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Par Marcel Côté
J’ai souvent fait l’éloge de la gestion macroéconomique du gouvernement fédéral. Comme beaucoup d’experts internationaux, je plaçais le Canada en tête de liste sur ce plan parmi les pays industrialisés. Mais dans la deuxième moitié de 2007, le gouvernement a dégringolé de son piédestal : trois zéros de conduite en six mois.
La TPS
La première erreur a été la décision politique d’abaisser la TPS de 1 %, dans la foulée d’une première baisse de 1 % en 2006. La TPS est une bonne taxe, visant la consommation plutôt que le travail ou le capital. Sa mise en œuvre en 1990 avait nécessité beaucoup de courage politique.
Tant pour les fonctionnaires qu’au plan politique, en diminuer le taux est une mauvaise décision économique. Les allégements fiscaux auraient pu porter sur des taxes plus nocives pour l'économie. L’erreur a été commise sciemment, un témoignage accablant pour un gouvernement.
Le dollar survolté
D’avril à novembre 2007, le dollar canadien a fait un bond de 30 %, passant de 85 ¢ à 1,10 $, pour retomber ensuite sous la parité, une giration qui suivait par ailleurs une hausse de 40 % de 2002 à 2006. En 1989, le gouvernement du Canada a choisi une intégration économique plus poussée avec les États-Unis, avec la signature du traité de libre échange nord-américain. Aujourd’hui, 85 % de nos exportations et plus du tiers du PIB se dirigent vers les États-Unis.
Pourtant à Ottawa, on ne fait rien pour stabiliser la valeur du dollar canadien, voire freiner sa volatilité par rapport au dollar américain. «Pas capables…», déclarent à l’unisson les dirigeants de la politique monétaire canadienne, prisonniers d’une idéologie de marché aussi naïve que néfaste. C’est comme si un chef d’entreprise disait «pas capable» plutôt que de tenter de structurer son environnement de marché. Le Canada doit faire des choix cohérents. Si nous optons pour une plus grande intégration nord-américaine, et 50 ans de politique commerciale fédérale le soulignent, il faut limiter la volatilité de notre monnaie et aligner son pouvoir d’achat sur celui du dollar américain. Déclarer «pas capables» est une erreur d’incompétence.
La crise du marché monétaire
Depuis 20 ans, sous l’œil bienveillant de la Banque du Canada, du surintendant des institutions financières et du ministre des Finances, il s’est développé, au Canada, le marché des papiers commerciaux (PCAA) de 90 jours, adossés à des actifs financiers comme des hypothèques et des prêts automobiles sur carte de crédit. Cette intermédiation est faite par des fiducies indépendantes des banques, mais cependant créées par elles, pour respecter les règles du système financier canadien régi par ces mêmes instances. Les transactions hors-bilan qui en résultaient leur seyaient, allégeant le bilan des banques canadiennes.
En août dernier, la crise des prêts hypothécaires à risque (subprime) aux États-Unis s’est propagée au Canada, se traduisant par une perte de confiance dans les PCAA, qui ont vu leur marché s’estomper et n’ont pu être renouvelés. Les fiducies artificielles créées par les banques n’ont pu «rouler» leurs PCAA existants, et soudainement, les détenteurs de PCAA, qui comptaient sur leurs liquidités, se sont retrouvés avec 35 milliards $ de papier commercial sans marché. Les banques ont déclaré ne pas être responsables de la situation.
À Ottawa, tout le monde s’en est aussi lavé les mains. Le Surintendant a appuyé les banques. La Banque du Canada a réagi mollement, se limitant à injecter des liquidités qui n’attirent pas les détenteurs de PCAA. Le reste n’a été que paroles. Les détenteurs de PCAA qui se sont fait arnaquer par le système ont dû se débrouiller seuls. Le manque de courage est une grande erreur pour une autorité de réglementation. Et de trois!
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.