Édition Imprimée
      janvier-février 2009
Email    Print    Feedback

Climat et affaires : Ça va chauffer!

Par Stephen Bernhut
Illustration : Mark Stephen

Les questions entourant le changement climatique et le développement durable ont capté l’attention du monde des affaires

On aurait dit une séance de thérapie collective, du genre à inciter quelques membres de l’auditoire à envisager un changement de carrière. Pourtant, il ne s’agissait pas de spectateurs enthousiastes venus éveiller leur puissance intérieure, mais plutôt de comptables qui assistaient à une présentation sur les répercussions du changement climatique sur les affaires. «Habituellement, après une présentation, certains participants me posent des questions bien précises», souligne Patricia Hoyte, analyste en chef de Caiteur Group, société d’étude de marché et de services-conseils en développement durable. «Or, après cette présentation, deux CA sont venus me voir pour me dire qu’ils allaient... abandonner leur carrière pour devenir conseillers en changement climatique.» 

Il fut un temps où le changement climatique était l’affaire de quelques zélés toujours prêts à vous accoster sur la rue pour vous remettre des dépliants imprimés à la hâte. L’information sur le changement climatique est aujourd’hui présentée aux actionnaires dans des rapports sur le développement durable conçus avec soin. Pour certains des dirigeants qui préparent ces rapports, le changement climatique n'a plus rien d’enquiquinant. De nombreuses sociétés voient le changement climatique comme un défi qui, habilement géré, peut leur permettre de se démarquer de la concurrence et de tabler sur des occasions d’affaires. Le changement climatique figure désormais parmi les priorités.

«Le changement climatique aura des répercussions profondes sur les sociétés sur les plans opérationnel et financier, et sa force d’impact variera selon le secteur dans lequel évolue la société, ajoute Patricia Hoyte. Dans le secteur des ressources, comme l’exploitation forestière, l’incidence opérationnelle sera considérable, car elle touchera la chaîne logistique, la production des matières, et donc essentiellement tous les aspects de leur modèle d’entreprise. À l’autre extrémité, se trouve le commerce de détail, qui sera probablement parmi les secteurs les moins touchés.» Sur le plan opérationnel, la volonté et la capacité d’une société d’atteindre ses cibles en matière d'émissions et d’exploiter à son avantage le système de compensation des émissions de carbone, de plafonnement des émissions et d'échange des droits d’émission, ainsi que les taxes sur les émissions carboniques, aura une incidence sur le fait qu’une société décide de s’engager dans un secteur d’activité ou d’en sortir, d’améliorer ses infrastructures, de reconfigurer l’ensemble de sa chaîne logistique ou de partir à la conquête d’un marché étranger.

Sur le plan financier, une société devra, pour se conformer à la réglementation, modifier sa façon de prendre des décisions, de recueillir les données requises sur les émissions et d’en faire rapport, de rendre compte de l’incidence financière de ces données dans ses états financiers, surtout dans les notes complémentaires et le rapport de gestion, et de présenter ces répercussions dans les informations financières fournies.

Enfin, les mesures prises par une société à l’égard du changement climatique auront une incidence indéniable sur sa capacité de mobiliser des capitaux et sur son image (favorable ou défavorable) auprès des investisseurs. «Les sociétés sont de plus en plus passées au peigne fin par des investisseurs qui s’intéressent aux efforts qu’elles consentent en vue de réduire et de contrôler leurs émissions carboniques», précise Bob Willard, auteur établi dans la région de Toronto qui donne des conférences sur la façon dont les sociétés peuvent s’appuyer sur leurs stratégies en matière de développement durable pour accroître leur valeur. «Si elles crachent des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, leur réputation en pâtira et les investisseurs exigeront qu’elles mettent de l’ordre dans leurs affaires. Les démarches de cet ordre sont de plus en plus fréquentes, de la part de parties prenantes, des consommateurs, des fournisseurs et des gros clients, des investisseurs et, bientôt, elles entraveront l’accès aux capitaux, voire menaceront la valeur de marché des sociétés délinquantes. C’est tout le cours de l’action qui est en jeu. Si j’étais chef des finances, je me dirais que la prise en compte du changement climatique est une question d’affaires pure et dure.» À titre d’exemple, Bob Willard mentionne le Carbon Disclosure Project (CDP), une organisation du Royaume-Uni regroupant quelque 400 investisseurs institutionnels représentant 57 billions de dollars d’actifs.

Chaque année, le CDP demande à plus de 3 000 des plus importantes organisations au monde (dont environ 300 au Canada) de mesurer leurs émissions de GES, d’en publier les chiffres et de faire rapport sur les stratégies adoptées quant au changement climatique. «Ce groupe très influent peut décider que vous représentez un investissement à risque si vous n’adoptez pas une attitude proactive à l’égard du changement climatique. On est loin de l’écolo vous abordant dans la rue pour vous sermonner. Les investisseurs sont coriaces et ce qui leur importe, c’est la valeur de leur investissement.»

Michael Jantzi, dont la société, Jantzi Research, évalue et surveille la performance sociale et environnementale des sociétés, affirme : «La plupart de nos clients sont en position acheteur. Il s’agit d’investisseurs institutionnels qui veulent savoir, par exemple, si une société gère judicieusement son bilan carbone. Ils ne s’intéressent qu’à l’aspect investissement. Ils veulent savoir si, compte tenu de la façon dont elle gère son bilan carbone, une société représente un placement sécuritaire ou risqué. Par exemple, des sociétés comme Suncor ont déjà établi des normes de reddition de comptes transparentes sur d’autres aspects du développement durable. Leurs rapports sur les changements climatiques donneront aux investisseurs une idée très claire de la manière dont elles gèrent leur bilan carbone.» En revanche, les rapports d’autres sociétés ne sont pas transparents. «Il est [alors] impossible pour un investisseur de déterminer comment la société gère son bilan carbone. Il est un autre indicateur plus récent du sérieux avec lequel le milieu des investisseurs s’intéresse au changement climatique. Il s’agit du nombre d’analystes en position vendeur qui tiennent désormais compte de la performance de la société sur le plan du développement durable dans leurs recommandations. Cela donne une idée de l’incidence que le changement climatique peut avoir sur les sociétés.»

Lorsqu’elle s’est immiscée dans la conscience publique il y a environ 20 ans, la question du réchauffement climatique n’avait aucune incidence stratégique. Les organismes privés et publics y accordaient si peu d’attention et d’énergie que Sir Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale et auteur d’un rapport sur l’incidence du changement climatique sur l’économie mondiale présenté au gouvernement britannique en 2006, avait alors écrit que le changement climatique représentait le dysfonctionnement du marché le plus grand et le plus étendu que nous ayons jamais vu. S’il pensait à la tendance de certains à se traîner les pieds, alors le Canada figure parmi les chefs de file.

Ce n’est qu’en 2007 qu’une loi a été adoptée en vue de contrôler les émissions de GES des sociétés au Québec et en Alberta. Et  la même année, Ottawa a annoncé ses lignes directrices et objectifs en matière d’émissions, exigeant des sociétés qu’elles réduisent leurs émissions de GES de 20 % d’ici 2020. Au Canada, le secteur industriel, à 52 %, et le secteur des transports, à 25 %, sont les deux principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. En outre, certaines provinces se sont jointes à des groupes comme la Western Climate Initiative (quatre provinces et sept États), et certaines sociétés doivent se conformer à la réglementation en vigueur dans plusieurs ressorts territoriaux au Canada et dans les pays étrangers où elles exercent leurs activités. De nombreuses sociétés sont dans l’embarras et espèrent que le gouvernement fédéral adoptera bientôt des lois qui s’inscriront dans la foulée des autres lois déjà en vigueur.

L’incertitude ne justifie nullement l’inaction, selon une observatrice. «Vous avez déjà accès à beaucoup d’informations pour prendre des décisions très réfléchies et prudentes», souligne Patricia Koval, associée chez Torys à Toronto et coprésidente du groupe spécialisé en changement climatique au sein du cabinet. «Une société peut d’abord évaluer ses coûts en carbone. Sera-t-elle ou non en conformité avec les régimes de réglementation en vigueur là ou elle fabrique ou vend ses produits et services, et sera-t-elle touchée par les régimes réglementaires dans les territoires où sont établis ses principaux fournisseurs? Ensuite, pourra-t-elle établir son bilan carbone et réduire ses émissions pour améliorer ses affaires, surtout sur les plans de la réputation et de la position concurrentielle? Le changement climatique est une incroyable source d’opportunités, mais aussi de risques. La haute direction doit cerner certaines de ces opportunités et déterminer si la société pourra les exploiter.»

Le changement climatique : une affaire risquée

Pendant que les sociétés patientent et tentent de deviner en quoi consisteront les lignes directrices et la réglementation définitives du gouvernement fédéral, les gestionnaires peuvent commencer à se préparer en évaluant le risque global auquel leur société est exposée sur le plan climatique. «Cette évaluation reposera sur un certain nombre de facteurs, dont le principal est sans contredit le risque lié à la prolifération des mécanismes de contrôle des émissions de GES applicables ou en voie de l’être, notamment les objectifs de réduction de l'intensité des émissions, le plafonnement des émissions et les taxes sur les émissions carboniques», de dire Patricia Koval, associée chez Torys à Toronto, et coprésidente du groupe spécialisé en changement climatique au sein du cabinet.

«Pour une société, le coût de la conformité, particulièrement lorsqu’il existe plusieurs paliers de réglementation (par exemple les régimes d’émissions de GES et les taxes sur les émissions carboniques des gouvernements fédéral et provinciaux) issus de plusieurs ressorts territoriaux (y compris les autres pays où une société détient des actifs, exerce des activités ou vend des produits ou dans lesquels se trouve sa chaîne logistique), peut être significatif.»

D’ajouter Mme Koval, qui est également présidente du World Wildlife Fund (Canada) : «La direction doit évaluer les risques connexes, notamment le risque physique, ou l’exposition potentielle des actifs et biens immobiliers de la société aux dommages pouvant résulter des effets météorologiques du changement climatique; le risque de litiges résultant, par exemple, de blessures corporelles ou de dégâts matériels causés par le défaut présumé de la société d’adapter ses biens ou ses actifs aux effets du changement climatique; les risques sur les plans de la réputation et de la concurrence découlant de la perception qu’ont les clients des mesures prises par la société ou de son inaction face au changement climatique; et le risque lié au financement, qui découle du fait que le processus décisionnel des investisseurs et bailleurs de fonds fait intervenir leur appréciation du risque climatique auquel la société est exposée.»

«La solution facile pour une société, c’est de prendre, dès maintenant, une telle avance qu’elle n’aura plus à se soucier de la réglementation, parce qu’elle sera allée bien au-delà, souligne Bob Willard. Il faut passer à l’action. Tenir pour acquis que la réglementation sera adoptée et que l’on devra engager des coûts. En tant que gestionnaire avisé et prévoyant, on réduit sa dépendance aux combustibles fossiles. Et l’on commence à scruter sa chaîne logistique, ses déplacements (particulièrement par avion). On dresse un bilan carbone et on commence à y travailler.» L’élaboration de scénarios peut également se révéler utile en attendant que la réglementation se précise. «En dernière analyse, les systèmes de réglementation adoptés dans différents pays présenteront peut-être de fortes similitudes», avance Pat Concessi, associée et leader du groupe mondial, changement climatique, de Deloitte. «Nous aidons nos clients à élaborer un éventail de scénarios pour les aider à se faire une idée de la fourchette des coûts impliqués. Aucun de ces scénarios ne repose sur l’hypothèse que les sociétés pourront continuer d’émettre du dioxyde de carbone sans en payer le prix.»

Un autre type d’incertitude aura des répercussions sur la façon dont une société présente son information financière. «Les sociétés ne peuvent peut-être pas quantifier l’incidence de certains changements climatiques sur leur bilan, souligne Patricia Hoyte, mais elles ne veulent pas non plus que leurs états financiers reposent sur des hypothèses peu fiables. Si elles ne peuvent analyser les chiffres pour en établir l’incidence exacte, elles devraient néanmoins pouvoir l’expliquer dans les notes complémentaires ou dans le rapport de gestion. Dès qu’elles auront accumulé les informations nécessaires et dégagé les tendances, elles présenteront des estimations raisonnables, si bien que, dans quelques années, elles fourniront des informations quantitatives sur la question.

«Prenons le cas du dendroctone du pin ponderosa et des ravages causés par cet insecte dans les forêts de la Colombie-Britannique. Les répercussions sont considérables sur l’approvisionnement actuel et futur en bois d’œuvre. Les sociétés voient un lien direct entre la propagation de cet insecte et le changement climatique. Or, on ne trouve encore, au bilan de la plupart des sociétés, aucune indication qui puisse déterminer les conséquences financières du phénomène. Le public et les parties prenantes ne demandent pas encore cette information, mais c’est une question de quelques années.» Le changement climatique influe également sur les activités internes des sociétés. «La plupart des sociétés n’ont pas les systèmes de TI nécessaires pour comptabiliser leurs émissions et en rendre compte de façon exacte et exhaustive», précise Christine Schuh, associée déléguée et leader du groupe canadien spécialisé en changement climatique de PricewaterhouseCoopers à Calgary. «Elles n’ont pas l’infrastructure nécessaire pour bien gérer ce genre de données. Le système financier a évolué et elles ont besoin d’une base de données intégrant des contrôles financiers appropriés. Dans la plupart des cas (mais pas tous), les données sur les GES sont accumulées dans des feuilles de calcul électronique qui ne fournissent pas un support particulièrement sécuritaire ou solide. Du coup, lorsqu’il s’agit de présenter cette information qui, tôt ou tard, aura une valeur monétaire, la société ne dispose pas des contrôles de gestion de données nécessaires pour fournir le degré d’assurance requis, en raison des limitations des feuilles de calcul. Quand nous aidons une société à trouver un bon système de TI, nous nous assurons de contrôles appropriés sur les plans de la sécurité et de la gestion des données. Nous recherchons des plateformes conviviales qui s'interfacent bien avec les systèmes d’exploitation, pour que l’utilisateur surveille certains paramètres comme la production. Il existe de nombreux progiciels, mais aucun ne domine le marché. Ce sera comme pour les systèmes financiers :  il existe quantité de solutions TI, mais pour trouver celle qui nous convient, on doit déterminer l’usage qu’on en fera.»

Le chef des finances devrait être l’ultime responsable de l’information sur les émissions, et de toutes les autres obligations d’information concernant le changement climatique. «Les exigences deviennent plus rigoureuses quant aux informations à fournir sur les changements climatiques, et la responsabilité en est confiée directement au chef des finances», précise Alan Willis, consultant indépendant en matière de gouvernance et de développement durable. «Lorsqu’une société examine ses options afin de s’adapter aux effets et répercussions actuels et prévus du changement climatique, elle doit se pencher sur l’aspect financier. Le chef des finances et son personnel doivent faire des estimations et analyser les répercussions, pour ensuite informer et conseiller la direction.»

Les changements climatiques auront une incidence d’un autre ordre sur le chef des finances : «Il devra sortir plus souvent de son bureau et discuter avec le personnel des divers secteurs opérationnels de la société, soutient Patricia Hoyte. Les entreprises ont besoin de directeurs financiers prêts à les aider à démêler l’écheveau du changement climatique, à dégager les détails pertinents, et à en projeter l'incidence financière pour la société. Déjà, les services responsables des questions environnementales au sein des sociétés s'expriment comme des comptables et des directeurs financiers parce que leurs services des finances ne s’y intéressent même pas. On a donc des spécialistes de l’environnement qui discutent comptabilité des émissions de carbone alors qu’ils ne le devraient pas. Le chef des finances doit prendre conscience qu’il doit jouer ce rôle.» Pour expliquer le détachement observé chez le chef des finances, on peut constater la propension de plus en plus grande, chez les administrateurs et hauts dirigeants, à participer aux discussions et aux décisions sur le changement climatique. De nombreux dirigeants ont commencé à s’intéresser plus sérieusement au changement climatique il y a environ dix ans, lorsque les sociétés ont recruté des responsables du «développement durable», en partie en réaction à la réglementation fédérale et aux normes sectorielles. Ces responsables ont produit des rapports sur le sujet, souvent inclus dans le rapport annuel de la société, et qui faisaient état de sa performance et des mesures prises en environnement et en responsabilité sociale. Aujourd’hui, de nombreuses sociétés produisent un rapport distinct sur le développement durable. D’autres, comme Suncor, produisent même un rapport distinct sur le changement climatique. L’inclusion, au sein de l’équipe de direction, de dirigeants se consacrant au développement durable et à des disciplines connexes témoigne également de la considération accordée désormais au changement climatique. De nombreux sondages et rapports démontrent que le changement climatique est pris au sérieux. Un sondage du CDP mené en 2006 auprès de 280 sociétés canadiennes et publié par le Conference Board du Canada a révélé que 65 % des répondants ont porté la question du changement climatique à l’attention du conseil, confiant aux administrateurs la responsabilité de surveiller ses risques stratégiques. Près de 75 % des sociétés ont confié la gestion de ce risque à un haut dirigeant ou à l’équipe de direction.

L’analyse de rentabilité du développement durable
(et du changement climatique)

Il va sans dire que le changement climatique fait des sceptiques, allant de ceux qui qualifient les arguments avancés de «pseudo-science» jusqu’à ceux qui rejettent en bloc tout ce qui peut être assimilé de près ou de loin au «développement durable».

Certains de ces sceptiques n’ont probablement jamais rencontré Bob Willard, un auteur qui aide les sociétés à éviter les risques et à saisir les opportunités qui se présentent en matière de développement durable. «J’ai examiné environ 200 cas», précise Bob Willard, qui a obtenu son doctorat en développement durable il y a trois ans et occupé divers postes de direction chez IBM sur une période de 34 ans. «Selon mes recherches, les grandes sociétés qui intègrent des stratégies de développement durable dans la trame de leurs activités peuvent accroître leurs bénéfices d’au moins 38 % sur cinq ans, et les PME, d’au moins 66 % sur la même période. Le fait d’assumer ses responsabilités sur les plans social et environnemental n’entrave pas la réussite commerciale. Bien au contraire, il la stimule, car il permet d’éviter des risques et de rehausser les bénéfices. De plus, l’environnement et la société profitent tous deux des activités commerciales et des produits d’une entreprise responsable. Il s’agit d’une situation gagnant-gagnant.

«Vous vous demandez d’où vient l’augmentation des bénéfices? Je m’explique. Jusqu’ici, l’analyse de rentabilité du développement durable a manqué de vision. L’analyse était beaucoup trop étroite, s’intéressant presque exclusivement aux économies réalisées sur les plans de l’énergie, de l’eau, des matières premières ou de la gestion des déchets. L’écoefficacité, c’est important, mais les économies sur les plans du commerce et de la fabrication ne sont que deux sources possibles parmi les sept sources d’avantages possibles pour une entreprise. Le secteur des ressources humaines à lui seul regroupe trois sources d’économies potentielles, soit la réduction des coûts de recrutement, la réduction des coûts liés à l’érosion des effectifs et l’accroissement de la productivité du personnel. Ces trois types d’économies surviennent lorsque les valeurs des employés actuels et potentiels trouvent écho dans les valeurs de la société, en ce sens que ces employés sont fiers d’être au service d’une société qui contribue de façon responsable à la société et à l’environnement.

«La sixième source d’avantages est l’accroissement du chiffre d’affaires. Les consommateurs votent avec leur portefeuille lorsqu’ils choisissent de faire leurs achats auprès de sociétés se comportant en bonnes citoyennes et de nouveaux marchés se créent pour des produits et services novateurs. La septième et dernière source d’avantages réside dans les primes d’assurance et les taux d'intérêt légèrement plus avantageux offerts par les sociétés d’assurance et les banques, qui estiment qu’une société responsable présente un meilleur profil de risque. Lorsque les sept sources d’avantages sont quantifiées dans le cadre d’une analyse de rentabilité globale, on saisit immédiatement pourquoi il faut passer à l’action.»

Le carbone (comptabilisation de son utilisation, émissions et coûts) permet aux comptables de jouer un rôle plus important. Ils devront notamment estimer les risques commerciaux des contraintes futures liées au carbone et leurs répercussions probables sur la performance de l’entreprise et la valeur actionnariale. Ils devront aussi : élaborer des outils de comptabilité standard intégrant les émissions de GES et les crédits connexes dans le bilan ou le passif; élaborer des outils quantitatifs quant aux risques liés au carbone dans les cotes de crédit; évaluer l’incidence de l’évolution des tendances de l’offre et de la demande de carbone sur l’approvisionnement en énergie de la société; établir des paramètres pour les études de faisabilité sur la mise en œuvre de mesures de réduction des émissions carboniques et, enfin, publier des lignes directrices sur la comptabilisation des émissions de GES dans la planification fiscale et la gestion des risques.

Au Royaume-Uni, un sondage mené en 2007 par la banque d’emplois JustAccountancyJobs.com a révélé que 85 % des 180 professionnels de la finance sondés ont dit qu’ils devraient un jour calculer la compensation des émissions de carbone de leur entreprise.

L’ICCA a publié des lignes directrices sur l’information à communiquer sur le changement climatique et d’autres questions d'environnement. Pour plus de renseignements sur les initiatives de l’ICCA en matière de changement climatique et de développement durable, allez à http://www.icca.ca/index.cfm/ci_id/44373/la_id/2.htm. Les deux documents les plus récents, Améliorer son rapport de gestion : Information à fournir sur le changement climatique et Note aux cadres supérieurs se trouvent sur le site de l’ICCA (www.icca.ca).


Stephen Bernhut est rédacteur pigiste établi à Toronto.

100 ans - 1911-2011 - CAmagazine

Annonces classées

Calendrier des activités