Édition Imprimée
      janvier-février 2010
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Gérer le monstre

Par Marcel Côté

Tous les pays font face aux défis de la gestion de leur système de santé. Certains possèdent une organisation bien structurée, tout comme la France, qui a probablement le meilleur système au monde et un des moins coûteux. Par contre, le système des États-Unis est le plus coûteux au monde, et il est loin des meilleurs sur le plan de la qualité. Le Canada est au-dessus de la moyenne, mais il doit affronter les mêmes défis.

Notre défi
Les soins de santé constituent LE plus important secteur d’activité des pays industrialisés. Selon un article récent du mensuel américain The Atlantic Monthly, depuis au moins dix ans, le quart de la croissance économique aux États-Unis est attribuable à l’augmentation des coûts de santé sans que le bien-être des Américains en soit amélioré. Selon le président Obama, «mieux gérer la santé est avant tout un défi économique».

Le Canada consacre 10 % de son PIB à la santé, un niveau qui serait acceptable s’il n’augmentait pas. Pour éviter de nous enliser dans le même bourbier que les Américains, qui y allouent 17 % de leur PIB, un coup de barre s’impose.

Un régime universel mais non exclusif
Tous les bons systèmes de santé se fondent sur un régime public universel d’assurance maladie. Nous bénéficions de ce grand atout au Canada, mais on lui reproche souvent de limiter fortement la participation des régimes privés complémentaires. Selon les défenseurs de l’exclusivité du régime public, les régimes complémentaires affaibliraient le soutien politique au régime public. Cette affirmation gratuite a malheureusement beaucoup d’influence sur la classe politique.

Un mauvais système de rémunération des médecins
Les deux piliers de notre système de santé sont les cliniques médicales, et les hôpitaux et autres établissements de santé, de véritables désastres sur le plan de la gestion.

Nos médecins sont très compétents et généralement très dévoués, mais leur mode de rémunération à l’acte est totalement dysfonctionnel. Il encourage les abus, décourage le travail d’équipe et la délégation de responsabilités, et maintient la première ligne de notre système de santé dans un état artisanal, ce qui est unique en 2009. C’est là où le bât blesse, comme dans de nombreux autres systèmes de santé au monde.

Le problème est encore pire du côté des hôpitaux. L’administration publique n’est pas conçue pour gérer des activités complexes. Aucun secteur d’activité privé ne serait efficace s’il était soumis aux mêmes contraintes systémiques que les hôpitaux (gratuité des services, monopoles locaux, multiplication des «bonbons» aux employés comme les congés de maladie et la sécurité d’emploi, plafonnement du salaire des cadres, gestion généralement désuète des budgets des immobilisations, etc.). Ce sont les contraintes imposées à ces établissements qui sont insensées.

Il y a deux ans, j’ai fait un petit investissement dans une clinique chirurgicale privée. J’ai ainsi pu observer des facteurs qui minent l’efficacité des établissements publics : l’annulation habituelle des opérations dans la dernière heure des quarts de travail car une règle du Conseil du trésor interdit le temps supplémentaire; la technologie n’y favorise pas une diminution des coûts comme dans d’autres secteurs de l’économie, et les mauvaises pratiques de gestion, qui subsistent à cause de la quasi-absence de sanctions contre les gestionnaires inefficaces. Les conseils d’administration de ces établissements n’ont pas d’autorité réelle. Au privé, les bailleurs de fonds interviendraient à coup sûr.

Il ne s’agit pas de remettre en question nos valeurs sociales, mais de nous assurer qu’elles ne sont pas monopolisées par une coterie idéologique qui maintient dans la médiocrité un secteur crucial pour la société et l'économie canadiennes.


Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.

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