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Beaucoup de gens remettent à plus tard leur entrée sur le marché du travail, la fondation d’une famille et la constitution d’un pécule. Ce faisant, ils sacrifient la planification de leurs vieux jours et la retraite traditionnelle.
Par Monique Tremblay
* Ce texte est la version intégrale d’un article résumé dans le numéro de mai 2008 de CAmagazine.
À un moment où l’âge normal de la retraite approche pour de nombreux Canadiens, on constate une redéfinition du concept traditionnel de la retraite. Beaucoup d’entre eux ne bénéficieront pas d’une prime de départ généreuse, et il est fort probable qu’une fois arrivés à l’âge d’or, bien des baby-boomers travailleront à temps partiel ou à temps plein, deviendront consultants ou lanceront leur propre affaire.
Les habitudes, attitudes et modes de vie actuels des baby-boomers pourraient faire en sorte que la retraite ne sera plus la période de loisirs, exempte de travail, qu’a connue la génération précédente, révèle l’enquête nationale Repenser la retraite : sondage 2007 sur la préparation des Canadiens à la vie après le travail, publiée par Desjardins Sécurité financière. Ainsi, un dixième des jeunes retraités continuent de travailler, et plus de la moitié (54 %) des travailleurs de 40 ans ou plus disent vouloir prendre une retraite progressive.
Les Canadiens vivent plus longtemps et en meilleure santé, ce qui les amène à redéfinir les différentes étapes de leur vie. Ceux qui espèrent prendre leur retraite se rendent compte que la retraite «anticipée» qu’ils avaient initialement imaginée ne sera peut-être pas au rendez-vous. Lorsqu’on leur demande quel est l’âge idéal de la retraite, les travailleurs ayant fait des études universitaires sont davantage susceptibles d’envisager de continuer à travailler après 65 ans (soit cinq de plus que l’âge de retraite idéal des autres répondants occupant un emploi). Il est primordial que la planification des étapes précédant et suivant la retraite tienne compte de cette nouvelle réalité. Celle-ci pose en effet de nouveaux défis à ceux qui en sont à planifier et à épargner en vue de leur retraite et aux retraités mêmes.
Défis
À l’approche de leur retraite, les gens doivent se préparer à faire face aux nombreux défis qui y sont liés. Or, bon nombre de Canadiens n’y sont pas préparés, révèle l’enquête de Desjardins. Bien des gens remettent à plus tard leur entrée sur le marché du travail, la fondation d’une famille et la constitution d’un pécule. Ce faisant, ils sacrifient la planification de leurs vieux jours et font une croix sur la retraite traditionnelle. Par ailleurs, beaucoup de Canadiens ne tiennent pas compte de divers facteurs et risques susceptibles d’avoir une incidence sur le rendement et la longévité de leur bas de laine, tels que des facteurs liés au marché (c.-à-d. l’inflation), ou le prolongement de l’espérance de vie et les coûts de santé.
La majorité des Canadiens interrogés (60 %) ne redoutent pas de ne pas avoir économisé suffisamment pour maintenir leur niveau de vie à la retraite. Or, une augmentation des taux d’intérêt résultant d’une évolution imprévue des marchés ou de l’économie viendrait alourdir l’endettement de nombreux baby-boomers. Pourtant, 82 % des personnes interrogées ne s’inquiètent pas de ne pas avoir réglé leurs dettes de consommation avant de cesser de travailler, et la perspective de ne pas avoir fini de rembourser leur emprunt hypothécaire avant la retraite n’est pas une préoccupation pour un pourcentage encore plus élevé de répondants (88 %). Par ailleurs, plus de la moitié des participants (52 %) au sondage ne se soucient pas de l’érosion de leurs économies sous l’effet de l’inflation. Enfin, le tiers des répondants (de 40 ans ou plus) ont plus de 10 000 $ de dettes personnelles (autres qu’hypothécaires).
Les Canadiens sont exposés à des risques accrus du fait du prolongement de l’espérance de vie, mais nombreux sont ceux qui ne s’en inquiètent pas beaucoup ou pas du tout. Par exemple, 55 % des répondants ne craignent pas de souffrir d’une maladie grave ou d’avoir besoin de soins de longue durée — ce qui laisse supposer qu’ils n’ont pas encore de plan à cet égard. Nous pouvons espérer vivre plus longtemps et en meilleure santé que les générations précédentes et, par conséquent, avoir une retraite plus longue. Certains d’entre nous passeront même plus d’années à la retraite que sur le marché du travail. Or, plus de la moitié des personnes sondées ne s’inquiètent pas de survivre à leurs épargnes et estiment même qu’elles auront un coussin d’argent suffisant pour maintenir leur train de vie à la retraite.
Au cours des années menant vers leur retraite, beaucoup de gens croient qu’ils ont amplement de temps devant eux pour planifier et préparer leur vie après le travail. Puis, arrivés à la retraite, ils demeurent généralement actifs et en santé, ce qui leur donne le faux sentiment de sécurité qu’ils n’ont pas à trop s’inquiéter des dépenses futures liées aux soins de longue durée et autres coûts de santé. Malheureusement, en raison de cette croyance, de nombreux Canadiens prennent leur retraite sans disposer de l’épargne suffisante ni d’un plan indiquant non seulement la manière dont ils utiliseront leur épargne pour générer un revenu, mais également la façon dont ils paieront les soins coûteux dont ils pourraient avoir besoin pendant les dernières années de leur vie.
Les risques accrus couplés à l’absence de planification financière laissent présumer que bien des Canadiens pourraient avoir un réveil brutal au moment de prendre leur retraite.
Étapes de la retraite
Il existe pourtant des moyens simples et efficaces d’aider les Canadiens à planifier concrètement leurs vieux jours. Ainsi, afin de les aider à se situer par rapport à la retraite, Desjardins Sécurité financière a défini dans son sondage de 2007 plusieurs étapes antérieures et postérieures à celle-ci, auxquelles correspondent des défis et des comportements particuliers.
À l’étape du «rêve» (16 ans ou plus avant la retraite), seule la moitié des gens se sont dotés d’un plan d’épargne-retraite, malgré une espérance de vie atteignant près de 83 ans. De nombreux rêveurs ne prennent pas en compte les risques liés à une longévité accrue (et, par conséquent, à une longue retraite) et ne s’y préparent pas.
À l’étape du «sprint» (de 15 à 6 ans avant la retraite) et à l’étape du «compte à rebours» (5 ans ou moins avant la retraite), on planifie plus activement la retraite qui approche. Néanmoins, beaucoup de gens n’ont toujours pas de plan d’épargne-retraite et ne sont pas préoccupés par la perspective d’avoir besoin de soins de longue durée ou d’être atteints d’une maladie grave durant leur retraite. Beaucoup d’entre eux n’ont pas épargné suffisamment pour maintenir leur niveau de vie à la retraite et redoutent de survivre à leur épargne.
Lorsqu’ils atteignent l’étape de la «sortie» (âge de la retraite), les gens s’aperçoivent souvent au cours de la première année que leur retraite ne se déroulera peut-être pas comme ils l’auraient souhaité, et ce, principalement parce qu’ils n’ont pas planifié et épargné suffisamment. Au cours de leur «deuxième vie» (de 2 à 15 ans après la retraite), les jeunes retraités jouissent encore d’une bonne santé, mais la moitié d’entre eux (49 %) disent redouter un peu ou beaucoup d’avoir besoin de soins de longue durée à domicile ou dans un établissement spécialisé, et un pourcentage similaire d’entre eux (44 %) craignent que leurs économies ne leur permettent pas de payer les frais y afférents. Beaucoup de Canadiens à ces étapes ne disposent pas d’un bas de laine suffisant ni d’un plan indiquant la manière dont ils utiliseront leur épargne pour générer un revenu.
Enfin, dans leur «troisième vie» (à la retraite depuis 16 ans ou plus), les gens demeurent actifs et en très bonne santé : 83 % des retraités de longue date se déclarent en bonne, très bonne ou excellente santé. Malheureusement, du point de vue financier, la situation n’est pas toujours aussi saine : 27 % des répondants de ce groupe indiquent qu’il leur reste moins de 1 000 $ d’épargne.
Quelle que soit l’étape où ils se situent, les Canadiens ne savent pas exactement de combien d’argent ils auront besoin pour maintenir leur niveau de vie à la retraite. Ils tireraient donc avantage d’une information sur les risques qui se répercutent sur le bien-être financier — lequel est susceptible d’influer sur la santé.
Chronologie de la retraite
Avant la retraite | Après la retraite |
Le rêve 16 ans ou plus avant la retraite 50 % ont un plan d’épargne-retraite La plupart des gens sont en bonne position pour économiser en vue de la retraite | La sortie Année du départ à la retraite 9 % des retraités d’aujourd’hui continuent de travailler à temps partiel ou à temps plein 88 % ne s’inquiètent pas de ne pas avoir remboursé leur emprunt hypothécaire à la retraite |
Le sprint De 2 à 15 ans avant la retraite 56 % ont un plan d’épargne-retraite Bon moment pour repenser l’assurance en fonction des besoins futurs | La deuxième vie De 2 à 5 ans après la retraite 49 % redoutent d’avoir un jour besoin de soins prolongés À cette étape, on se rend compte que les gens prennent plusieurs fois leur retraite |
Le compte à rebours Cinq ans ou moins avant la retraite 62 % ont un plan d’épargne-retraite Les gens planifient leur retraite avec plus de sérieux, grâce à l’élaboration d’un budget | La troisième vie 16 ans ou plus après la retraite 45 % des gens ont établi un plan définissant comment ils tireront un revenu de retraite de leurs économies 45% de ceux qui ont un tel plan l’ont préparé sans l’aide d’un professionnel |
Planification de la retraite : éléments de réflexion
Pour bénéficier de la retraite rêvée, une bonne planification s’avère essentielle à chacune des étapes de la vie. La meilleure façon de s’assurer des vieux jours heureux et en toute sécurité financière consiste à planifier longtemps d’avance. Définissez le genre de retraite que vous souhaitez avant de la prendre et assurez-vous que vos objectifs sont réalisables. Si vous comptez voyager deux fois l’an ou acheter une maison sur la plage, tenez-en compte dans votre plan.
Voici quelques conseils qui vous aideront à planifier votre retraite :
Beaucoup de Canadiens ne connaissent pas les solutions financières qui existent pour atténuer l’impact des changements entraînés par la longévité, les problèmes de santé ou les difficultés financières au cours de la retraite. Un conseiller financier peut apporter une aide précieuse au chapitre de la planification. Il demeure toutefois important que les personnes qui réfléchissent à leur retraite lui posent les bonnes questions.
Questions à poser à votre conseiller financier
Monique Tremblay est première vice-présidente Épargne et Fonds distincts chez Desjardins Sécurité financière.
Pour en savoir plus sur ce sondage de Desjardins Sécurité financière, visitez www.repenserlaretraite.ca.
Articles connexes
Gérard Bérubé, «La retraite : où, quand, comment?» (avril 2005)
www.camagazine.com/index.cfm/ci_id/25968/la_id/1
Monique Tremblay, «Planifier sa retraite soi-même» (2006)
www.camagazine.com/index.cfm/ci_id/30485/la_id/1