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Par Paul Brent
Photographe : Agrium
Bruce Waterman combine à la fois prudence et créativité
Bruce Waterman, 1er vice-président, Finance et directeur financier d’Agrium Inc., vient de recevoir le Prix du directeur financier canadien de l’année, octroyé par le chapitre canadien de Financial Executives International (FEI). Comptable agréé, il considère que l’expérience variée qu’il a acquise au cours de ses 33 années de carrière constitue sa plus grande force. Âgé de 57 ans, M. Waterman, qui a aidé à orchestrer une série d’acquisitions à partir du siège social de l’entreprise à Calgary, affiche un curriculum vitæ impressionnant, ayant occupé de nombreux rôles dans différents secteurs d’activité avant de se joindre à l’équipe du géant de l’agriculture Agrium il y a huit ans.
«Je suis CA, avec toute l’expérience que cela implique. J’ai travaillé pour des cabinets de consultation et je connais aussi l’industrie forestière, la pêche, et le secteur pétrolier et gazier, dit-il. Travailler pour de nombreuses entreprises nécessitant différents styles de gestion donne une perspective plus large et une capacité de voir le monde sous des angles différents.»
Il a fait ses classes, bien sûr, mais il a surtout été mis à rude épreuve lors de son passage de huit ans au service des finances de Dome Petroleum, alors en difficulté. «Un milieu pas mal intense et stressant, puisque l’entreprise a vacillé au bord de la faillite pendant de nombreuses années, se souvient-il. Pendant cette période, j’ai beaucoup appris sur la finance et la gestion des risques. J’ai aussi appris à mieux tirer parti des efficiences tout en rationalisant continuellement les effectifs, de même qu’à faire face à la baisse de moral du personnel».
M. Waterman a été choisi directeur financier canadien de l’année dans le cadre d’un processus, parrainé par Financial Executives International Canada et d’autres organisations, qui l’opposait à plus d’une centaine de candidats. La brillante performance d’Agrium depuis qu’il s’est joint à cette entreprise est un élément important de cette décision, puisque le chiffre d’affaires annuel a presque triplé, passant de 1,9 à 5,5 milliards de dollars, alors que le résultat par action passait de 0,65 $ à 3,25 $.
«Bruce a été un acteur clé de la transformation et de la croissance de notre entreprise», affirme Mike Wilson, pdg d’Agrium. «Il a participé, avec son équipe, à l’analyse des opportunités, au financement des projets, le dernier étant de 2,8 milliards de dollars, puis à l’intégration finale.»
M. Wilson, qui a travaillé pendant trois ans avec Bruce Waterman en tant que chef de l’exploitation avant de devenir son patron il y a quatre ans, apprécie chez lui les qualités qui découlent sans aucun doute de sa longue expérience diversifiée. «Il possède le juste équilibre entre ce que j’appelle la prudence et la créativité», explique-t-il.
«Il est prudent, car comme il veut que nous maintenions une solide cote d’évaluation d’investissements, nous ne prenons pas de libertés avec le bilan, précise M. Wilson. Il est créatif, car lorsqu’une occasion se présente et que le marché n’est pas facile à conclure… il est créatif. Vous ne voulez pas, comme chef des finances, un comptable créatif qui vous fait peur, mais plutôt quelqu’un qui a l’esprit ouvert, qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus et qui a des idées nouvelles.»
Grâce à une série d’acquisitions, Agrium s’est transformée : le producteur d’engrais tributaire du cycle des produits de base (Agrium produit des engrais azotés, phosphatés et potassiques en Amérique du Nord et à l’étranger) est devenu une entreprise plus stable et intégrée verticalement. Ses deux plus récentes acquisitions illustrent bien son changement d’orientation stratégique. Elle a payé près de 400 millions de dollars US pour acheter le détaillant américain de produits agricoles Royster-Clark Ltd. en 2006 et, à la fin de 2007, elle a accepté d’acheter le géant américain de la distribution de produits agricoles UAP Holding Corp. pour un montant de 2,7 milliards de dollars US.
Le rôle qu’il a joué dans ces deux dernières transactions est ce dont M. Waterman est le plus fier, car elles permettent à Agrium de générer des flux de trésorerie considérables, même lorsque le cycle des produits de base pour la production d’engrais est dans un creux. «Faire passer le secteur de la vente au détail d’une valeur d’un peu moins d’un milliard à plus de cinq milliards de dollars en quelques années grâce à l’acquisition de UAP témoigne d’une bonne stratégie, explique-t-il. Chacune de ces acquisitions est rentable pour l'entreprise et sert les intérêts des actionnaires.»
Lorsqu’on lui a demandé son avis sur le passage des PCGR aux IFRS, et sur la manière dont ce changement toucherait son entreprise, Bruce Waterman a dit : «Selon moi, des normes comptables fondées sur des principes, comme les PCGR canadiens ou les IFRS, permettent d’obtenir une meilleure information et une meilleure communication de l’information que des normes comptables fondées sur des règles, comme les PCGR américains, qui étaient l’autre option. Aussi, les IFRS conviennent mieux à une entreprise comme Agrium, qui est de plus en plus présente sur la scène internationale où les IFRS sont les PCGR généralement utilisés.»
M. Waterman, sixième récipiendaire du Prix du directeur financier de l’année depuis sa création en 2003, est le deuxième gagnant qui soit CA. L’autre est la gagnante de 2006, Karen Maidment, chef des finances et des affaires administratives de BMO Groupe financier. À ce jour, tous les gagnants ont été des chefs des finances de sociétés cotées, même si le comité de sélection examine aussi des candidatures provenant de sociétés fermées et d’entités à but non lucratif. «La majorité des candidats considérés viennent de ces trois types d’organisations», constate Michael Conway, président et chef de la direction national de FEI Canada. «Je prévois que dans un avenir rapproché, le gagnant ne viendra pas nécessairement d’une société cotée.»
L’un des critères d’évaluation, selon lequel un directeur financier doit être en poste depuis au moins trois ans, se révèle un facteur limitatif «à cause du taux de roulement élevé des titulaires de ces postes», ajoute M. Conway. On envisage de modifier ce critère.
M. Waterman, qui a obtenu le titre de CA en Ontario en 1975 alors qu’il travaillait chez Clarkson Gordon, est d’avis que le poste de chef des finances a changé énormément en cette ère post-Enron, où les obligations d’information se sont alourdies. «Le travail est beaucoup plus axé sur les processus que sur les transactions, ce qui est souvent beaucoup moins amusant et peut même être pénible. Mais c’est important», ajoute-t-il.
«C’est certainement plus compliqué que ça ne l’était, conclut M. Waterman. Le directeur financier est beaucoup plus impliqué dans les processus, la surveillance et le contrôle.»
Présenté annuellement par Financial Executives International Canada, en association avec PricewaterhouseCoopers LLP et The Caldwell Partners International, le Prix du directeur financier de l’année rend hommage aux cadres financiers du Canada se distinguant par la qualité de l’information financière de leur entreprise, la vision, l’orientation et le leadership dont ils font preuve.