Édition Imprimée
      mars 2008
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La gestion des risques sur les marchés émergents*

Les sociétés canadiennes accusent du retard en matière de gestion des risques sur les marchés émergents.

Par Carol Willson

* Le présent article est la version intégrale d’un article paru dans le numéro de mars 2008 de l’édition imprimée de CAmagazine.

Les investissements dans les marchés émergents connaissent un essor fulgurant. Or, les efforts de gestion des risques liés à ces marchés ne sont pas à la hauteur, révèle une étude publiée par Ernst & Young en octobre 2007. Qui plus est, les entreprises canadiennes accusent du retard en la matière par rapport à leur homologues à l’échelle internationale.

Aux fins de son étude, intitulée Risk Management in Emerging Markets, Ernst & Young a interrogé plus de 900 cadres supérieurs du monde entier, responsables de la gestion des risques au sein de leur organisation. Plus précisément, des entrevues ont été menées auprès de représentants de 435 grandes multinationales ayant leur siège social dans des pays développés et de 501 sociétés au Brésil, en Russie, en Inde, en Chine et en Turquie.

Des objectifs communs, mais une perception différente des risques

Par le passé, les entreprises voyaient les marchés émergents comme un moyen de réduire les coûts. Ce n’est toutefois plus le cas, selon le rapport d’Ernst & Young. Aujourd’hui, elles s’y implantent avant tout dans une perspective de croissance. Ainsi, 62 % des répondants des sociétés des marchés développés et 65 % des répondants des sociétés des marchés émergents évoquent «la croissance et le potentiel du marché» comme raison principale d’investissement dans les économies en émergence.

Cependant, les points de vue diffèrent quant aux risques auxquels les entreprises sont exposées sur les marchés émergents. Les répondants des entreprises des économies développées sont préoccupés par les risques politiques et opérationnels ainsi que par les risques liés à la chaîne d’approvisionnement, tandis que ceux des entreprises des marchés émergents sont davantage portés à se concentrer sur les risques de marché, de concurrence et de change de même que sur le risque fiscal et les risques liés à la main d'œuvre.


Une préoccupation qui ne se traduit pas par une stratégie

Toutefois, chose inquiétante, le rapport indique que cette préoccupation des entreprises à l’égard des risques ne débouche pas nécessairement sur une stratégie pour les gérer. En effet, la majorité des répondants des marchés développés (56 %) disent ne pas avoir de stratégie de gestion des risques sur les marchés émergents.

Les sociétés canadiennes s’en tirent encore moins bien, 60 % d’entre elles ne disposant pas d’une telle stratégie. Bien que ce résultat soit meilleur que celui de l’ensemble de l’Amérique du Nord (73 %), les entreprises canadiennes se laissent distancer par leurs homologues d’Europe (52 %) et d’Extrême-Orient (44 %) pour ce qui est de l’établissement d’un plan cohérent de gestion des risques sur les marchés émergents.

La situation n’est pas plus reluisante au chapitre de la surveillance de ces risques par les conseils d’administration. Bien que ces derniers considèrent les risques et leur gestion comme des enjeux importants depuis un certain temps déjà, seulement 53 % de l'ensemble des répondants affirment que leur conseil accorde suffisamment d’attention aux risques sur les marchés émergents par rapport aux risques sur les marchés développés. À cet égard aussi, le Canada accuse du retard : moins de la moitié (46 %) des répondants canadiens estiment que leur conseil y accorde suffisamment d’attention (comparativement à 49 % des répondants dans l'ensemble de l’Amérique du Nord, à 52 % en Europe et à 56 % en Extrême-Orient).

Ces chiffres sont préoccupants étant donné que de plus en plus de sociétés (canadiennes et autres) comptent sur leurs investissements dans les marchés émergents pour atteindre leurs objectifs de croissance. Or, les risques opérationnels, stratégiques, de non-conformité et d’atteinte à la réputation qui préoccupent tant les dirigeants sont plus élevés sur les marchés émergents.

Il reste du travail à faire

De toute évidence, les entreprises ont encore du travail à faire pour gérer véritablement et efficacement les risques associés à leurs entreprises de marchés émergents. Les conseils d’administration et les dirigeants doivent consacrer du temps et des ressources à l'élaboration de stratégies globales de gestion des risques applicables à l’ensemble de leur organisation. Une stratégie clairement définie, mise en œuvre par les dirigeants, permettra aux entreprises de gérer plus efficacement les risques auxquels elles sont exposées et de mieux affecter leurs ressources — de même que d’améliorer la qualité des contrôles, des processus et des communications.

L’étude met au jour certaines des meilleures pratiques de gestion des risques sur les marchés émergents dont les entreprises devraient s’inspirer. Plus particulièrement, il est essentiel que la stratégie en la matière soit documentée et tienne compte de la société mère et de la filiale dans le marché émergent. On constate que dans les sociétés qui se distinguent par leurs pratiques :

Ces constatations indiquent que l’établissement d’une stratégie de gestion des risques globale et documentée constitue une étape essentielle en vue de gérer efficacement les risques sur les marchés émergents.

Dix facteurs clés du succès

De même, 10 facteurs clés d’une gestion efficace des risques sur les marchés émergents ont été dégagés à partir des enjeux fréquemment évoquées lors des entrevues.

Un nombre croissant d’entreprises du Canada et d’autres pays se tournant vers les marchés émergents pour atteindre leurs objectifs d'affaires, l’investissement dans ces marchés ne pourra que continuer de croître au cours des années à venir. Par conséquent, les entreprises devraient prendre dès maintenant les mesures nécessaires pour corriger les lacunes de leur gestion des risques associés à ces marchés cruciaux.


Carol Willson est directrice au sein des Services en risques d’affaires de Ernst & Young LLP à Toronto.