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Par Philippe Ricart et Pascal Théoret
Illustration : Baiba Black
Une gestion informatique des accès basée sur les risques protège les actifs cruciaux de l’entreprise
La gestion informatique des accès et des identités est désormais une question capitale pour les entreprises depuis la mise en place de contrôles internes renforcés, compte tenu d’un contexte réglementaire de plus en plus exigeant. Il ne s’agit plus aujourd’hui de gestion traditionnelle des portes d’entrées des systèmes d'information par un administrateur de systèmes, mais de gestion complexe et décentralisée.

La mondialisation des échanges a entraîné un besoin accru de liens de communications avec les clients et les fournisseurs, par exemple au moyen de plateformes spécialisées, de réseaux extranet, d’échanges de données informatisées (EDI), d’espaces de collaboration sécurisés ainsi que de serveurs FTP. L’évolution des technologies permet maintenant la mobilité de l’information et un trafic important de voix et de données (Wi-Fi, Blackberry, etc.). Par conséquent, la frontière entre la vie professionnelle et la vie privée s’amenuise de plus en plus. À cette évolution s’ajoutent l’utilisation croissante des médias sociaux (Facebook, LinkedIn, Twitter, etc.), le recours fréquent à l’impartition ainsi que la multiplication des places d’affaires et des bureaux de représentation.
Enfin, les concentrations d’entreprises, les fusions ou acquisitions de même que la dématérialisation de certains actifs et de certains services ont modifié la structure de l’entreprise d’origine. Elle a dépassé ses frontières traditionnelles et se caractérise maintenant par la coentreprise, la délocalisation et la virtualisation.
Comment l’entreprise peut-elle poursuivre ses activités selon le schéma traditionnel d’administration de ses systèmes sans tenir compte du contexte radicalement différent dans lequel elle doit maintenant évoluer? Nous proposons une approche de gestion des accès et des identités fondée sur les risques, afin de minimiser l'incidence de situations qui pourraient être préjudiciables à l’entreprise, à sa réputation, à ses actifs, aux conditions de travail de ses employés et à ses relations d’affaires avec des tiers.
Vers une gestion de plus en plus complexe
Les administrateurs de systèmes et les responsables de la sécurité informatique d’une entreprise sont confrontés à de nouveaux défis. L’évolution du contexte réglementaire, combinée à l’éclatement des TI hors des murs de l’entreprise, créent des situations complexes sur lesquelles il est difficile de statuer. Des problématiques comme l’accès à Facebook pour les employés pendant les heures de travail peuvent susciter de vives discussions quant à la sécurité de l’information figurant sur les pages personnelles. Cet accès peut compromettre la confidentialité des données de l’entreprise.
De plus, la multiplication des téléphones intelligents dotés de leurs propres paramètres d’authentification, qui peuvent être activés ou désactivés à volonté génère un surcroît de travail pour les services de soutien informatique qui doivent veiller à ce que les mécanismes d’accès à l’information restent robustes. Mentionnons aussi l’utilisation croissante des supports amovibles, comme les clés USB, une source additionnelle de fuite potentielle d’informations.
L’importance accrue accordée aux coûts fixes des entreprises et la course à la compétitivité sur le marché mondial poussent celles-ci à délocaliser leurs activités et leurs services de soutien. Ces tendances, combinées à l'essor de l’informatique en nuage (cloud computing) et de la virtualisation présentent des risques quant à la confidentialité, à l’intégrité, à la disponibilité et à la non-répudiation de l’information échangée. Quelles sont les garanties de l’impartiteur que les accès aux informations de l’entreprise dont il est le fournisseur sont exempts de tout risque de divulgation à l’interne et à l’externe? Cette question est d’autant plus pertinente que ce même impartiteur peut à son tour devoir externaliser une partie de ses propres activités.
Les divers contextes réglementaires comme la Loi Sarbanes-Oxley et le règlement 52-109 avaient cerné certains des enjeux liés à la gestion des accès et des identités : la suppression systématique des accès après le départ d’un employé pour prévenir tout risque d’utilisation non autorisée de ceux-ci, la création d’accès autorisés par le gestionnaire responsable et la révision périodique des accès pour garantir leur adéquation aux besoins d'affaires.
La démocratisation des solutions progicielles, alliée aux solutions internes, la multiplication des logiciels spécialisés, la diffusion des fichiers de nature logicielle (tableurs Excel, bases de données Access, etc.) s'ajoutent à la complexité de l’administration de ces systèmes. En définitive, ceux-ci s’appuient la plupart du temps sur l’adoption d’un système d’authentification unique (single sign-on) regroupant toutes les authentifications en un seul outil. Ces solutions ne règlent cependant pas tous les problèmes liés aux identités.
Par exemple, un employé cumulant plusieurs années de service et dont les tâches ont évolué peut devoir assumer plusieurs profils d’accès dans un ou plusieurs systèmes, ce qui lui confère des droits trop étendus par rapport à ses responsabilités.
L’analyse de ces conflits, appelés conflits de séparation de tâches, s’effectue manuellement dans la mesure où l'analyse est restreinte et les profils d’accès peu complexes. Toutefois, dans le cas d’une multinationale caractérisée par un taux élevé de roulement de personnel et dotée d’un système de gestion de type progiciel, la gestion des accès peut devenir impossible à gérer en raison, par exemple, des restrictions quant aux objets (accès en lecture, en exécution, en modification, etc). La société doit alors utiliser un outil de gouvernance, gestion des risques et conformité (GRC) (Governance Risk and Compliance). En somme, en matière de gestion des accès et des identités, une stratégie appropriée s’impose.
Adopter une approche par étapes
Une approche fondée sur les risques a l’avantage de se concentrer sur les enjeux capitaux pour l’entreprise en matière d’accès et d’établir des plans d’actions concluants. Elle consiste à :
Révision périodique de l’approche
Nos expériences diverses dans le domaine de la gestion des identités nous permettent de dresser deux constats auxquels les organisations doivent être sensibilisées :
1) les organisations qui adoptent une approche globale de leur gestion des accès consacrent énormément d'efforts sans que le résultat final ne soit concluant. Selon la taille de l’organisation et de l’infrastructure, on observe souvent que les projets de refonte de gestion des accès se déroulent sur plusieurs années.
2) les processus et les systèmes de gestion des identités mis en place par les organisations connaissent, avec le temps, des problèmes de défaillances liés à un manque de ressources, d’outils efficaces ou de cohérence dans l’application du processus. Une approche méthodique et simple, telle que présentée à la section précédente, devient donc prioritaire. L’approche choisie doit tenir compte de l’évolution constante de l'environnement de l’organisation (exigence de conformité à une nouvelle loi, nouvelle application, etc.).
Le fait de développer ou d’ajouter des outils de gestion des accès à une nouvelle application n’est plus une option car elle alourdit le processus. Il faut plutôt se concentrer sur le renforcement du processus de gestion des accès et adopter une approche d’amélioration continue.

Jumelée à une approche simplifiée, l’optimisation du processus de gestion des identités devrait faire partie intégrante de ladite approche et serait axée sur l’évaluation périodique de la pertinence de chaque activité, des rôles et des responsabilités des intervenants touchés et des outils utilisés pour répondre aux demandes d’accès. Comme plusieurs experts le confirment, 75 % du succès tient à l’application d’un processus et 25 % aux technologies.
Par où commencer?
Voici quelques facteurs de succès d’une saine gestion des identités :
L’approche suggérée mobilise moins de ressources humaines et financières et permet aux organisations d'allouer des budgets spécifiques pour assurer la mise en place des processus de gestion des accès, comme l'acquisition d’un outil automatisé de GRC.