FINANCES PERSONNELLES
+ L’achat d’une propriété aux États-Unis
+ Inquiétudes post-emploi
+ Plus
PME
+ En mode survie
+ 10 services valeur ajoutée
+ Marchés étrangers
+ La juste evaluation
+ Faire croître ma PME
+ Vos actifs à la rescousse
+ Plus
IFRS et ISA
+ Sept normes côte à côte
+ Normes canadiennes d'audit
+ Pour réussir le passage obligé
+ Plus
TECHNOLOGIES
+ Systèmes CRM
+ Gestion de performance
+ Enquête 2009 sur les logiciels
+ Plus
LIEU DE TRAVAIL
+ Profession plurielle
+ La RSE : vraiment gagnante
+ Santé et productivité
+ Prévention de la fraude
+ CV chronologique gagnant
+ Gare aux fausses notes
+ Générations et objectifs
+ Les primes gardent la cote
+ Plus
ÉTUDIANTS CA
+ Certifié entreprise
+ Destination: CA
EXPERTISE
+ Les prix de transfert
+ Plus
Par Marcel Côté
La crise financière de 2008 nous rappelle la fragilité des marchés. L’écroulement des marchés financiers à l’échelle planétaire et les failles apparues dans la crise sont une grande leçon d’économie.
Les marchés sont un mécanisme d’allocation de ressources, ne fonctionnant bien que sous certaines conditions.
Ils peuvent échouer et il est rare qu’ils fonctionnent aussi bien que la théorie le voudrait, car il y a toujours des conditions déficientes : manque d’information, confiance insuffisante, coûts de transaction, barrière à la sortie, etc. Vous n’avez qu’à examiner vos relevés de banque ou vos factures de téléphone pour constater, par la multiplication des frais, que les fournisseurs de services exploitent les failles du «libre marché» afin d’augmenter le prix de leurs services. Malheureusement, le marché est devenu une idéologie.
Protégés par les vertus mystérieuses dont se drapent les idéologies, les marchés sont trop souvent manipulés, permettant les pires excès. De plus, trop souvent, les remises en question des marchés faiblement réglementés sont perçues comme des attaques à la liberté des personnes. Les idéologues du libre marché soutiennent que «le marché ne se trompe pas» et «qu’on devrait le laisser tranquille».
Sous le couvert de cette protection, Alan Greenspan a laissé les marchés financiers se développer sans entraves, et sans véritable cadre. Les marchés des produits financiers dérivés exigent, pour bien fonctionner, de l’intégrité, de la transparence et de l’imputabilité. Ils ont pu atteindre plusieurs milliards de dollars en valeur, alimentés par le marché des hypothèques sub-prime. Ceux qui demandaient une réglementation plus sévère se faisaient lancer la formule magique : «Le marché va se débrouiller.»
Il n’y a pas qu’Alan Greenspan qui s’est trompé. Des millions de gens partagent cette idéologie qui trouve ses racines dans le modèle néo-classique de l’économie, développé il y a une centaine d’années. Ce modèle du fonctionnement de l’économie conclut que le libre marché est le meilleur système d’allocation des ressources pour maximiser le bien-être collectif d’une société. Toutefois, les fondations théoriques de ce modèle sont de plus en plus attaquées. Ses hypothèses paraissent irréalistes et la concurrence de prix que le modèle postule n’est pas le moteur d’équilibre qui assure la performance des marchés. L’économie n’est pas un système recherchant l’équilibre, comme le croient les idéologues du libre marché. Il s’agit plutôt d’un système en continuelle évolution, selon le modèle de Darwin.
Un nouveau modèle de l’économie est en développement, structuré autour de la volonté des entreprises de survivre en éloignant la concurrence grâce à la différentiation continue de leurs produits, alimentant ainsi l’économie, l’innovation et la croissance. Sous la poussée continue de cette recherche de différentiation, les marchés sont constamment déséquilibrés et doivent donc être réglementés pour fonctionner. Cette nouvelle façon de voir l’économie ne conclut pas que les marchés fonctionnent nécessairement dans le meilleur intérêt de la société et qu’ils peuvent tout régler. D’où la nécessité, de temps à autre, d’interventions gouvernementales intelligentes, pour aligner les marchés avec le bien commun. Ce qui ne veut pas dire que ces interventions sont toujours correctes, mais les marchés ne le sont pas plus.
Les paradigmes ont la vie dure. Près de 150 ans après Darwin, le créationnisme a toujours beaucoup d’adeptes. Cela prendra du temps pour remplacer l’idéologie du «libre marché». Ses fondements théoriques sont en ruine et les crises comme celle que nous venons de vivre laisseront leurs marques. L’économiste John Maynard Keynes a écrit que les peuples étaient souvent les esclaves intellectuels d’économistes décédés. Lorsqu’un politicien déclare qu’il faut laisser jouer les forces du marché, demandez-vous s’il n’est pas prisonnier du passé ou esclave d’une idéologie en faillite.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.