FINANCES PERSONNELLES
+ L’achat d’une propriété aux États-Unis
+ Inquiétudes post-emploi
+ Plus
PME
+ En mode survie
+ 10 services valeur ajoutée
+ Marchés étrangers
+ La juste evaluation
+ Faire croître ma PME
+ Vos actifs à la rescousse
+ Plus
IFRS et ISA
+ Sept normes côte à côte
+ Normes canadiennes d'audit
+ Pour réussir le passage obligé
+ Plus
TECHNOLOGIES
+ Systèmes CRM
+ Gestion de performance
+ Enquête 2011 sur les logiciels
+ Plus
LIEU DE TRAVAIL
+ Profession plurielle
+ La RSE : vraiment gagnante
+ Santé et productivité
+ Prévention de la fraude
+ CV chronologique gagnant
+ Gare aux fausses notes
+ Générations et objectifs
+ Les primes gardent la cote
+ Plus
ÉTUDIANTS CA
+ Certifié entreprise
+ Destination: CA
EXPERTISE
+ Les prix de transfert
+ Plus
Un sondage CAmagazine montre que l’expérience des étudiants CA se diversifie avec l’arrivée de candidats aux profils non traditionnels.
Par Lorie Murdoch
Photographe : Jiri Hermann/Klixpix
![]() |
|
Après cinq ans à titre de pilote d’avion, Samantha Merritt, croquée ci-contre près d’un Cessna 180 et de son chien Tico, a décidé de devenir CA. |
Samantha Merritt, qui a 32 ans et habite à Yellowknife, aime tellement voler qu’elle a passé cinq ans à piloter de petits avions pour une société de transport aérien d’affrètement dans le Nord. Elle estime avoir desservi plus de 300 sites éloignés, et transporté un peu de tout : des motoneiges, des foreuses, des canoéistes, des bébés, un perroquet, des carcasses de caribou et même des cadavres. Pour elle, chaque mission reposait sur un équilibre délicat entre des variables comme les conditions météo et les capacités de l’appareil. De ce travail parfois difficile, mais toujours satisfaisant, elle dit : «Vous êtes seul maître à bord de votre appareil, pour le meilleur ou pour le pire.» Elle se souvient encore de l’euphorie qu’elle ressentait lorsqu’elle sillonnait l’azur, en route vers des destinations comme Port Radium ou Bathurst Inlet. «Rien n’égale la sensation de survoler un lac dans toute sa splendeur sauvage», ajoute-t-elle. Mme Merrit a toutefois décidé en 2007 qu’il était temps d’amorcer son atterrissage : «Je me suis aperçue qu’à moins d’occuper un poste dans une grande société aérienne, ma situation financière serait toujours précaire. Je ne me voyais pas non plus charger des tonneaux dans un Twin Otter par -35 °C à 40 ou 50 ans.»
Elle a ainsi accepté l’emploi qu’on lui offrait chez Charles Jeffery Chartered Accountant, un petit cabinet comptable de Yellowknife. Mme Merritt aimait suivre des cours de comptabilité et en a pris d’autres une fois entrée au cabinet. Après quelques recherches, elle a choisi de devenir CA. Elle prévoit commencer ses cours à la CA School of Business (CASB) en mai et se présenter à l’EFU en 2011. Mme Merritt n’est pas la seule aspirante CA à avoir suivi un parcours aussi peu linéaire. C’est ce que révèle un sondage informel réalisé par CAmagazine pour brosser le portrait du candidat CA type (voir ci-après les résultats du sondage). Nous voulions voir en quoi les CA débutants d’aujourd’hui différaient de leurs homologues d’il y a 15 ou 25 ans, et en quoi ils leur ressemblaient. Notre sondage a montré que plus de 75 % de nos répondants avaient un diplôme en finance ou dans un domaine connexe, et la plupart avaient moins de 30 ans. Près de 60 % travaillaient pour les Quatre Grands et ils étaient presque autant à songer à faire carrière dans une grande organisation.
En parlant aux répondants et à d’autres étudiants, nous avons toutefois vu plusieurs profils se dessiner. Parmi les répondants, on trouvait des parents, des propriétaires de maison et un entrepreneur. Pour plusieurs d’entre eux, il s’agissait d’une deuxième carrière. Marie Alexandre-Gingras, de KPMG à Montréal, qui avait aussi répondu à notre sondage, a décidé d’apprendre l’anglais parce qu’elle avait constaté que le monde des affaires offre de meilleurs débouchés aux personnes bilingues. Elle a opté pour l’EFU en anglais parce qu’elle est déterminée à devenir une CA bilingue.
L’évolution des étudiants CA reflète en fait celle du monde qui les entoure. Comme pour bien d’autres professions, l’un des changements les plus évidents est le nombre de femmes qui veulent en faire partie. Dan Trainor, FCA, directeur général de l’Atlantic School of Chartered Accountancy, observe qu’au début des années 1980, on comptait 64 hommes pour 36 femmes qui étaient CA dans la région de l’Atlantique. Aujourd’hui, il y a pratiquement autant de femmes que d’hommes. Il en va de même pour l’Ontario et l’Ouest. Au Québec, la proportion est de 55 femmes pour 45 hommes. (Les résultats de notre sondage étaient atypiques, avec 39 femmes.)
Jim Brown, CA, directeur de la formation à l’Institut des comptables agréés de l’Ontario, se sert du code vestimentaire pour décrire l’évolution du profil de l’étudiant CA : «Aujourd’hui, le CA type n’est plus un homme en costume sombre. Si certains de nos nouveaux CA se présentent en costume et cravate aux remises de permis, d'autres ont éliminé la cravate, et d’autres encore, le veston. La plupart des femmes portent à présent des tailleurs-pantalons, même si quelques-unes préfèrent les jupes ou les robes. Il y a 25 ans, il n’y avait pas autant de femmes, et rares étaient celles qui portaient un pantalon au travail. Les vêtements foncés étaient de rigueur. À une certaine époque, les hommes n’avaient pas le droit de porter des complets marron. De nos jours, on voit un peu de tout, même des turbans et des hijabs. Notre profession est très cosmopolite. Aucun stéréotype ne peut décrire l’étudiant CA d’aujourd’hui.»

Le nouveau CA Stefano Picone (à gauche) a aussi lancé un site Internet pour les étudiants de la profession. Après 16 ans dans les Forces canadiennes, Jonathan Gallo (ci-dessus) est devenu CA chez PwC à Edmonton.
Quels que soient leurs antécédents ou leur sexe, les étudiants CA ont bien réfléchi avant d’embrasser la profession. Ils semblent tous viser la réalisation d’un équilibre parfait entre stabilité, diversité et opportunité. «Le titre de CA mène à un grand nombre de carrières. Il offre une gamme de débouchés en finance dans une foule de secteurs», affirme Jim Brown, de son bureau de Toronto. Diane Messier, FCA, vice-présidente, Formation professionnelle et relève, à l’Ordre des comptables agréés du Québec, ajoute : «Le titre de CA offre aux étudiants la diversité dont ils ont besoin sur le plan professionnel et qui correspond à celle qu’ils ont dans d'autres domaines.»
Jonathan Gallo a passé 16 ans dans les Forces canadiennes avant de décider de se réorienter en 2008. Il utilise naturellement le vocabulaire militaire pour décrire sa nouvelle carrière : «Le CA peut combler le fossé entre des éléments spécifiques, les chiffres, et des éléments stratégiques, pour aider, guider ainsi que diriger des entreprises. En plus de fournir une connaissance tactique approfondie des affaires, cette combinaison permet de prendre des décisions éclairées.» Originaire de Cornwall (Ont.), M. Gallo travaille chez PricewaterhouseCoopers à Edmonton depuis octobre dernier.
Stefano Picone a 27 ans, est diplômé de l’Université de Toronto, a récemment terminé son stage et vient d'obtenir son titre. Il a, lui aussi, été attiré par le caractère approfondi de la formation des CA. «J’ai toujours eu un talent d’entrepreneur», explique-t-il. «J’ai compris que pour réussir, je devais connaître à fond les rouages des entreprises, ce que permettent les études menant au titre de CA.» En septembre 2009, M. Picone a mis en ligne www.myCAsite.com, un portail sur lequel les étudiants peuvent trouver diverses ressources.
L’un des grands atouts du titre de CA est la mobilité qu’il procure, tant au Canada que dans le monde. Ce facteur, tout comme l’horaire de travail, la rémunération et l’admissibilité des étudiants adultes au programme, a été décisif pour Samantha Merritt : «La profession de CA se démarque des autres professions comptables en raison de sa reconnaissance internationale.»
Résultats du sondage réalisé auprès des aspirants CA En quoi les aspirants CA d’aujourd’hui diffèrent-ils de ceux de la génération précédente? CAmagazine a voulu connaître la réponse à cette question. | |
Âge Sexe Diplôme de 1er cycle universitaire Revenu attendu pour les cinq prochaines années Secteur d’activité : Nombre d’heures de travail par semaine S’est présenté à l’EFU Comptez-vous faire carrière dans une grande organisation? Envisagez-vous de travailler à l’étranger?
| Communiquez-vous avec le bureau pendant vos vacances? Avez-vous effectué des déplacements professionnels à l’étranger au cours de l’année écoulée? Pensez-vous concilier votre travail et votre vie personnelle de façon satisfaisante? Pratiquez-vous régulièrement une activité sportive? Participez-vous à des activités de bénévolat au travail? Faites-vous du bénévolat à l’extérieur de votre milieu de travail? Utilisez-vous Twitter? Utilisez-vous d’autres sites de réseautage social? Utilisez-vous un BlackBerry ou un appareil similaire? |
Guillaume Lafrance, qui a réussi à l’EFU en 2009, travaille au cabinet Malenfant Dallaire à Québec. Il abonde dans le même sens : «La réputation du titre de CA m’offre des débouchés partout dans le monde.» Selon Jim Brown, les perspectives de carrière à l’étranger sont excellentes pour les 58 % de répondants au sondage qui envisagent de travailler éventuellement dans un autre pays. «Les CA du Canada sont très prisés et la mobilité des CA nouvellement admis en fait des candidats idéaux pour les postes à l’étranger», dit-il.
Après le passage aux IFRS, ils seront encore plus en demande, surtout si les États-Unis décident d’adopter eux aussi les normes internationales dans cinq ou dix ans.» Bien que la mondialisation soit de bon augure pour les carrières à l’étranger, elle exerce une forte pression sur les étudiants d’aujourd’hui, qui doivent maîtriser un nombre de normes nettement plus élevé que leurs prédécesseurs d’il y a 20 ou 25 ans. «La multiplication de nouveaux instruments financiers et la mondialisation de l’économie ont rendu nécessaire l’élaboration de normes nouvelles ou plus complexes. Pour beaucoup d’entre eux, il y a “surcharge normative”», ajoute Jim Brown, précisant que la profession prend des mesures pour soutenir tous les CA à cet égard.
John Gunn, M. Ed., FCA, directeur général de la CA School of Business à Vancouver, indique également que dans le monde trépidant d’aujourd’hui, les étudiants doivent rester «branchés» en permanence. Presque toutes les tâches demandent un effort intellectuel. «Certaines tâches mécaniques, comme le procédé d’audit qui consiste à refaire les additions d’un journal comptable avec une calculatrice, ne sont plus nécessaires», observe-t-il. «C’est tant mieux! Le travail est plus intéressant. Ce genre de tâches permettait toutefois de se reposer un peu l’esprit. Aujourd’hui, les étudiants n’ont plus cette possibilité.»

Jan Blades a réussi l’EFU en septembre 2009 et travaille maintenant dans un cabinet en Nouvelle-Écosse.
De nombreux étudiants admettent se sentir constamment mis à l’épreuve. «Vous avez tous les jours de nouveaux défis à relever», indique Marc Priestley, 23 ans, qui travaille à temps plein chez BDO Dunwoody, à Mississauga (Ont.) depuis janvier, et qui obtiendra son diplôme à l’Université Brock en juin prochain. «On doit composer avec les attentes différentes des collègues, des chefs de groupe, des associés et des clients. Tous ont leur propre idée de la manière et du moment de faire les choses. Il faut s’adapter continuellement.»
Les étudiants ne semblent toutefois pas s’en plaindre : «J’aime mon travail notamment parce qu’il est difficile», explique Alissa Bryden, de Rossland (C.-B.), qui travaille pour le cabinet Yule Anderson Chartered Accountants, à Castlegar, et qui compte se présenter à l’EFU cette année. «Entre la réglementation qui ne cesse de changer et les nouvelles lois adoptées par chaque nouveau gouvernement, il n’est pas facile d’être toujours au courant de tout.»
La plupart des étudiants semblent en fait ravis de travailler en mode multitâche. «Les étudiants passent facilement d’une chose à une autre. Ils se créent des réseaux et utilisent les TI constamment. L’usage du téléphone cellulaire et des textos est une seconde nature pour leur génération et ils communiquent avec les autres bien plus que nous le faisions il y a à peine dix ans», rele`ve Diane Messier. Selon notre sondage, 89 % des répondants utilisent les sites de réseautage social et 50 % d’entre eux ont un BlackBerry ou un appareil similaire.
Tiffany Wilson, responsable des programmes de recrutement sur les campus pour Deloitte à Toronto, croit que la technologie est responsable de l’accélération du rythme au travail et ailleurs. «Je pense que la vitesse est le fil conducteur», dit-elle. «Les étudiants ont tout à portée de main et cela influe sur leurs attentes : la rapidité avec laquelle ils sont promus, trouvent un emploi, sont appelés à rencontrer des clients, etc.» Selon elle, comme les étudiants semblent peu patients, certains employeurs pourraient à tort douter de leur loyauté. Or, elle croit que les étudiants veulent faire carrière au sein d’une seule organisation et qu’ils s’attendent, de ce fait, à pouvoir communiquer avec ses dirigeants. «À mes débuts, l’idée de parler avec les dirigeants ne m’aurait jamais effleurée», observe-t-elle. «Ils étaient bien trop occupés. Aujourd’hui, les PDG invitent les étudiants à prendre un café avec eux et les réseaux sociaux nous rendent tous beaucoup plus accessibles.»
Aussi claires que soient leurs ambitions professionnelles, les étudiants sont tout aussi déterminés à avoir une vie sociale. Cependant, la conciliation travail-vie personnelle n’a pas nécessairement le même sens pour eux que pour les générations qui les ont précédés, signale Mme Wilson. «Auparavant, cela concernait d’abord les jeunes mères retournant au travail», dit-elle. «Aujourd’hui, on parle de faire du sport, du bénévolat, du télétravail et de prendre des congés sabbatiques pour voyager». Les cabinets encouragent aussi leurs employés à faire du bénévolat au pays et à l’étranger. «À l’époque, il fallait démissionner si l’on voulait aller dans des endroits comme l’Afrique», ajoute Mme Wilson. «Aujourd’hui, des programmes de bénévolat, qui n’existaient pas il y a cinq ans, sont offerts au sein du cabinet.» C’est probablement en raison de ce genre d’initiatives que 71 % des répondants à notre sondage ont dit être satisfaits de la répartition de leur temps entre travail et loisirs. «Les cabinets ont fait un bel effort ces dernières années pour favoriser la conciliation travail-vie personnelle», estime Doug Guan, diplômé de la Schulich School of Business, qui travaille chez Deloitte & Touche, à Toronto. Les cabinets doivent entre autres tenir compte du fait que de plus en plus de stagiaires ont des obligations familiales. «J’ai attendu d’avoir obtenu mon titre de CA pour me marier et acheter une maison. De nombreux nouveaux CA que je rencontre lors des remises de permis l’ont fait pendant qu’ils étudiaient en vue de l’EFU!», constate John Gunn.
Père de deux jeunes enfants, Jonathan Gallo, qui a 34 ans, espère bien rattraper le temps perdu : «Un travail qui me permet de passer plus de 20 % de mon temps avec ma famille est une amélioration par rapport à ma profession antérieure.»
Jan Blades, 47 ans, n’a que des éloges à l’égard du cabinet qui l’emploie, AC Belliveau Veinotte Inc. Chartered Accountants, de Bridgewater (N.-É.), pour la compréhension dont il a fait preuve à une période compliquée de sa vie. Cette ancienne technicienne en océanographie militaire et contrôleure d’une usine de transformation du poisson amorçait la deuxième semaine du module 1 lorsque sa sœur, venue d’Angleterre pour la visiter, a reçu un diagnostic de maladie en phase terminale. Le cabinet lui a alors accordé un congé pour qu’elle puisse partir en Angleterre auprès de sa sœur sitôt son module 1 terminé. Elle a suivi une partie du module 2 à distance et est revenue au pays après le décès de sa sœur, sept semaines plus tard. Mme Blades ne vit plus une situation de crise, mais en tant que belle-mère et «belle-grand-mère», elle a un emploi du temps très chargé. Elle s’est présentée à l’EFU en septembre et y a réussi. «Il est normal de rencontrer des difficultés au cours de notre vie, mais on peut les surmonter si on fait preuve de diligence et de persévérance, et si on peut compter sur le soutien de notre employeur, de nos amis et des membres de notre famille.»
Dan Trainor devait avoir la même idée en tête lorsqu’il a observé que les qualités qui distinguent les étudiants CA n’ont pas changé depuis des décennies. «Ceux qui réussissent aujourd’hui ont les mêmes qualités que ceux qui les ont précédés. Ils sont organisés, disciplinés et intelligents. Ils sont prêts à travailler fort et ils ont une éthique de travail», dit-il. Une bonne éthique de travail sera très utile à Jonathan Gallo, qui entreprend le programme de la CASB et s’apprête à se joindre à une nouvelle profession. «Une telle réorientation professionnelle ressemble un peu à un saut en parachute : une fois dans le vide, inutile de revoir sa décision. Mieux vaut planifier l’atterrissage.» Voilà un conseil judicieux pour tous ceux qui se préparent à l’«atterrissage», qu’ils en soient à l’étape de l’EFU, à la fin de leur stage, sur le point d’obtenir une promotion ou encore de prendre l’avion pour occuper un poste à l’étranger.
Lorie Murdoch est rédactrice-pigiste et elle habite à Hamilton,en Ontario.