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Par Marcel Côté
En 2007, l’économie mondiale a connu une croissance de 5 %, un pourcentage que le Canada n’a jamais atteint depuis 50 ans. Malgré la crise financière qui secoue les économies industrialisées, la croissance mondiale devrait être aussi forte cette année. En août dernier, le Fonds monétaire international (FMI) estimait qu’en 2009, la croissance se situerait à 4,1 %. D’ici dix ans, le taux de croissance de l’économie mondiale devrait osciller entre 4 % et 5 %, créant une vague de prospérité sans précédent dans l’histoire du monde.
Les pays en voie de développement
Cette croissance exceptionnelle n’est évidemment pas attribuable à l’Amérique du Nord et à l’Europe.
En 2008, les économies avancées, soit les 32 pays les plus développés, selon la classification du FMI, n’obtiendront qu’une croissance moyenne très mitigée de 1,4 %. Si la situation redevient normale en 2009, cette croissance moyenne pourrait atteindre 3 %. Comme ces 32 pays représentent plus des deux tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial, ils ont une influence déterminante sur la croissance économique mondiale.
Même au Canada, malgré nos sables bitumineux et nos politiques macro-économiques, il est peu probable que nous retrouvions une croissance supérieure à 3 % dans l’avenir.
Les locomotives de la croissance économique sont aujourd’hui les pays en voie de développement, la Chine et l’Inde figurant en tête de liste. Le FMI soutient que la croissance réelle moyenne de leurs économies en 2008 s’élève à 6,9 %. À terme, elle devrait se maintenir au-dessus de 7 %.
Comptant une population de 1,3 milliard d’habitants, ce qui représente un être humain de la planète sur cinq, la Chine domine la course avec une croissance de 10 % par année depuis plus de 30 ans, ce qui a multiplié par 17 sa production économique.
De son côté, l’Inde, dont la population totalise 1,1 milliard d’habitants, enregistre une croissance économique annuelle presque aussi forte de près de 8 % depuis dix ans. Ce pays devrait aussi continuer longtemps sur cette trajectoire pendant de nombreuses années. Même l’Afrique, éternel parent pauvre, cumule une croissance annuelle accélérée de l’ordre de 6 % depuis quelques années. À ce rythme, la production économique y doublera en douze ans. Ces pays ont des bassins énormes de main-d’œuvre sous-utilisée, et peuvent compter sur l’utilisation des connaissances et des technologies des pays industriels. Ils n’ont qu’à les adapter pour alimenter leur croissance économique.
Est-ce bon pour nous?
Plusieurs craignent que cette croissance des pays en développement ne se fasse à nos dépens. Rien n’est plus faux. En fait, le principal moteur de leur développement n’est pas leurs exportations vers les pays développés, favorisées par leur main-d’œuvre à bas prix. La croissance de pays comme la Chine et l’Inde provient avant tout de l’expansion de leur demande intérieure, et non de leurs exportations. Ces pays se dotent de ce que nous tenons pour acquis ici, comme des infrastructures, des édifices commerciaux, des hôpitaux, etc. C’est d’abord cette demande qui active leur croissance.
De plus, contrairement aux pays industrialisés, les pays en voie de développement épargnent beaucoup, assurant ainsi le financement d’une très forte proportion de leurs investissements. Leurs exportations ne sont qu’un baume additionnel. Elles leur offrent surtout la possibilité de financer leurs importations de produits et de services sophistiqués en provenance des pays riches.
Les Canadiens profitent donc autant de la disponibilité de produits importés à moindre prix (Wal-Mart n’existerait pas sans ces pays émergents!) que du développement de débouchés pour nos exportations de produits, services et technologies. Et ça ne fait que commencer! Nous, tout autant qu’eux, pourrons en profiter pendant des dizaines d’années.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.