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      septembre 2008
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Le vérificateur interne vérifié

Par Yves Giard + Massimo Cecere
Illustration : Blair Kelly

La récente norme de l’IVI comporte de nombreux avantages pour tout service de vérification interne

Le 1er  janvier 2007, l’Institut des vérificateurs internes (IVI) a adopté une norme exigeant que les services de vérification interne procèdent à une évaluation externe de leur service. Les services de vérification interne nouvellement créés ont un délai de cinq ans pour être l’objet d’une première vérification. Par la suite, l’évaluation est nécessaire tous les cinq ans.

Selon l’IVI, dans 95 % des cas, ce sont les responsables du service de vérification interne qui commandent l’évaluation, étant donné la valeur ajoutée et les nombreux avantages d’une telle évaluation.

Principaux avantages

1-Confirmer la rigueur du service auprès du comité de vérification et des actionnaires - L’exercice proposé constitue l’équivalent d’apposer un certificat de bonne santé justifiant, pour les dirigeants de l’entreprise, de la rigueur des méthodes et moyens utilisés par le service de vérification interne. L’évaluation recommandée vient aussi renforcer la conviction du comité de vérification selon laquelle le service de vérification interne se conforme aux normes professionnelles qui font autorité dans le domaine. Les Normes pour la pratique professionnelle de la vérification interne recommandées par le cadre conceptuel de l’IVI énoncent aussi des directives générales quant à l’institution de méthodes de mesure du rendement du service. De telles mesures peuvent prendre la forme de ratios présentant la proportion des recommandations mises en place par les unités d’exploitation, des dossiers menés à terme dans le respect des délais et des budgets prévus, ou des dossiers révisés qui se sont révélés conformes aux normes établies par le service de vérification interne.

2-Renforcer la crédibilité du service auprès de la direction et des unités d’exploitation - Le service de vérification interne doit aussi démontrer qu’il a un souci d’efficacité, d’efficience et de transparence. L’attestation par un tiers indépendant démontre que ce service se conforme au même degré de rigueur que les divisions ou services soumis à ses vérifications.

L’exercice d’évaluation prouve également aux unités d’exploitation que le service de vérification interne prêche par l’exemple. Il n’est d’ailleurs pas rare d’entendre une personne interpeller le vérificateur interne lors d’un mandat de vérification en disant : « Et vous, les vérificateurs internes, qui vous vérifie?»

La réponse à cette question pourrait provenir en partie des gestionnaires et des dirigeants de l’entreprise. Dans le cadre de l’appréciation périodique de la qualité des services de vérification interne, le recensement des appréciations de la direction de l’entreprise en constitue un élément essentiel. Cette mesure du niveau de satisfaction des services de vérification interne est aussi un des éléments préconisés par le cadre conceptuel de l’IVI.

L’évaluation des pratiques par un tiers indépendant mesure la qualité des services et cible des secteurs où il pourrait y avoir des améliorations, notamment sur l’organisation du service, la nature, la fréquence et le contenu des rapports, la cohérence des évaluations effectuées par le service de vérification interne et les risques assumés par l’organisation, la qualité et le degré d’expertise du personnel utilisé, la formation qui leur est dispensée ainsi que le soutien méthodologique qui leur est offert. Autant de secteurs et de mesures qui permettront au service de vérification interne d’identifier des éléments à incorporer à ses orientations stratégiques.

3-Être à l’affût des meilleures pratiques et des nouvelles normes - L’évolution du monde de la vérification interne depuis les dernières années est particulièrement notable. Les responsables du service de vérification interne sont surchargés par les projets qu’ils chapeautent, notamment le respect de la Loi 198, la vérification opérationnelle, la gestion du risque, la vérification informatique et la vérification d’optimisation des ressources, secteurs où les normes et les meilleures pratiques changent fréquemment. L’évaluation des services de vérification interne par un tiers indépendant corrobore le degré d’actualité et de conformité des méthodes et des outils de travail utilisés par le service faisant l’objet de l’évaluation, et apporte des recommandations en ligne avec les meilleures pratiques.

4-Atteindre les plus hauts standards de qualité - L’attestation mobilise l’ensemble des ressources du service de vérification interne pour atteindre des standards de rendement de niveau supérieur. Les vérificateurs internes bénéficieront du fait qu’ils travaillent pour un service de vérification interne ayant fait l’objet d’une telle attestation. La motivation des ressources humaines du service devrait être un objectif essentiel de l’évaluation pour la direction des services de vérification interne.

5-Obtenir une opinion indépendante - L’ensemble de l’évaluation repose sur une appréciation par un tiers indépendant. Cette personne ou cet organisme pourra provenir d’un autre service de vérification interne ayant lui-même atteint les standards reconnus de vérification interne ou d’un cabinet bénéficiant d’une expertise reconnue en matière de vérification interne.

La vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, s’est elle-même soumise à une évaluation indépendante effectuée par un groupe d’experts internationaux, formé de représentants des bureaux de vérification législative du Royaume-Uni, de la Norvège, de la France et des Pays-Bas. Il a livré un rapport sur les pratiques du Bureau du vérificateur général du Canada en matière de vérification d’optimisation des ressources. Ces experts ont utilisé, comme critère de référence pour les travaux de vérification d’optimisation des ressources, les normes applicables de vérification de l’Institut Canadien des Comptables Agréés, la Loi sur le vérificateur général et les normes de pratique de la vérification d’optimisation des ressources établies par le Bureau du vérificateur général.

On connaît la qualité des services rendus par la vérificatrice. L’attestation par un tiers indépendant des services de vérification d’optimisation des ressources démontre le souci du Bureau de se soumettre à une évaluation de la qualité des gestes qu’il pose. Sheila Fraser est aussi soumise à des vérifications internes, ce qui renforce sa crédibilité.

«Nous nous prêtons également à un exercice similaire depuis quelques années. Tous les trois ans, le Comité de vérification de la société désigne un examinateur externe indépendant pour analyser les opérations et les activités de son unité de vérification interne. Cette démarche d’assurance qualité est conforme au mandat du vérificateur interne d’Hydro-Québec. L’exercice vise à assurer les membres du comité de vérification que les opérations et les activités de vérification interne sont réalisées en conformité avec les normes professionnelles de l’Institut des vérificateurs internes. La troisième revue d’assurance qualité a récemment été réalisée par un grand cabinet d’experts-comptables. Les deux précédentes évaluations avaient été confiées à l’Institut», rapporte pour sa part le vérificateur interne d’Hydro-Québec, Élie Rabat.

De façon générale, indépendamment de la taille de l’entreprise, il faut consacrer le temps nécessaire pour se préparer à une évaluation du service de vérification interne. La préparation de l’évaluation s’effectue en plusieurs étapes. Il pourrait être avantageux de s’adjoindre des ressources ayant de l’expérience de démarches similaires pour bien cerner les enjeux à traiter.

Planification

La phase de planification est très importante. Comme il s’agit d’un exercice parallèle au programme de vérification normal, il faudra consacrer suffisamment de ressources à ce programme. L’exercice de planification pourrait correspondre à un exercice d’autoévaluation où l’équipe de vérification porte un jugement sur elle- même et mesure les écarts par rapport aux standards recherchés.

Les ressources et le plan de travail relatifs à cet exercice devraient être incorporés à la planification annuelle et au budget du service comme tout autre projet de vérification interne. Le choix de l’évaluateur devra être fondé sur ses compétences à l’égard du secteur d’affaires de l’entreprise et de l’industrie, avant de mesurer ses compétences sur le plan des techniques de vérification. Même si une partie des services de vérification interne est rendue par une société externe, dans tous les cas, l’exercice de vérification devrait être fondé sur une vérification indépendante, même si la planification peut avoir constitué un exercice d’autoévaluation.

Évaluation par un tiers

Avant de procéder à l’évaluation par un tiers indépendant, on devra s’assurer d’avoir corrigé les lacunes identifiées lors de l’exercice d’autoévaluation. À ce titre, l’organigramme de la société et du service de vérification interne, le type d’évaluation, les dates de démarrage et de soumission des dossiers, les efforts fournis, les ressources utilisées, les dossiers justificatifs et les rapports de vérification déposés comptent parmi les éléments de l’évaluation effectuée par le tiers indépendant.

L’attestation par un tiers indépendant du service de vérification interne est un exercice ambitieux, mais qui ne peut que contribuer positivement à l’évolution de l’équipe de vérification interne et de l’entreprise qu’elle représente.


Yves Giard, CA, est consultant principal au bureau montréalais du cabinet RSM Richter.

Massimo Cecere est directeur, Services conseils en gestion de risques au bureau montréalais du cabinet RSM Richter S.E.N.C.R.L.

Yves Nadeau, CA et associé, Certification et Services conseils en gestion des risques au même bureau montréalais de RSM Richter, dirige cette rubrique.