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Par Marcel Côté
Un mythe largement répandu veut que nos sociétés occidentales se dirigent vers une importante crise sociale en raison du vieillissement de la population et de l’arrivée à la retraite des babyboomers. De moins en moins de personnes seront disponibles pour travailler et elles devront soutenir un nombre croissant de personnes à charge.
Le taux de personnes à charge
Les démographes définissent le taux de personnes à charge comme étant le ratio du nombre de personnes âgées entre 15 ans et 65 ans, la population dite active, sur le nombre de personnes âgées de moins de 15 ans et de plus de 65 ans.
Depuis une trentaine d’années, le taux de personnes à charge au Canada se situe autour de 2,3. D’ici quelques années, il amorcera une baisse tendancielle, passant sous le seuil de 2,0 entre 2015 et 2020. Vers 2035, il devrait briser la barrière de 1,5, un niveau que nous avons connu dans les années 1950, alors que les personnes à charge étaient surtout âgées de moins de 15 ans.
Si la tendance se maintient, on pourrait atteindre, au Canada, un taux de personnes à charge inférieur à 1 vers 2050. Ces projections font croire à beaucoup de gens que notre société se dirige tranquillement vers une crise, car les prochaines générations ne seront plus en mesure de soutenir économiquement les personnes âgées.
Scepticisme
J’ai toujours été sceptique à l’égard de ces prévisions alarmistes. La société s’adapte toujours lorsqu’elle est soumise à des pressions. En fait, le taux de personnes à charge constitue un indicateur très peu fiable.
D’une part, les jeunes de 15 à 25 ans, considérés comme membres de la population active, sont de moins en moins sur le marché du travail et devraient être considérés comme personnes à charge.
D’autre part, dans dix ou vingt ans, de plus en plus de personnes de plus de 65 ans pourraient continuer à travailler. Elles ne devaient donc pas être considérées comme personnes à charge. Certaines le feront par nécessité; mais beaucoup travailleront pour leur satisfaction personnelle, comme à l’heure actuelle, puisque travailler peut être une activité plaisante.
En outre, deux autres tendances lourdes atténuent grandement l’incidence de ces changements démographiques : le taux de participation des femmes sur le marché du travail, en progression continue, et le niveau d’éducation moyen de la main d’œuvre, également en hausse continue.
Plus les gens sont instruits, plus ils ont tendance à participer au marché du travail. La combinaison de ces deux facteurs contribue à une hausse significative de l’offre de travail dans l’avenir.
Plus d’heures travaillées
Les travaux d’Alain Denhez, un économiste analyste au sein du Projet de recherche sur les politiques (PRP) à Ottawa, montrent que ces deux tendances mènent à une hausse du nombre d’heures travaillées qui sera égale à celle de la population. L’arrivée à la retraite des baby-boomers entraînera un léger ajustement à la baisse de 4 %, surtout entre 2010 et 2015, effaçant ainsi les gains de la dernière décennie. Toutefois, cette baisse sera compensée par les gains normaux de productivité de 1 % à 2 % par année. Après 2015, le nombre d’heures travaillées croîtra à nouveau, au même rythme que la population.
Ainsi, le ratio réel de personnes à charge, mesuré par le nombre d’heures travaillées par habitant, se stabilisera à moyen et à long terme, à un niveau supérieur à ce qu’il était il y a dix ans. Il n’y aura pas de crise démographique sur le marché du travail; les gains de productivité et la production par heure travaillée se traduiront par une hausse continue de la richesse. La grande question, comme aujourd’hui, portera sur la façon, pour la société, de redistribuer cette richesse.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.