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Par Marcel Côté
Dans quelques mois, le groupe de travail que préside Lynton Ronald «Red» Wilson remettra au gouvernement fédéral son rapport sur la question de la mainmise des intérêts étrangers sur des entreprises canadiennes.
Il est à souhaiter que ce rapport change l’attitude gouvernementale sur la question, car jusqu’à maintenant, Ottawa nie l’existence du problème.
L’ampleur du phénomène
De 2005 à 2007, le déficit canadien au chapitre des achats et des ventes d’entreprises s’est élevé à 24 milliards $. Les États-Unis, la Grande-Bretagne ainsi que le Canada sont les seuls pays industrialisés qui affichent un bilan négatif, qui est mesuré par la valeur des transactions.
Le Canada accuse de plus le pire résultat puisque son déficit représente 7 % de la capitalisation boursière des entreprises canadiennes, soit trois fois plus que le déficit américain.
Seule consolation : le Canada affiche un bilan positif sur le plan du nombre de transactions, car ce sont surtout nos grandes entreprises que nous vendons! Le déficit est particulièrement élevé dans le secteur primaire, comme en énergie, de même que dans celui de la haute technologie, où il totalise 112 milliards $ en trois ans.
Un véritable problème
La propriété d’entreprises internationales, et surtout la localisation de leur siège social, sont importantes dans un contexte de mondialisation.
Localement, la présence d’un siège social de grande entreprise a une incidence très visible : emplois bien rémunérés, mandats importants accordés aux firmes locales de services professionnels, contributions philanthropiques, etc.
On en a constaté les effets à Montréal il y a 30 ans, lors de l’exode massif de sièges sociaux vers Toronto. De même, dans des villes comme Halifax, Québec et Winnipeg, où quelques grandes entreprises ont leur siège social, celles-ci jouent un rôle communautaire et économique majeur.
Les effets dynamiques de ces pertes de contrôle d’entreprises à rayonnement mondial sont importants à l’échelle du pays, car les entreprises internationales ont une citoyenneté première, celle du pays où est situé leur siège social. Les frontières nationales ne disparaissent pas en cette ère de mondialisation. Les entreprises multinationales essaiment dans des territoires connus, d’abord le pays de leur siège social, où la proximité amène la familiarité.
L’expérimentation, étape importante de l’innovation, tout comme la recherche et le développement, s’observent également mieux quand ils se font près du siège social. Lors de réduction d’effectifs, ces entreprises protègent les activités locales, et en situation exceptionnelle, elles ont toujours une oreille attentive pour leur gouvernement national.
Une question de leadership
C’est notre bilan très négatif dans les secteurs stratégiques comme la haute technologie, dont le développement est au cœur des politiques industrielles, qui est le plus préoccupant. Ce que les gouvernements construisent d’une main, on le vend aux étrangers de l’autre. Le fait que ces ventes ne puissent être attribuées aux carences canadiennes familières, comme notre régime de taxation ou les barrières interprovinciales, s’avère tout aussi préoccupant.
En fait, le manque de leadership, tant du côté de l’entreprise que du côté d’Ottawa, semble être la cause numéro un de notre piètre performance. Du premier ministre aux think tanks économiques, on se fout du contrôle canadien des grandes entreprises. «Laissons le marché décider», soutiennent-ils idéologiquement. Comment peut-on espérer que les chefs d’entreprise en soient plus conscients?
Cette nonchalance, qui commence d’abord à Ottawa, marginalisera graduellement le Canada comme puissance économique. Espérons que ces attitudes changeront à la suite du dépôt du rapport Wilson.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.