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Par Marcel Côté
La plupart d’entre nous voyageons fréquemment en avion et nous devons composer avec les systèmes kafkaïens de contrôle de sécurité aux aéroports. Ce que nous ignorons, c’est que du côté des employés, les aéroports sont de véritables passoires, facilement infiltrées par le crime organisé, comme en faisait foi une récente enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Tout le système de contrôle de sécurité des passagers n’est qu’une belle mascarade, qui a peu d'incidence sur la lutte au terrorisme.
En mai 2007, je dénonçais dans cette chronique l’inutilité des mesures de sécurité qui n’offrent qu’une illusion très coûteuse de protection contre un terrorisme qui n’existe plus dans les avions. Depuis que l’on a verrouillé la porte des cabines de pilotage, il est impossible de commettre des détournements d’avion en plein vol. Il est devenu totalement inutile de contrôler les objets qu’un passager pourrait apporter avec lui dans un avion, tout comme on n'effectue pas ce contrôle dans les trains.
Pourtant, on ne cesse pas d’imaginer des attaques spectaculaires, et ce, malgré les contrôles en place! Un terroriste pourrait par ailleurs louer un appareil de type Challenger, le bourrer d'explosifs, et prendre pour cible le Parlement du Canada, la Tour Eiffel ou l’édifice des Nations Unies à New York. Des terroristes pourraient aussi infiltrer le périmètre de sécurité de l’aéroport Pearson de Toronto avec la complicité du crime organisé, déposer une bombe dans un avion, et la faire sauter en plein vol.
Comme l’a démontré le journaliste Jeffrey Goldberg, dans un article publié en 2008 dans le magazine Atlantic Monthly, les terroristes peuvent facilement contourner le système de contrôle actuel destiné aux passagers. Les terroristes ne s’intéressent plus aux avions depuis que les cabines de pilotage sont verrouillées, mais ils optent aujourd’hui pour des cibles beaucoup plus accessibles, comme le transport en commun en particulier (Londres, Madrid, Tokyo, Paris et Israël), les voitures piégées (Liban, Irak, Israël), les rassemblements (Inde), les lettres piégées (États-Unis), etc. Aucune de ces cibles ne fait l’objet d’une surveillance, mais on se sent néanmoins en sécurité. Pourquoi? Simplement parce qu’il y a beaucoup moins de terroristes que veulent bien nous le laisser croire les bureaucrates de la sécurité. Les probabilités d’une attaque terroriste sont infinitésimales, surtout en plein ciel.
Il y a une façon intelligente de se protéger du terrorisme en s’attaquant au problème à la source grâce aux actions préventives des services policiers spécialisés comme la GRC et le FBI, de même qu’en démasquant et en contrôlant les cellules terroristes. On le fait assez bien dans tous les pays industrialisés. Le Canada surveille de près les groupes terroristes et ça n’a rien à voir avec la sécurité dans les aéroports. Pourquoi alors conserver dans les aéroports cette mascarade qui ne sert qu’à importuner les voyageurs et à augmenter les coûts? Pourtant, les responsables de la sécurité n’ont aucune intention de modifier leur façon de faire. Les contrôles dans les aéroports se resserrent d’année en année, sans plus de résultats. On songe même à les étendre aux gros avions privés. En somme, on veut pousser l’illusion plus loin.
Qui sont les véritables imbéciles derrière cette folie? Est-ce que ce sont les milliers de gardes-chiourme qui nous demandent de retirer nos chaussures et insistent pour que nous mettions dans de petits sacs transparents notre pâte dentifrice, sous peine de nous arrêter et de nous expulser de l’aéroport ? Ou est-ce que ce sont leurs grands patrons à Ottawa, ces sous-ministres et ministres qui établissent cette règle et coordonnent béatement leur village Potemkine avec leurs homologues à Washington, à Londres et à Paris? Ou encore est-ce que ce ne sont pas les centaines de milliers de Canadiens qui, comme vous et moi, acceptent ces petites humiliations chaque fois qu’ils prennent l’avion, et qui se croient néanmoins en sécurité en empruntant le métro ou en assistant à un match de hockey?
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.