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      septembre 2009
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Qui sont les fraudeurs au Canada?

Un nouveau sondage révèle que les fraudeurs se présentent sous les apparences les plus diverses.

James Hunter

*Ce texte est la version intégrale d’un article abrégé paru dans le numéro de septembre 2009 de CAmagazine.

La fraude et l’escroquerie ont de tout temps suscité beaucoup d’intérêt. La première moitié de 2009 a connu une recrudescence planétaire d’histoires où se mêlent fraude et cupidité. Le Canada n’est pas à l’abri : le pays a connu sa part de fraudes, petites et grandes.

Les mauvaises habitudes et les besoins personnels, de même que les circonstances et l’appât du gain, peuvent entraîner une personne à commettre une fraude, même dans le contexte économique le plus dynamique. Maintenant que les entreprises et les particuliers sont à court d’argent et de crédit en cette conjoncture difficile, les investisseurs doivent être encore plus conscients du fait que les fraudeurs se présentent sous les apparences les plus diverses. Dans le sondage de 2009 intitulé Portrait du fraudeur canadien, le groupe Juricomptabilité de KPMG expose les caractéristiques communes aux fraudeurs. À première vue, rien ne semble distinguer le fraudeur type de l’individu moyen ou du voisin d’à côté.

Qui sont les fraudeurs?
Avec une vigilance et une curiosité accrues, on se demande : qui sont les fraudeurs? quelles sont les caractéristiques à repérer? Dans le cadre du sondage de KPMG, des hauts dirigeants d’entreprises canadiennes nous en donnent un bon aperçu.

Près des trois quarts des fraudeurs sont des hommes, et dans 69 % des cas, ils ont entre 30 et 49 ans. Même si les sondages à l’échelle internationale confirment qu’il y a plus d’hommes que de femmes parmi les fraudeurs, cette statistique ne signifie pas nécessairement que les hommes sont en général plus malhonnêtes que les femmes. En effet, ces chiffres peuvent très bien refléter une statistique toujours réelle au Canada, c’est-à-dire que les hommes représentent une plus grande proportion des travailleurs en entreprises que les femmes. En outre, la fourchette des 30 à 49 ans correspond à l’âge où les besoins financiers sont les plus grands, tant au plan personnel que professionnel et, par conséquent, l’âge où les motifs de fraude sont les plus nombreux.

Dans 69 % des cas, les fraudes venaient de l’intérieur de l’entreprise. Dans la catégorie des fraudes internes, 62 % étaient l’œuvre d’employés non cadres, alors que 22 % avaient été commises par des cadres supérieurs. On peut peut-être voir dans ces chiffres une corrélation avec cette autre donnée du sondage selon laquelle les fraudeurs étaient moins nombreux à avoir obtenu un diplôme universitaire ou un titre professionnel (seulement 26 % des fraudeurs avaient atteint ce niveau de scolarité, tandis que 40 % n’avaient pas fait d’études postsecondaires). Il se peut que les personnes occupant des postes de direction et les détenteurs de titres professionnels aient plus à perdre, notamment un salaire plus élevé et leur réputation professionnelle, si on les prend à frauder. Ces observations sont renforcées par le fait que la plupart des fraudeurs ne travaillaient pour l'entreprise que depuis trois à cinq ans et ne possédaient donc pas l’expérience requise pour atteindre l’échelon de la direction.

Les répondants ont aussi indiqué que la plupart des fraudes avaient été commises par des membres d’un service lié à l’exploitation (45 % des fraudeurs). Seulement 14 % des fraudes ont été perpétrées par le personnel de la comptabilité, et 5 %, par le personnel des finances. Ces résultats peuvent surprendre, car on croit bien souvent que ce sont les employés de la comptabilité ou des finances qui ont les meilleures occasions de frauder. Si cela est vrai pour certains types de fraudes, dans la majorité des cas signalés (63 % des fraudes avaient trait au vol ou au détournement de fonds, et au vol d’actifs), il n’était pas nécessaire d’être un as de l'information financière pour contourner les principaux contrôles.

De quelle façon les entreprises doivent-elles réagir?
La plupart des fraudes individuelles au Canada sont peu importantes. Dans les cas signalés, 71 % des répondants ont dit que les pertes étaient inférieures à 100 000 $. Si ce montant n’est pas très élevé pour les grandes entreprises interrogées, il n’en reste pas moins que les répercussions dépassent la valeur purement pécuniaire. Outre la valeur du vol commis et ce qu’il en a coûté pour faire enquête et déterminer les mesures à prendre, il ne faut pas négliger les dommages, parfois plus significatifs, causés à la réputation de l’entreprise et au moral des collègues et des supérieurs du fraudeur.

Le risque de fraude ne peut pas être négligé. Les entreprises canadiennes consacrent beaucoup de temps et d'efforts à l’examen de leurs contrôles internes. Toutefois, malgré cette attention accrue, un individu ou un groupe déterminé à frauder une grande entreprise trouvera généralement le moyen de contourner les contrôles en place.

Dans 73 % des cas signalés, le fraudeur agissait seul. Par conséquent, l’un des meilleurs contrôles pour réduire le risque de fraude consiste peut-être à séparer les tâches entre l’exécution, la vérification, l’autorisation et la comptabilisation de la transaction. Toutefois, plus il y a de fraudeurs impliqués, plus il devient difficile de détecter la fraude.

Par suite de l’adoption de la loi américaine Sarbanes-Oxley en 2002, les organisations se tournent vers des contrôles globaux, à l’échelle de l’entité, pour prévenir et détecter la fraude.

Les trois contrôles suivants, appliqués globalement à l’échelle de l’entité, peuvent être particulièrement efficaces dans la prévention et la détection de la fraude :

Aux mesures précédentes s’ajoutent d’autres mécanismes efficaces :

Les entreprises canadiennes ne peuvent vraiment plus se permettre d’attendre une nouvelle escroquerie à la Ponzi ou le prochain scandale financier pour s’attaquer au problème. Les actionnaires exigent désormais une plus grande responsabilisation. La fraude ne disparaîtra vraisemblablement pas de sitôt. C’est pourquoi il faut prioriser une vigilance accrue au chapitre de la prévention et de la détection de la fraude, même lorsque les collègues, les clients et les fournisseurs suscitent de prime abord un sentiment de confiance.

Les points de vue exprimés dans le présent article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement les points de vue de KPMG s.r.l. Les informations fournies sont de nature générale et ne concernent pas la situation d’une personne ou d’une entreprise en particulier.


James Hunter, CA•EJC, est leader national, Juricomptabilité, chez KPMG.