octobre 2003 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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Planification automatisée
Par Jim Otar
Illustration : John Sapsford

PARMI LES LOGICIELS DE PLANIFICATION DE LA RETRAITE, IL FAUT VEILLER À EN UTILISER UN QUI PREND EN COMPTE LES FACTEURS LES PLUS IMPORTANTS

Les planificateurs financiers utilisent un logiciel de planification de la retraite pour établir des projections des valeurs d'actif. Ce faisant, ils posent différentes hypothèses concernant la périodicité des placements, l'âge de la retraite, le montant de revenu retiré du portefeuille après la retraite, l'inflation et le rendement du portefeuille. Certaines institutions financières et sites Web offrent aussi de tels outils. Pour ceux qui aiment faire les choses eux-mêmes, de nombreux sites Web offrent également des calculateurs.

Ces calculateurs produisent un graphique montrant la croissance projetée de l'actif dans le temps (voir Figure 1). Dans l'exemple qui suit, nous supposons un taux de retrait initial de 6 %, un actif d'un million au début de la retraite et un retrait de 60 000 dollars la première année, ajusté en fonction de l'inflation au cours des années ultérieures.

En général, les plans financiers utilisent une croissance moyenne régulière sur toute la période de planification. On ne tient pas compte des fluctuations du marché, lacune à laquelle on pallie en recommandant au client d'examiner son plan chaque année et de le réviser au besoin. Chaque plan est également assorti d'un avis de non-responsabilité qui devrait réduire ou supprimer toute responsabilité du planificateur. Néanmoins, après révision du plan, vous êtes assuré d'avoir suffisamment d'économies et une planification adéquate de votre retraite.

Apportons deux modifications mineures à nos hypothèses et voyons ce qui se produit. Au lieu de supposer un taux de croissance constant (8 % pour le taux de croissance annuelle, soit le taux de croissance moyen de l'indice Dow Jones entre 1900 et 1999), nous utiliserons le taux historique réel du marché boursier. Et au lieu d'un taux d'inflation moyen de 3,5 %, nous utiliserons le taux d'inflation réel. De plus, nous supposerons que nous disposons d'un portefeuille équilibré composé à 60 % de placements à revenu fixe et à 40 % d'actions produisant des dividendes équivalant à 1,5 %, et nous rééquilibrerons le portefeuille chaque année.

Dans la Figure 2, l'axe horizontal couvre un horizon temporel de 30 ans. Le tracé en rouge (en gras pour le noir et blanc) montre la projection de la valeur de notre portefeuille dans le temps en fonction de notre régime de retraite de référence après la retraite. Tout semble parfait. Maintenant, jetez un coup d'œil aux tracés en noir (en gris pour le noir et blanc) du tableau : chaque tracé représente la valeur du portefeuille si vous aviez pris votre retraite en 1900, 1901, 1902, jusqu'à 1999. On y voit 70 périodes de 30 ans sur 100. Il est intéressant de noter qu'après 30 ans, dans les faits, le portefeuille n'a dépassé la projection du régime de retraite de référence que 9 fois sur 70. Le régime de retraite de référence était trop optimiste 61 fois sur 70 ou, exprimé en pourcentage, dans 87 % des cas.

La situation pourrait-elle être pire? Oui, si la partie actions de votre portefeuille de placements est investie dans des fonds communs de placement moyens. Si vous déteniez des fonds d'actions moyens, après 15 ans, le rendement de votre portefeuille n'aura jamais dépassé les projections du régime de retraite de référence. Dans tous les cas, votre régime de retraite de référence était trop optimiste.

On pourrait penser que le fait d'assumer un risque plus élevé améliorerait la situation. La Figure 3 montre les projections de retraite entre 1900 et 2002 pour un portefeuille entièrement composé d'actions et, malheureusement, la situation ne s'en trouve pas améliorée. Le rendement de ce portefeuille ne dépasse les projections du régime de retraite de référence que 8 fois sur 70 après 30 ans. De nouveau, dans 89 % des cas, le plan financier de référence était trop optimiste. Dans le pire cas, vous manqueriez d'argent après seulement six ans. Il s'agit certainement d'un prix à payer trop élevé en échange d'un peu d'espoir.

La tendance est semblable lorsqu'on utilise différents taux de retrait initiaux se situant entre 2 et 10 %, diverses répartitions de l'actif, des actions dont le rendement dépasse l'indice sous-jacent dans des proportions variant entre + 4 et - 4 %, et qu'on rééquilibre le portefeuille à divers intervalles. En fin de compte, le modèle standard de croissance régulière produit une surestimation de la durée du portefeuille dans environ 85 à 90 % des cas.

Pour comprendre pourquoi le modèle linéaire est aussi éloigné de la réalité historique, il faut examiner plus en détail la façon dont les marchés fonctionnent au chapitre des portefeuilles de retraite. Il faut distinguer ce qui touche la valeur de marché d'un portefeuille (axe vertical) et sa durée de vie (axe horizontal). Outre le taux de retrait, trois facteurs influent sur la valeur de marché : les mégatendances, les cycles du marché et les fluctuations aléatoires. Trois facteurs influent également sur la durée de vie : le moment de la retraite par rapport au cycle du marché, les ventes périodiques par sommes fixes et l'inflation. Toutefois, à moins de retirer périodiquement des fonds du portefeuille, les facteurs qui influent sur la valeur de marché n'ont aucune incidence sur la durée de vie du portefeuille.

Mégatendances et cycles
La croissance des marchés boursiers n'est pas linéaire, et les marchés n'évoluent pas de façon aléatoire à long terme. Depuis 1854, le cycle économique moyen dure 53 mois. Le cycle moyen du marché haussier est de 35 mois et celui du marché baissier est de 18 mois. Entre 1945 et 1991, le cycle moyen du marché haussier a été de 50 mois et celui du marché baissier, de 11 mois.

Pour empirer les choses, il existe également un phénomène appelé «mégatendance». Une mégatendance est une prolongation inhabituelle de la sévérité ou de la durée d'une situation haussière ou baissière. Au cours du siècle dernier, nous avons connu trois mégamarchés haussiers. Les deux premiers ont débuté à la fin de chaque guerre mondiale et le troisième, en 1982, lorsque la guerre froide commença à vouloir s'estomper. Un mégamarché baissier a suivi chacun des deux premiers mégamarchés haussiers. Nous ne savons pas encore si le marché baissier qui s'est développé après 1999 prendra la pleine mesure d'un mégamarché baissier. Chaque génération d'investisseurs a connu au moins un mégamarché haussier suivi d'un mégamarché baissier au cours du dernier siècle. (Je ne crois pas que notre génération puisse échapper à cette tendance.)

Les mégamarchés baissiers peuvent avoir un effet dévastateur sur un portefeuille de retraite, car le rééquilibrage périodique de l'actif accélère l'épuisement du portefeuille. Le retraité n'a en outre pas les moyens de compenser les pertes et il se peut que l'horizon temporel (l'espérance de vie du retraité) soit trop court pour permettre une récupération significative.

Pour comprendre l'incidence d'un marché baissier sur un portefeuille de retraite (défini comme étant un portefeuille de placements assorti de retraits périodiques réguliers), il faut examiner la notion de «ventes périodiques par sommes fixes».

Ventes périodiques par sommes fixes
Supposons qu'un de vos placements traverse un cycle de marché baissier. Le cours de l'action descend d'abord, pour ensuite remonter. Supposons que vous investissiez initialement 500 dollars et retiriez périodiquement 60 dollars. Le prix initial de l'action est de 10 dollars. Pendant la baisse du marché, le cours de l'action descend. Par la suite, il remonte graduellement jusqu'à 10 dollars.

À combien s'élève la perte? Puisque nous avons dû vendre davantage d'actions lorsque le cours était bas en conservant le retrait périodique de 60 dollars, lorsque le cours a remonté à 10 dollars, nous disposions de moins d'actions pour «participer» à la hausse. À la fin du cycle, nous constatons que notre coût total est de 260 dollars (dernière ligne du tableau), que la valeur de marché totale est de 213 dollars, et que la perte nette résultant des ventes périodiques par sommes fixes atteint le taux énorme de 18,1 %. Cet exemple peut évidemment être un cas extrême, mais il est facile de constater qu'une partie importante d'un portefeuille peut s'épuiser parce que le retraité moyen connaît trois ou quatre marchés baissiers au cours de sa retraite.

Le moment auquel commence la retraite par rapport à un cycle du marché constitue l'un des facteurs qui ont le plus d'influence sur la durée du portefeuille. À portefeuille égal, il n'est pas inhabituel de voir la durée du portefeuille réduite de 35 à 40 % lorsqu'une personne prend sa retraite au début d'un marché baissier plutôt que d'un marché haussier.

Vous pouvez exercer un certain contrôle sur le moment de votre retraite par rapport aux cycles du marché ou travailler à temps partiel pendant quelques années après votre retraite, mais c'est lorsque vous n'avez plus ces choix et êtes le plus vulnérable que l'inflation vous touche.

L'inflation peut constituer un véritable facteur d'effondrement du portefeuille. En début de période d'inflation, vous augmentez vos retraits pour assurer les frais de subsistance croissants. Ensuite, pour contrer l'inflation, les banques centrales augmentent occasionnellement les taux d'intérêt à court terme. Cela réduit invariablement les cours des actions et, en conséquence, la valeur de vos placements. Non seulement finit-on au bout du compte par retirer des montants de plus en plus importants, mais on le fait à partir d'un actif réduit.

Examinons un portefeuille composé de 60 % de placements à revenu fixe et de 40 % d'actions, dont le taux de retrait initial était de 6 % et dont le taux de rendement était de 2 % au début du krach boursier de 1929. De façon étonnante, la durée du portefeuille de retraite de cet investisseur a été plus longue (19,7 ans) que si cette personne avait pris sa retraite au début de 1966 (16,7 ans), en raison du taux d'inflation élevé entre 1966 et 1982. Lorsqu'une projection de retraite montre une baisse prononcée de la valeur du portefeuille pour les dernières années, c'est presque toujours en raison de l'inflation, et non des cycles du marché.

L'application d'un taux d'inflation linéaire moyen, dans le cadre des modèles de retraite existants, produit une surestimation de la durée du portefeuille. Toutefois, on n'y peut pas grand-chose, sauf espérer que les banques centrales continuent de surveiller l'inflation. Les autres solutions peuvent consister à détenir des obligations indexées sur l'inflation et des biens durables.

En plus de subir les effets des mégatendances cycliques et des cycles du marché, les cours des actions fluctuent de façon aléatoire. Des simulations utilisant le modèle des cycles de marché ont montré que les fluctuations aléatoires accroissent la durée du portefeuille dans des proportions aussi importantes que 9,4 % et, au pire, réduisent celle-ci de 7,5 %. Ainsi, bien que les fluctuations aléatoires ne constituent pas un facteur important de la durée du portefeuille, elles font une différence.

Modèle de simulation
Certains modèles plus récents de plans financiers sont fondés sur la méthode Monte Carlo, qui ajoute le facteur aléatoire à la croissance linéaire. Il existe plusieurs façons de générer le caractère aléatoire. Bien que les modèles tels que la méthode Monte Carlo puissent bien fonctionner pour ce qui est des fluctuations aléatoires, ils ne prennent pas en compte les effets des cycles du marché. Pour contourner cette difficulté, l'éventail des possibilités aléatoires est accru au point où sont englobées toutes les fluctuations cycliques du marché. Le fait de procéder ainsi masque la difficulté et ne résout pas la lacune sous-jacente : la méthode Monte Carlo est fondée sur des possibilités aléatoires statistiques appliquées à une trajectoire linéaire. Or, à long terme, les marchés ne sont pas aléatoires et ne suivent pas une trajectoire linéaire. (Je considère comme problématique le fait d'utiliser des données statistiques filtrées couvrant 70 ans pour effectuer des projections sur 40 ans. L'horizon historique couvert est sans doute trop court pour permettre une projection sur une période aussi longue.)

Nous avons mis au point un nouveau modèle appelé «modèle fondé sur les cycles du marché». Ce modèle divise le taux de croissance constant en deux branches correspondant au marché haussier et au marché baissier. Chacune des branches est fondée sur la durée et la performance historique moyennes qui la caractérisent. Ce motif structural en va-et-vient rend compte de façon beaucoup plus judicieuse des conséquences des cycles du marché et des ventes périodiques par sommes fixes sur un portefeuille de retraite que le modèle linéaire. Notre modèle fondé sur les cycles du marché consiste en 16 trimestres de marché haussier suivis de quatre trimestres de marché baissier, l'objectif étant d'approcher la moyenne historique.

Plus tard, nous avons intégré les données historiques de marché dans notre modèle de cycle du marché et avons nommé ce modèle amélioré «modèle du marché véritable». Il s'agit d'un modèle complet de planification de la retraite, qui prend en compte les effets des cycles du marché, les ventes périodiques par sommes fixes, les mégatendances, l'inflation et les fluctuations aléatoires. Nous sommes désormais en mesure de fournir des projections réalistes à nos clients. (On peut télécharger gratuitement une version simplifiée de ce modèle sur le site Web www.retirementoptimizer.com.)


Jim Otar, B.A.Sc., M.Eng., CMT, CFP (cotar@rogers.com, www.retirementoptimizer.com), est un ingénieur et technicien de marché établi à Thornhill (Ontario). Il est l'auteur de High Expectations and False Dreams - One Hundred Years of Stock Market History Applied to Retirement Planning. Cette rubrique est dirigée par Ian Davidson, M.B.A., CFP, CA, conseiller financier d'Assante Capital Management.

 
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