents vivent plus longtemps, la plupart des baby-boomers s'attendent à devoir régler des factures importantes pour des soins de santé à long terme, d'abord pour leur parents, puis pour eux-mêmes et leur conjoint.

Dans l'ensemble, 52 % des travailleurs canadiens à temps plein ou à temps partiel sont couverts par un régime d'assurance collective. À leur retraite, la plupart des travailleurs perdent automatiquement cette protection. Qu'arrivera-t-il à ceux qui devront lutter contre une maladie incapacitante une fois à la retraite? Sans assurance appropriée, ils risquent de se retrouver à la charge de l'État, qui ne fournira à long terme que certains soins gratuits, et seulement aux plus pauvres.

Il appartient donc à chaque Canadien d'élaborer son propre régime de soins de santé et de commencer à économiser, tout comme il le fait pour la retraite, afin de pouvoir s'offrir les services de santé nécessaires. Les CA peuvent aider leurs clients à planifier cet élément essentiel de leur plan financier.

La planification financière : un processus
De nombreux Canadiens devront subvenir à leurs besoins sur de plus longues périodes en tirant davantage de leurs régimes de retraite, en économisant davantage et/ou en prolongeant leur vie active. Bien que pour nombre d'entre eux la retraite progressive soit la nouvelle réalité, peu mesurent les conséquences découlant de cette nouvelle phase de leur vie active sur les plans de la fiscalité, de leur revenu de retraite ou de leur assurance soins de santé.

Méthodologie du sondage de Desjardins Sécurité financière

Au total, 1 501 entrevues ont été effectuées auprès d'un échantillon représentatif de Canadiens âgés de 18 ans et plus, entre le 5 et le 22 décembre 2003. Le plan d'échantillonnage prévoit des estimations proportionnelles avec une marge d'erreur maximale de plus ou moins 2,6 % et un degré de confiance de 95 %. Les données ont été pondérées selon les statistiques pour bien refléter la composition de la population canadienne par région, sexe et âge, conformément au Recensement de 2001 de Statistique Canada.

Ce n'est que lorsqu'ils auront compris que la planification financière est un processus continu et non un exercice ponctuel préalable à leur retraite que les Canadiens pourront prendre les habitudes financières qui les serviront le mieux à toutes les périodes de leur vie. Ces bonnes habitudes leur seront aussi utiles au cours des années précédant leur retraite qu'une fois qu'ils auront quitté le marché du travail, lorsqu'il sera trop tard pour se remettre d'erreurs coûteuses.

De trop nombreux Canadiens risquent de manquer de fonds pour leur retraite et/ou devront liquider certains de leurs actifs pour payer leurs soins de santé s'ils ne tiennent pas compte des nouvelles réalités de la retraite. En tant que professionnels indépendants, les CA possèdent les compétences et l'expérience nécessaires pour aider leurs clients à bien vieillir et à terminer leurs jours en toute dignité.

Article connexe : «La planification financière en hausse de popularité», CAmagazine, mars 2003


André Langlois est vice-président, Développement et mise en marché, Épargne et Fonds distincts, chez Desjardins Sécurité financière. Cette société se spécialise dans les assurances de personnes, y compris les produits d'épargne–retraite, et est le sixième assureur de personnes en importance sur le marché. On peut joindre M. Langlois à andre.langlois@dsf.ca.