septembre 2003 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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L'art d'établir son propre cabinet

Comme un CA l'a appris à ses dépens, la prudence est de mise lorsqu'on exploite son propre cabinet

*Ce texte est la version intégrale d'un article résumé dans le numéro de septembre 2003 de CAmagazine.

Par John H. Dell

Dans le numéro de juin-juillet 2003, CAmagazine présente un article sur l'art de se mettre à son compte («Seul maître à bord», de Stephen Bernhut). Je suis parfaitement d'accord avec la plupart des commentaires de l'auteur, mais j'estime qu'il y a d'autres facteurs à prendre en considération avant de se lancer dans une si grande entreprise. L'article de M. Bernhut semble fondé sur une étude menée auprès de CA de partout au pays, mais je veux partager ici mon expérience personnelle.

Après avoir travaillé pour deux grands cabinets de CA nationaux, j'ai été vice-président de trois sociétés, qui étaient toutes les plus importantes dans leur secteur d'activité. Je me suis établi à mon compte afin d'avoir un peu plus de contrôle sur ma vie.

L'un des CA cités par M. Bernhut mentionne qu'il s'est établi à son compte pour «passer plus de temps avec les enfants». Je dois avouer que je rêvais moi aussi de passer plus de temps avec ma femme et mes enfants. J'ai d'abord pensé qu'en travaillant à la maison, je règlerais le problème. Cela n'a pas fonctionné, étant donné que l'accueil des clients à la maison s'est révélé très dérangeant pour ma famille. Je trouvais également que cela ne faisait ni très professionnel, ni très élégant.

J'ai donc loué des locaux, où j'ai travaillé pendant 10 ans jusqu'à ce que je subisse un grave ACV. Peu de temps après, j'ai vendu ma clientèle à un autre CA. Mais dans les six mois qui ont suivi mon ACV, j'ai ouvert un autre petit cabinet, de nouveau à la maison. Ce cabinet fonctionne très bien : la plupart de mes clients traitent avec moi par téléphone, courriel ou télécopieur, et m'envoient leurs documents par messager. Je fais appel au service de transport adapté de ma ville pour visiter les entreprises clientes ou pour me rendre aux bureaux de l'ADRC.

Il reste qu'il est toujours plus facile de déterminer ce qui nous convient le mieux à posteriori!

En conséquence, je vous livre ci-dessous certaines «précautions» que vous seriez bien avisé de prendre avant de vous établir à votre compte :

Si vous croyez que le fait d'être à votre compte vous permettra de passer plus de temps avec votre épouse, vos enfants ou vos petits-enfants, vous vous trompez. Bien qu'il soit certainement possible de travailler à partir de la maison, vous ferez beaucoup d'heures, car vous aurez désormais à recouvrer vos créances, à gérer une entreprise et à diriger des employés, en plus de faire votre tenue de livres, et d'établir votre budget de temps et de trésorerie – autrement dit, tout ce que d'autres faisaient pour vous dans le grand cabinet de CA.

La croissance dépend du «bouche à oreille». D'après mon expérience, la publicité porte rarement fruit.

Acceptez quelques contrats de «bénévolat». Dans mon cas, j'ai ainsi acquis plus d'expertise dans certains domaines, comme les OSBL et les appels.

Trouvez un successeur. C'est une question qui prend de l'importance à mesure que votre clientèle s'agrandit. Vous n'avez pas nécessairement d'enfants qui s'intéressent au monde mystérieux de la comptabilité. Je n'en avais pas, bien qu'un de mes fils ait travaillé pour moi à titre de technicien en vérification. Il est possible d'engager un jeune CA ou un stagiaire qui a le potentiel nécessaire pour devenir votre associé ou vous succéder à la retraite. Quant à moi, j'ai demandé à l'ordre de l'Ontario l'agrément nécessaire pour être maître de stage. La stagiaire que j'ai engagée était excellente, mais n'aurait pas pu me succéder puisqu'elle n'avait pas encore passé l'EFU lorsque j'ai eu mon ACV.

Pour ce qui est des successeurs potentiels, n'oubliez pas de vérifier leurs références auprès de leurs clients de même que leur situation financière et leur cote de crédit, tout comme un client prudent devrait vérifier les antécédents de l'acheteur potentiel de son entreprise. Tentez également d'évaluer l'intégrité et la fiabilité de votre successeur potentiel. Vos clients s'attendent à ce que vous transmettiez leurs dossiers à un confrère qui soit digne de confiance.

Faites un peu de planification successorale. Vous devez veiller à ce que votre conjoint n'ait pas de souci administratif ou financier à votre décès. Je suggère toujours à mes clients de préparer un guide contenant les informations nécessaires sur les personnes à joindre, les régimes d'assurance et de placement, les données fiscales, etc. Nous connaissons tous, bien entendu, le cliché du «cordonnier mal chaussé». On pourrait facilement le rebaptiser «le cauchemar du comptable». Lorsqu'un comptable exploite sa propre entreprise, il doit faire très attention de fournir à sa succession ou à ses survivants les mêmes bons conseils qu'il donne normalement à un client. En voici quelques exemples :

• Souscrivez une assurance vie et une assurance invalidité adéquates. Comparez les soumissions, pas seulement pour les prix, mais également pour les indemnités (il y a beaucoup d'incertitudes et de problèmes potentiels qui doivent être examinés avec votre entreprise d'assurance ou avec votre agent).

• Souscrivez également une assurance frais généraux en cas d'invalidité. Cela couvrira la majeure partie des frais généraux si vous continuez à exercer après être devenu invalide (comme je l'ai fait).

• Demandez à votre ordre provincial s'il offre des services aux membres qui sont devenus invalides. Je savais que mon ordre offrait des services de ce genre pour la succession d'un membre décédé, mais j'ai découvert trop tard que les membres dans ma situation peuvent en bénéficier pour trouver un confrère et faciliter la transition.

• Veillez à ce que tous vos dossiers soient «en règle». On peut subir un ACV ou un arrêt cardiaque à tout moment. Non seulement devez-vous respecter les normes de l'ordre provincial et les critères de votre entreprise d'assurance responsabilité professionnelle, mais vous devez également prendre en compte les questions de responsabilité civile. Conservez une analyse précise de toutes vos affectations dans chaque dossier, et notez-y également vos réflexions.

• Assurez-vous que votre conjoint, vos héritiers, et votre successeur ou associé savent qu'à votre décès, ils devront remplir le formulaire TX 19, «Demande d'un certificat de décharge», que l'on obtient auprès de l'ADRC, après avoir envoyé les déclarations requises (T1), pour toute entreprise personnelle que vous avez pu avoir.

Avoir un cabinet de CA double les responsabilités : vous vous occupez des entreprises de vos clients en plus de la vôtre. J'espère que d'autres CA profiteront des leçons que j'ai apprises – parfois à mes dépens.


John H. Dell, CA, CPA, CFE, est un praticien exerçant seul à Toronto.

 
LIENS CONNEXES
  
Les arpents verts, par Jim Middlemiss, CAmagazine, janvier-février 2003

Seul maître à bord, par Stephen Bernhut, CAmagazine, juin-juillet 2003