mai 2003 — ÉDITION IMPRIMÉE    
 
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L'environnement, c'est nous…
Par Marcel Côté

Marcel Côté Le Canada se targue d'être respectueux de l'environnement et consacre beaucoup d'énergie à projeter à l'étranger l'image de vastes étendues non polluées. La vérité est toutefois bien différente. De tous les pays riches, le Canada fait preuve de l'une des pires performances en matière d'écologie. Et les Canadiens s'enferment dans une confortable et très artificielle bulle verte qui leur donne bonne conscience tout en leur permettant de continuer leurs atteintes à l'environnement.

À Rio de Janeiro en 1995, Tokyo en 1997 et Johannesburg en 2001, le Canada s'est engagé quelque peu naïvement à être «pur» sur le plan environnemental. Pour assurer le suivi de ses engagements, le gouvernement fédéral a créé en 1995 un poste de commissaire à l'environnement et au développement durable au sein du Bureau du vérificateur général. Ce commissaire est chargé de transmettre annuellement un rapport à la Chambre des communes. Cela est bien, mais notre pays tient-il ses promesses? Pas vraiment. Depuis sept ans, les commissaires successifs répètent ce message : il y a un écart majeur entre nos paroles et nos gestes, et le Canada est beaucoup moins vert qu'il ne le prétend. Le pays propre, à l'air et aux rivières non pollués, et le peuple canadien ardent défenseur de l'environnement ne sont qu'illusion.

Nous souffrons de duplicité et rien ne symbolise mieux ce syndrome que la destruction des bancs de morues au large de Terre-Neuve pendant la période de 1975 à 1990. Sous les pressions politiques, nos gouvernements ont encouragé la surexploitation de cette fragile ressource en subventionnant la construction de gros bateaux de pêche, une réalité à laquelle nous étions plutôt indifférents. En fait, nous blâmions les Espagnols pour une dévastation dont nous étions principalement responsables. Aujourd'hui, nos efforts désespérés pour reconstituer les stocks sont insuffisants et trop tardifs, et il faudra une dizaine d'années pour savoir si l'espèce reviendra. Or, un tel malheur n'est que le résultat de notre inconscience vis-à-vis de la fragilité de l'environnement.

Nous faisons encore preuve de la même insensibilité, cette fois à l'égard des véhicules utilitaires sport (VUS) qui, cette année, constituent plus de la moitié des voitures vendues au Canada. Les VUS ne sont assujettis à aucune réglementation sérieuse sur l'émission de gaz carbonique, et ils pollueront l'atmosphère de la planète pendant au moins les 20 prochaines années. «C'est la faute des fabricants», soutiendront les adeptes — dont la plupart se croient probablement favorables à l'environnement. À cause de la prolifération des VUS, le Canada devient toutefois un important émetteur de CO2, que la plupart des scientifiques soupçonnent d'être la principale cause du réchauffement de la Terre.

La majeure partie du gaz carbonique que nous émettons est refilée à nos voisins, alors nous nous en soucions peu. Notre insensibilité à l'égard de l'environnement a cependant des répercussions ici aussi. En voici quelques exemples : le gouvernement fédéral est propriétaire de quelque 5 000 sites contaminés; le Canada n'a pas de véritable stratégie d'éradication des espèces botaniques envahissantes qui menacent les écosystèmes, ni de contrôles efficaces quant à l'utilisation des pesticides et à l'évacuation des substances toxiques; nos mines continuent de rejeter des résidus dans les eaux des rivières du Grand Nord; dans la région du lac Champlain, le niveau de pollution agricole est tel que la baie Missisquoi (l'un des plus grands plans d'eau du Québec) ne sera accessible à la baignade que dans de nombreuses années; également, des centaines d'avis de faire bouillir l'eau sont émis au pays chaque année.

Notre insouciance provoque parfois de graves accidents comme celui de Walkerton en Ontario. La couverture médiatique d'événements de la sorte nous oblige à établir des règles, mais le fond du problème demeure, et il réside dans notre façon de penser. Tant que nous n'aurons pas pris conscience de nos comportements, nous ne pourrons les changer.

Je ne suis pas chaud partisan de la réglementation. (On a souvent tenté de solutionner les problèmes environnementaux par des règles tatillonnes, plus emmerdantes qu'efficaces.) La question qui nous préoccupe exige toutefois l'intervention des gouvernements. Les pollueurs devraient toujours payer pour leurs dégâts, et tout coût environnemental qu'ils refilent à la société devrait être lourdement pénalisé. Le Canada ne devrait surtout pas se jouer de l'environnement.

Les Canadiens doivent aussi prendre conscience du stress qu'ils font subir à l'environnement, effectuer les choix nécessaires, même si difficiles, et changer leurs comportements, car le pays a beaucoup à perdre de la détérioration graduelle de l'environnement. Le Canada est suffisamment riche pour adopter les mesures de protection qui s'imposent et devrait se classer en tête des pays soucieux de l'environnement.

Depuis 10 ans, les investissements publics à cet égard n'ont guère augmenté, mais il est désormais temps de cesser de nous illusionner et d'agir.


Marcel Côté est associé de Secor Inc. à Montréal.