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      mars 2009
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Le financement des entreprises

Par Marcel Côté

À l’automne 2008, les marchés financiers se sont écroulés. C’est la conséquence d’une perte de confiance sans précédent dans les rouages de l’économie de marché. Les manchettes ont fait grand état de la crise du marché des prêts interbancaires, déclenchée par la faillite de la banque d’investissement Lehman, qui a amené les banques à payer une prime allant jusqu’à 5 % sur les prêts d’un jour qu’elles se faisaient entre institutions. Ce marché se rétablit lentement.

On a moins parlé des problèmes du marché des titres de créances de sociétés, tant le papier commercial pour financer les fonds de roulement que les obligations finançant le développement des entreprises.

Or, ces marchés ne se sont toujours pas redressés et l’effondrement a une incidence très importante sur l’économie. Il est notamment attribuable à l’incertitude quant à l’ampleur de la récession, à la volatilité des taux d’intérêt et à la mise à l’écart des règles d’affaires traditionnelles, qui ont permis à beaucoup d’entreprises de renier leurs engagements. La confiance des investisseurs a été durement frappée. En outre, la chute du marché des actions a forcé les investisseurs institutionnels à revoir l’équilibre de leurs portefeuilles et à réduire la pondération des titres de créances de sociétés.

Les entreprises laissées pour compte

Les bilans des entreprises étaient sains lorsque la crise a éclaté en 2007. Un grand nombre d’entreprises utilisaient leurs liquidités pour racheter leurs actions. Encore aujourd’hui, dans la plupart des secteurs d’activité, les bilans des entreprises sont encore sains. Néanmoins, la plupart ont très peu accès à de nouveaux capitaux et les valeurs boursières rendent peu attrayant le financement par capitaux propres pour la grande majorité des entreprises.

Devenues frileuses, les banques veulent refaire leur bilan décimé par leurs pertes sur les marchés hypothécaires et sur les marchés des produits dérivés. Il reste très peu de canaux de financement externes pour les entreprises. Dans les secteurs qui comptent beaucoup sur les projets de développement, comme l’immobilier, les ressources et les secteurs à forte croissance, l’incidence est terrible. Sans financement externe, les entreprises doivent diminuer leurs activités. L’importante baisse des investissements privés qui en découle accentuera la récession. Il est illusoire d’espérer que les banques prennent la relève des marchés financiers. Il y a 50 ans, elles possédaient plus de 80 % du marché du financement des entreprises. À l’heure actuelle, cette part ne dépasse pas 20 % , sous l’effet de la désintermédiation de l’épargne.

Supposons qu’une entreprise ait besoin de 400 millions (M)$ pour un projet de nouvelle usine. Jusqu’à l’an dernier, elle aurait obtenu ce financement par des émissions de dette et peut-être par une émission d’actions. Elle aurait ainsi réparti son financement entre des milliers de porteurs.

Ce marché ayant disparu, peut-elle emprunter le 400 M$ auprès d’un syndicat bancaire? On peut en douter. Le risque assumé par chacune des banques participantes est plus élevé que celui qu’auraient assumé les porteurs de créances si la dette avait été écoulée sur le marché, ces derniers étant plus nombreux à se partager le 400 M$. Si l’on multiplie ce constat à des milliers d’exemplaires, on imagine le défi que ce problème posera à l’économie canadienne à l’avenir.

Le gouvernement doit agir

Le gouvernement redonnera de la vigueur à l’économie en relançant les investissements privés. Tant que les marchés de financement des entreprises ne seront pas rétablis, il y aura des problèmes d’injections de fonds dans l’économie.

Il n’est pas simple de relancer un marché. Le gouvernement américain a lancé beaucoup d’initiatives en ce sens. Ottawa doit suivre la même voie. Le laissez-faire n’est pas acceptable, car l’ajustement prendra trop de temps à se faire sentir. Il importe de redonner confiance aux acheteurs de titres financiers et de raviver les marchés financiers.


Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.