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Malgré la crise, le salaire des CA est resté stable depuis 2007, ce qui tranche toutefois avec la hausse constante des années passées.
Par John Lorinc
Illustration : Michelle Thompson
Pour Joel Lazer, ce n’était rien de moins qu’une révélation. Cofondateur du cabinet d’expertise comptable et de services-conseils en gestion Lazer Grant, ce vétéran de Winnipeg avait mis sur pied un système novateur de primes visant à inciter chaque membre du personnel à se sentir responsable de la performance d’ensemble du cabinet. Inspiré des idées d’un conseiller en gestion américain entendues en 2002 lors d’un colloque, le «programme Lazer» allait dans le sens d’une philosophie qu’avaient établie les associés fondateurs en 1982 pour faire en sorte que les divers groupes du cabinet se partagent les profits entre eux pour mieux encaisser le coup en cas d’année difficile. «Les récompenses, c’est pour tout le monde», dit-il.
Ce cabinet de 33 membres, fondé en 1982 par six comptables, offre un éventail de services, attirant une clientèle d’entrepreneurs et traitant avec des PME dont le chiffre d’affaires oscille entre 5 et 100 millions de dollars. Les résultats mensuels sont communiqués à tous les membres du personnel et tous les associés. «Chez Lazer Grant, tous se sentent responsa-
bles du marketing de la société.» La stratégie semble avoir porté ses fruits. Le cabinet a doublé sa taille depuis 2002 et, pour 2009, il se dirige tout droit vers l’une des primes collectives les plus généreuses à être partagées depuis la création du programme par M. Lazer, et ce, en dépit d’un ralentissement économique qui, dans l’ensemble, semble avoir épargné le Manitoba. L’anecdote de M. Lazer en dit long sur l’état de la rémunération au sein de la profession comptable au Canada au cours des 12 à 18 derniers mois, une période marquée par l’une des crises économiques mondiales les plus affligeantes depuis la Grande Crise. Malgré les déficits et la vague sans fin des révisions à la baisse des prévisions de croissance, la profession comptable canadienne semble réchapper à la tempête financière.
C’est du moins ce que laissent supposer les résultats, qui sont positifs en général, du sondage de 2009 de l’ICCA sur la rémunération au sein de la profession de CA. «Les CA font vraiment bonne figure compte tenu de la conjoncture économique actuelle», observe Kevin Dancey, président-directeur général de l’ICCA.

Mené le printemps dernier, le sondage portait sur la rémunération en 2008, année qui s’est amorcée par la résolution de la crise des billets de trésorerie (papier commercial) adossés à des actifs et qui s’est terminée sur l’effondrement en cascade de certaines des plus grandes institutions financières du monde. Il signale que, des 15 981 répondants au sondage (soit un taux de réponse de 29 %), 56 % se sont dits optimistes quant à la croissance de la rémunération globale pour 2009. «Il s’agit là d’un point non négligeable», dit-il.
Les résultats du sondage offrent peu de surprises quant à la composition de la profession comptable au Canada à l’aube de la deuxième décennie du 21e siècle.
Associé depuis 27 ans, Joel Lazer fait partie du segment des propriétaires dont la proportion au sein de la profession croît le plus rapidement : les baby-boomers. En comparaison avec 2005, on compte aujourd’hui davantage de CA qui travaillent depuis plus de 20 ans, et légèrement moins de jeunes CA, un résultat qui reflète une tendance démographique généralisée dans l’ensemble de la main-d’œuvre. (Les disparités sont probablement encore plus marquées en réalité, puisque les jeunes comptables sont surreprésentés dans les résultats de 2009, 61 % des répondants étant âgés de moins de 45 ans, alors que, dans les faits, ils représentent 48 % de la profession dans son ensemble.)
Toujours sous l’impulsion du boom qui a touché les produits de base dans l’Ouest canadien avant la récession, la profession poursuit son exode vers la Colombie-Britannique et l’Alberta entrepris au milieu de la décennie, ces provinces affichant une augmentation du nombre total de répondants de 16, 6 % en Colombie-Britannique et de 12,4 % en Alberta. Inversement, en Ontario et au Québec, le nombre de répondants a reculé de 6,3 % et 12,2 %, respectivement.
Par ailleurs, il semble qu’un moins grand nombre de CA soient propriétaires d’une entreprise. Quatre-vingt trois pour cent des répondants travaillent pour une entreprise ou une organisation, une hausse par rapport au taux de 77 % enregistré en 2005. De plus, en 2009, la profession compte un peu moins d’associés/propriétaires d’entreprise et de praticiens exerçant seuls qu’il y a quatre ans.
Pour la même période, on observe une hausse de 6 % du nombre de CA au service des trois ordres de gouvernement et des institutions du secteur public comme les hôpitaux et les bibliothèques (ils sont toutefois moins nombreux à travailler dans les universités et les collèges). Cette croissance découle du resserrement des règles relatives à la reddition de comptes visant les fonctionnaires et les programmes publics, précise Ian Cullwick, associé chez Deloitte, à Ottawa. «Le secteur public est un bon exemple de secteur où la demande de candidats possédant une expérience pertinente est plus forte que l’offre.»
En ce qui concerne la rémunération, le sondage présente le portrait d’une profession qui s’en tire plutôt bien dans une période difficile. De 2007 à 2009, la rémunération globale moyenne est demeurée essentiellement inchangée (186 544 $ contre 186 543 $, respectivement), mais la rémunération médiane a augmenté, passant de 123 000 $ à 126 857 $ (110 000 $ en 2005).
La moyenne nationale est de 167 515 $ pour les praticiens exerçant seuls; de 306 603 $ pour les associés; et de 442 206 $ pour les propriétaires d’autres entreprises. Les non-propriétaires, soit près de 14 000 répondants, touchent en moyenne une rémunération globale de 167 833 $. La rémunération globale moyenne d’un nouveau CA est respectable, à 71 817 $, et ce chiffre augmente avec régularité au cours des cinq premières années, ce qui montre, souligne M. Dancey, que la profession continue d’attirer les jeunes. (La profession s’attend d’ailleurs à une augmentation du nombre de candidats à l’EFU cette année.)

Paul Long, l’analyste de l’ICCA qui a compilé les résultats du sondage, signale que les médianes offrent une image plus précise des tendances en matière de rémunération que les moyennes, qui sont dopées par les données touchant un nombre relativement faible de membres dont la rémunération est très élevée. En effet, du 1er au 85e percentile, la rémunération globale a augmenté entre 2007 et 2009. Bien que les hausses moyennes aient dépassé les taux d’inflation au cours des deux dernières années, l’augmentation des salaires est nettement inférieure à la croissance de 13,5 % enregistrée pour la période allant de 2004 à 2006, précise M. Long.
À l’échelle nationale, on observe des écarts bien nets entre les régions. Les comptables des provinces de l’Atlantique surfent toujours sur la vague de prospérité que connaît la côte Est, où la rémunération affiche des taux de croissance à deux chiffres depuis 2007 dans toutes les provinces, sauf la Nouvelle-Écosse (qui affiche une croissance plus modeste, soit 5,2 %). «En général, notre région n’est pas soumise aux hauts et aux bas qu’on observe à peu près partout ailleurs au Canada, observe Michele Wood-Tweel, chef de la direction de l’Institute of Chartered Accountants of Nova Scotia et présidente du Groupe de travail sur les relations avec les membres, qui supervise le sondage. Notre profil de croissance est plus stable, plus régulier.» Michael Casey, associé de Hemming Weir Casey Inc., à Halifax, partage cet avis. «Nous n’entrevoyons aucune réduction des salaires, dit-il. Nos CA sont bien payés, et la demande pour les CA est encore bonne dans la région de Halifax-Dartmouth.» M. Casey fait remarquer que les grands cabinets ont été touchés par la réduction marquée des mandats visant des premiers appels publics à l’épargne.
En revanche, dans les provinces de l’Atlantique, les cabinets de petite et moyenne taille profitent de la prospérité de leur clientèle d’entreprises exploitées par leurs propriétaires. «Notre cabinet est en plein essor, et notre chiffre d’affaires est en hausse, mais nous avons de la difficulté à trouver de bons éléments pour faire le travail.»
Dans les provinces des Prairies, on observe une faible croissance (moins de 1 %, mais un taux de 1,02 % au Manitoba), mais on est loin du boom dont témoignaient les résultats du sondage de 2007, qui reflétaient la flambée des prix du pétrole et du gaz ainsi que de la potasse. Manifestement, la diversification économique a fait contrepoids à la volatilité du secteur des ressources. Selon Gerald Peterson, associé chez PPW Chartered Accountants LLP, à Winnipeg, le Manitoba s’en tire bien comparativement à l’ensemble du pays. Il prévoit hausser la rémunération versée par son cabinet de 5 % à 10 %, quoique la prudence reste de mise chez ses collègues et ses clients. «L’avenir nous préoccupe tous [au Manitoba], dit-il, mais les entreprises se montrent proactives. Nous ne voyons pas beaucoup de déficits, seulement une contraction des marges bénéficiaires.»

À 213 850 $, en hausse d’environ 0,7 % par rapport à 2007, la rémunération moyenne en Alberta demeure plus élevée que partout ailleurs au pays. Cela dit, la croissance a considérablement ralenti, indique Jane Halford, chef de la direction de l’Institute of Chartered Accountants of Alberta. «Cela est très révélateur de l’état de la profession ici en Alberta.»
En dépit du marasme du secteur de l’énergie causé par l’effondrement des prix du pétrole, la profession reste à l’abri de la récession, selon elle. «D’après ce qu’on nous rapporte, les CA qui perdent leur emploi en raison de la conjoncture économique se trouvent assez rapidement un nouveau poste.»
La situation n’est pas aussi rose dans les trois provinces canadiennes les plus peuplées et les plus puissantes sur le plan économique, soit l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec, qui ont toutes connu une baisse de leur rémunération moyenne (le Québec affiche le recul le plus marqué, soit 5,3 %), pour une rémunération moyenne de 139 855 $.
Amy White, praticienne exerçant seule à London (Ontario) a entendu dire qu’il y aurait eu des mises à pied chez certains des Quatre Grands et des cabinets de taille moyenne dans le sud-ouest ontarien. Pour autant qu’elle le sache, «cela ne s’était pas produit depuis des lustres». (KPMG, Ernst & Young, PricewaterhouseCoopers et Grant Thornton ont refusé d’être interviewés pour le présent article.) Cependant, ajoute-t-elle, le ralentissement spectaculaire du secteur de la fabrication n’a eu aucune incidence sur sa propre pratique. Depuis qu’elle a acquis la clientèle d’un autre cabinet en juillet 2008, Mme White dit avoir été «follement occupée», en raison principalement de l’afflux de clients démarrant de nouvelles entreprises dans des domaines comme la conception de sites Web et le commerce électronique. Mme White doit maintenant recruter du personnel pour faire face à l’accroissement du volume d’activité.
Hors des domaines traditionnels de la comptabilité, les CA les mieux payés travaillent généralement dans les secteurs de l’insolvabilité, de l’expansion des affaires et des services-conseils en finance d’entreprise.
Ceux qui ont des titres supplémentaires (Chartered Financial Analyst, ingénieur, expert en évaluation d’entreprise et M.B.A.) outre celui de CA tendent à gagner plus. De même, la profession continue d’attirer les entrepreneurs, un CA sur huit possédant une entreprise dans un domaine autre que la comptabilité. En ce qui concerne les différences entre les diverses sphères d’activité, la rémunération globale moyenne des professionnels exerçant l’expertise comptable affiche une progression constante de 2005 à 2009, tout comme celle des CA travaillant dans la plupart des secteurs de la fonction publique et de l’enseignement.
Néanmoins, l’incidence de la crise du crédit et de la période d’incertitude économique qui a perduré pour une grande part de 2008 se fait sentir dans les données portant sur plusieurs grands secteurs d’activité. En comparaison avec 2007, la rémunération totale a reculé dans les secteurs du pétrole et du gaz, des mines, de l’immobilier, du commerce de détail et de gros, des transports et de la distribution, des télécommunications, des arts, du divertissement et des loisirs de même que de l’agriculture.
Les salaires ont toutefois augmenté dans certains domaines, comme celui des produits pharmaceutiques. Mais dans l’ensemble, la rémunération des CA en entreprise a quelque peu fléchi, passant de 232 432 $ en 2007 à 229 544 $ en 2009.
Les données sur la rémunération des CA en entreprise reflètent les tendances observées en matière de rémunération dans l’ensemble du secteur privé.
Une nouvelle enquête pancanadienne, menée par la société de services-conseils Mercer auprès de 500 grandes entreprises représentant plus de 870 000 employés, révèle que les salaires moyens ont augmenté d’environ 2 % en 2009, et que l’augmentation prévue pour 2010 est de 2,7 %.
Or, selon Marie-Christine Piron, directrice au bureau de Montréal de Mercer, ces chiffres ne tiennent pas compte des 30 % de sociétés sondées qui ont tout simplement gelé les salaires et des 8 % qui comptent le faire en 2010.
Dans le secteur des services financiers, des banques et des placements, les moyennes sont légèrement plus faibles, soit 2,5 % pour 2010. «Les sociétés font preuve d’une grande prudence avant d’annoncer des hausses pour 2010.»
Comme il fallait s’y attendre, le sondage de 2009 montre également une réduction de la rémunération globale des hauts dirigeants. Les PDG sondés ont indiqué une baisse réelle de près de 5 % depuis 2005, et les CA qui occupent d’autres fonctions financières aux échelons les plus élevés ont également vu leur rémunération diminuer depuis 2007. Ces changements témoignent de ce que rapportent les médias ces jours-ci quant au salaire des dirigeants, les pratiques de gouvernance de plus en plus prudentes ayant trait aux salaires des hauts dirigeants financiers des grandes organisations, et l’abandon progressif à long terme des régimes d’options sur actions et autres régimes incitatifs qui mettent l’accent sur les résultats à court terme plutôt que sur la croissance à long terme.
Ian Mason, directeur chez Hugessen Consulting, à Toronto, dit avoir observé que, pour l’ensemble des hauts dirigeants financiers, les salaires sont restés fixes et les primes ont été réduites au cours des 12 à 18 derniers mois. Certaines sociétés ont modifié leurs régimes d’intéressement aux bénéfices en canalisant la plupart des sommes qu’elles ont à verser sous forme de primes vers les éléments les plus performants, ajoute-t-il. «Ceux-ci toucheront une prime beaucoup plus importante que les autres cette année, mais les augmentations de salaire resteront sensiblement les mêmes que par les années précédentes.» De fait, bien que les sociétés situées dans des régions économiquement stables comme le Manitoba ou les provinces de l’Atlantique aient pu maintenir leurs régimes d’intéressement, le sondage témoigne d’une chute abrupte, soit 16,2 %, de la rémunération autre que le salaire de base à l’échelle nationale, laissant supposer qu’à la fin du tour de montagnes russes que nous a fait vivre le marché l’automne dernier, de nombreuses sociétés ont procédé à des réductions en prévision d’une récession.
«Des augmentations plus faibles, de 2 ou 3 % par exemple, ne sont pas inhabituelles», souligne Susan Maynard, associée en vérification au bureau de Toronto de Collins Barrow. Faisant écho aux commentaires de Ian Mason au sujet de la rémunération offerte par ses clients, Mme Maynard souligne que, par les temps qui courent, seuls les employés dont le rendement dépasse grandement les attentes touchent des primes. «Cette situation peut être source de frustration pour certains et il est à espérer qu’elle ne durera pas trop longtemps.» La réduction des primes se trouve exacerbée par le fait que la rémunération autre que le salaire de base a bondi de 34 % entre 2005 et 2007, de sorte que la variation totale depuis 2005 est de près de 50 %. Paul Long précise que la rémunération autre que le salaire de base est plus facile à ajuster que le salaire proprement dit.
Par ailleurs, il semble que la nature même des primes soit remise en question. Essentiellement, depuis le début de la décennie, les primes étaient distribuées au plus grand nombre, reflétant la croissance de l’organisation. Or, Ian Mason souligne que certaines sociétés commencent à relier les primes destinées aux dirigeants financiers à l’atteinte d’objectifs en matière de conformité.
Graham Dodd, premier directeur, Consultation, Capital humain, au bureau de Vancouver de Deloitte, ajoute que bon nombre de sociétés gèrent leurs régimes de primes plus rigoureusement, et veulent récompenser la performance individuelle. «Il faut donc une connaissance plus solide des divers niveaux de performance pour divers rôles tant sur le plan des résultats que de celui du comportement avec les clients ou les collègues.»
Pour ce qui est des avantages sociaux, le sondage révèle que, autant chez les propriétaires que chez les non-propriétaires, il y a eu une légère baisse de la proportion de répondants qui bénéficient de tous les types d’avantages, notamment de régimes d’assurance des soins de santé, d’assurance vie et de retraite, ainsi que de toute la gamme des avantages accessoires comme l’assurance voyage et le stationnement. Ces tendances vont dans le sens d’une tendance généralisée à se serrer la ceinture face à une économie morose, ainsi que du problème posé par les régimes de retraite à prestations déterminées des grandes sociétés.
Comme le signale Ian Cullwick de Deloitte, l’état critique des régimes de retraite a incité les sociétés à plutôt opter pour une certaine hausse des salaires de base, préférant ainsi s’acquitter dans l’immédiat de leurs obligations en matière de rémunération. La résilience apparente des salaires au sein de la profession comptable a incité nombre d’observateurs à réfléchir aux perspectives du marché de l’emploi pour les CA dans les années à venir. Au milieu de la décennie, les grands cabinets se livraient une concurrence féroce pour attirer les meilleurs éléments. La pénurie de comptables hautement qualifiés, l’accroissement des exigences réglementaires et le boom du secteur des ressources dans l’Ouest canadien ont créé une tension sur le marché de la main-d’œuvre. Essentiellement, les jeunes comptables pouvaient «passer leur commande», et les cabinets se livraient à une guerre d’enchères pour obtenir les ressources dont ils avaient besoin.
Aujourd’hui, le marché est stable, et il n’est pas aussi sauvage qu’il l’était vers 2007, au grand soulagement de nombreux cabinets. «Malgré la situation économique, le marché de l’emploi demeure assez solide et vigoureux pour les CA», dit M. Cullwick.
«Les effectifs des cabinets sont bien occupés et la demande pour les CA en entreprise ne s’essouffle pas. La demande reste forte dans les provinces de l’Atlantique», ajoute Mme Wood-Tweel.
Depuis environ un an, les cabinets de petite et moyenne taille dont le volume d’affaires est stable ont pu recruter plus efficacement. «Il y a beaucoup plus de bons candidats sur le marché», indique Susan Maynard. Elle précise que, lorsqu’ils reçoivent une offre salariale ces jours-ci, les candidats sont moins enclins à demander des avantages accessoires, des primes ou un régime de rémunération plus généreux. Cela dit, ajoute Mme Maynard, «les plus performants continuent d’être très bien payés».
Dans certaines régions du pays, comme c’est le cas en Alberta, les universités accueillent plus d’étudiants afin de générer un bassin plus important de diplômés en comptabilité et d’ainsi atténuer la pénurie de main-d’œuvre. En Ontario, un nombre sans précédent de nouveaux comptables se joignent à la profession. Par ailleurs, les variations régionales de l’économie au Canada présentent de nouveaux avantages en matière de recrutement.
À Halifax, Michael Casey indique que son cabinet a attiré des professionnels des provinces maritimes qui étaient partis vers l’Ouest pour tirer parti de la prospérité du secteur pétrolier et gazier, mais qui rentrent maintenant au bercail.
Graham Dodd pense toujours que l’état d’équilibre qui semble avoir été atteint sur le marché de l’emploi pourrait être de courte durée. «Alors qu’on commence à émerger de la récession, il faut que les organisations commencent à s’intéresser plus sérieusement à la question de la fidélisation du personnel. Nous l’avons bien vu par le passé : le risque de perdre du personnel est plus élevé après une récession.»
À Winnipeg, Joel Lazer a vu son cabinet, qui n’a jamais cessé de croître, sortir d’une période d’incertitude avec un aplomb qui semble confirmer que la profession comptable est véritablement à l’abri de la récession. Et une bonne dose d’astuce en matière de gestion, s’exprimant sous la forme d’un régime de rémunération judicieusement conçu, n’a certainement pas nui non plus. «C’est ce qui explique pourquoi nous sommes tous si pleins d’énergie ici. Chacun a le sentiment d’être propriétaire du cabinet.»
John Lorinc est rédacteur à Toronto.