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      octobre 2009
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Les avantages d’un titre professionnel

Par Gus De Franco
Illustration : Susanna Denti

Une étude empirique révèle qu’en général, le titre de CFA renforce la crédibilité des analystes qui le détiennent

Pourquoi obtenir un titre professionnel? Il existe deux écoles de pensée à propos du rôle de la formation et de l’agrément. Axée sur le capital humain, la première reflète l’idée traditionnelle que l’on se fait de l’éducation et qui veut que l’on améliore ses compétences grâce aux connaissances directement acquises dans un programme de formation1,2.

La deuxième école de pensée privilégie la «signalisation» de l’éducation en réponse aux situations où des personnes talentueuses ne peuvent faire la démonstration directe de leur valeur à des employeurs potentiels3,4,5.

Ces personnes obtiennent plutôt des titres de compétences, comme un diplôme d’une université prestigieuse ou une attestation professionnelle difficile à acquérir, qui exige un certain degré de talent, de temps et d’effort, autant pour être admis au programme de formation que pour le réussir. Les employeurs examinent ces diplômes et titres qui témoignent des compétences des candidats (ou «signalent» ces compétences) et engagent ceux qu’ils jugent les plus talentueux. Selon cette théorie, il n’est pas nécessaire d’apprendre; il faut seulement obtenir les attestations reflétant les compétences.

Motivés par ce contexte et par un intérêt pour les analystes vendeurs, nous avons réalisé une étude empirique sur le titre d’analyste financier agréé (chartered financial analyst, ou CFA)6.

Notre objectif consistait à déterminer si les analystes portant ce titre font mieux que les autres. En cas de réponse positive, nous voulions aussi vérifier quelle théorie éducationnelle peut aider à expliquer pourquoi.

Cette étude a été réalisée grâce à l’accessibilité à des données publiques et étoffées sur les analystes financiers, leurs prévisions de résultats annuels et le fait qu’ils détiennent ou non le titre de CFA. L’encart de la page 36 donne un aperçu de notre méthodologie de recherche, y compris les données, les paramètres et les méthodes utilisés.

Le titre d’analyste financier agréé
Selon une définition élargie, les professionnels du placement comprenant les analystes, les gestionnaires de placements, les dirigeants financiers et les comptables peuvent se joindre au CFA Institute. Pour obtenir le titre d’analyste financier agréé, ils doivent réussir une série d’examens et répondre à d’autres critères.

La demande pour cette attestation continue de croître. Selon le CFA In-stitute, il y avait plus de 82 000 détenteurs du titre dans 134 pays et territoires en 2008, comparativement à 10 000 en 1990. Cette année, des dizaines de milliers de candidats se présentent aux examens pour obtenir le titre.

Manifestement, les CFA et les candidats au titre exercent une influence importante au sein des marchés financiers mondiaux et dans les décisions financières des entreprises. Aux États-Unis, les organismes de réglementation ont même octroyé aux CFA un statut spécial. Pour de plus amples informations sur le titre, consultez le site http://www.cfainstitute.org/.

Constatation 1 : Les CFA font un travail plus efficace
Notre étude démontre que, généralement, les CFA émettent des prévisions de résultats plus rapidement que les autres analystes couvrant les mêmes sociétés.

Autre tendance, leurs prévisions sortent davantage des sentiers battus, elles sont plus audacieuses et moins optimistes. Cependant, nous avons aussi constaté qu’en termes de précision, leurs prévisions se situent dans la moyenne, peut-être parce que les autres analystes ont le loisir d’examiner les prévisions des CFA avant d’émettre les leurs.

Toutefois, l’importance économique de ces différences est modeste. En effet, le large échantillonnage de professionnels que nous avons consultés nous permet de dégager des écarts sur le plan statistique, mais la différence en ce qui a trait au rendement réel n’est que de 4 % ou moins.

Il s’agit là d’un aspect intéressant de l’étude, compte tenu des efforts substantiels déployés par les analystes qui souhaitent devenir CFA. Il est possible que ce phénomène signifie tout simplement que l’on vise le titre de CFA afin de combler un certain écart par rapport aux autres analystes.

Après tout, ces derniers auraient pu acquérir des compétences semblables en suivant un programme de maîtrise en administration des affaires ou une formation de comptable agréé ou de CPA. Peut-être possèdent-ils aussi une expérience pertinente et unique dans certains secteurs d’activité. À titre d’exemple, certains analystes détiennent un doctorat ou sont diplômés en médecine. D’autres ont une vaste expérience ou un important réseau de contacts dans un secteur en particulier.

Le fait que les CFA obtiennent de meilleurs résultats que les autres analystes concorde à la fois avec les théories éducationnelles dites du «capital humain» et de la «signalisation». Pour distinguer les effets associés à chacune de ces théories, voyons les constatations suivantes.

Constatation 2 : Les CFA font mieux avant même d’avoir obtenu leur titre
Il a été possible de vérifier à quel moment chaque analyste faisant partie d’un sous-groupe de CFA a obtenu son titre, ce qui nous a permis de mesurer la performance avant la date en question. Ainsi, les prévisions des futurs CFA se sont révélées plus opportunes et plus audacieuses que celles d’un groupe soigneusement apparié d’analystes ne portant pas le titre. Ce résultat est conforme à la théorie de la «signalisation»; les analystes plus talentueux obtiennent l’attestation du CFA Institute dans le but de «signaler» leurs compétences.

Constatation 3 : Les CFA font mieux après avoir obtenu leur attestation
Pour le même sous-groupe de CFA, nous avons comparé le rendement avant et après l’obtention du titre. Nous avons constaté que les CFA ont amélioré l’à-propos de leurs prévisions au cours de cette période, résultat qui concorde avec la théorie du «capital humain». Notre étude démontre ainsi que les candidats ont acquis des connaissances et des compétences nouvelles en finance dans le cadre du programme du CFA Institute, ce qui leur a permis de faire de meilleures prévisions.

Constatation 4 : Les investisseurs réagissent plus fortement aux prévisions des analystes détenant le titre de CFA
Selon notre étude, lorsque les analystes financiers agréés revoient leurs prévisions à la hausse, le cours des actions grimpe davantage que si des non-détenteurs du titre en font autant. De même, les révisions à la baisse des CFA sont suivies de chutes plus marquées des actions.

En d’autres mots, les prévisions des CFA exercent une plus grande influence au sein des marchés. Cette réaction des investisseurs est conforme à la «diplômanie», une variante de la théorie de la signalisation8. Dans ce cas, le titre de CFA sert à faire connaître les compétences de l’analyste aux investisseurs plutôt qu’aux employeurs potentiels.

Il n’est pas facile pour les investisseurs de déterminer quels analystes sont les meilleurs. Puisque le titre de CFA repose sur des examens normalisés, préparés par un organisme unique, il constitue un signal objectif. Les détenteurs du titre en sont d’ailleurs conscients, comme en témoigne la place très visible qu’occupent les lettres CFA en regard de leur nom dans les communications qu’ils adressent aux investisseurs.

Méthodologie de recherche

Données : Les échantillons utilisés englobent 798 272 prévisions annuelles relatives à 4 920 sociétés, émises entre le 1er janvier 1999 et le 31 décembre 2005 par 909 CFA et 2 794 analystes ne détenant pas ce titre. Les informations détaillées sur les prévisions des analystes proviennent de I/B/E/S. Les analystes financiers agréés ont été identifiés par l’utilisation des lettres CFA en regard de leur nom sur la première page de leurs rapports (fournis par Investext).

Paramètres : Nous avons utilisé quatre critères de mesure de la performance. Premièrement, l’à-propos qui, dans la foulée des recherches de Cooper et coll.7, se fonde sur le modèle d’émission des prévisions. Un analyste plus opportun devancera le peloton en interprétant et en analysant les nouvelles plus rapidement que les autres. Au contraire, un analyste moins opportun se retrouvera en queue de peloton, réagissant aux prévisions de résultat des autres ou interprétant les mêmes nouvelles à un rythme plus lent. Deuxièmement, nous avons mesuré la précision des prévisions, qui correspond à la valeur absolue de l’écart entre les prévisions de l’analyste et le résultat réel de l’entreprise. Plus les prévisions s’éloignent de la réalité (à la hausse ou à la baisse), plus elles sont jugées imprécises. Le troisième critère de mesure est le parti pris de l’optimisme dans les prévisions. Par exemple, un analyste émettant des prévisions dépassant de 10 ¢ le bénéfice publié est considéré comme optimiste, relativement plus que celui dont les prévisions excèdent le bénéfice de 5 ¢. La mesure de l’optimisme revêt une importance particulière en raison de la tendance reconnue des analystes à formuler des commentaires positifs. Quatrièmement, nous avons déterminé dans quelle mesure les prévisions d’un analyste s’écartent de celles des autres. Plus elles s’en écartent, plus elles sont jugées audacieuses. En s’éloignant du consensus, les analystes prennent un risque. Par contre, les investisseurs sont susceptibles d’apprécier davantage cette attitude, surtout si l’analyste a raison.

Méthode : En plus de régressions multidimensionnelles, nous avons utilisé un modèle de paires appariées, au moyen duquel nous faisons directement correspondre les prévisions des CFA et des autres analystes concernant la même société, la même période ainsi que le même jour. Les analystes moins doués peuvent très bien attendre une journée afin de répéter les prévisions de confrères plus compétents. Pour cette raison, le paramètre de la journée d’émission des prévisions est particulièrement important.

Mot de la fin
En résumé, notre étude démontre de façon empirique que les analystes détenant le titre de CFA font mieux que les autres analystes, en partie du moins. Ils sont déjà plus talentueux et s’améliorent à mesure qu’ils suivent la formation du CFA Institute. Aussi, nos constatations soutiennent à la fois la théorie éducationnelle du capital humain et celle de la signalisation.

Un phénomène similaire pourrait-il être observé chez d’autres professionnels du placement? Rien n’indique le contraire. Comme nous l’avons vu, le titre de CFA est accessible à des personnes travaillant dans divers secteurs de la finance. L’avantage primordial du titre est qu’il constitue une façon pour les professionnels d’informer les employeurs et les clients de leurs compétences. Cet avantage est plus marqué chez les analystes travaillant dans des secteurs où leur apport est intangible ou utilisé à des fins privées. Lorsqu’un client ne sait pas vers qui se tourner, un titre peut faire toute la différence.

Références
1  J. Mincer, Schooling, experience and earnings, New York, Columbia University Press, 1974.
2  G.S. Becker, Human capital, Chicago, University of Chicago Press, 1975.
3  M. Spence, «Job market signalling», Quarterly Journal of Economics, no 87 (1973), p. 355 à 374.
4
 K.J. Arrow, «Higher education as a filter», Journal of Public Economics, no 2 (1973), 193 à 216.
5  J.E. Stiglitz, «The theory of “screening,” education and the distribution of income», The American Economic Review, vol.  65 no 2 (1975), p. 283 à 300.
6  G. De Franco et Y. Zhou, «The performance of analysts with a CFA designation: The role of human-capital and signalling theories», The Accounting Review, no 84 (2009), p. 383 à 404.
7  R.A. Cooper, T.E. Day et C.M. Lewis, «Following the leader: A study of individual analysts’ earnings forecasts», Journal of Financial Economics, no 61 (septembre 2001), p. 383 à 416.
8  E. Lazear, «Academic achievement and job performance: Note», The American Economic Review, vol. 67, no  2 (1977), p. 252 à 254.


Gus De Franco est professeur adjoint à la Joseph L. Rotman School of Management de l’Université de Toronto. On peut le joindre à cette adresse : Gus.Defranco@Rotman.Utoronto.ca

Christine Wiedman, Ph.D., FCA, occupe le poste de professeure agrégée à la School of Accounting and Finance de l’Université de Waterloo et elle dirige cette rubrique.