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Par Marcel Côté
Plus de 3,1 millions de Canadiens travaillent dans les secteurs public et parapublic, soit environ 20 % de la main-d’œuvre du pays. Bien qu’au Canada les gouvernements contrôlent plus de 40 %
du revenu national, seul 20 % de ce pourcentage est actuellement dépensé par ces deux secteurs pour offrir une panoplie de services à la population.
Ces services vont de la défense du territoire aux conditions et prévisions de la météo, à l’éducation et aux soins dans les hôpitaux. L’autre moitié est redistribuée sous forme d’allocations, de subventions et de paiements de toutes sortes aux individus et aux entreprises.
Une grosse partie de l’économie
Quelque 20 % de l’économie, c’est beaucoup, mais c’est aussi très inquiétant, car les secteurs public et parapublic sont soumis à de multiples règles qui entravent leur efficacité. Par exemple, la gestion des ressources humaines y est très bureaucratisée, dans un contexte souvent syndicalisé. Le recrutement, les promotions et les mises à pied sont soumis à des règles tatillonnes et peu flexibles, et les salaires des cadres supérieurs sont plafonnés en dessous de ce qu’offre le marché à ce titre.
Bien qu’ils soient de très gros acheteurs de biens et services, les gouvernements doivent se plier à des contraintes d’achat qu’aucune entreprise, liée à l’autre 80 % de l’économie, ne pourrait envisager.
Par ailleurs, tout ce qui se fait et s’écrit dans ces secteurs est sujet à être rendu public. Par conséquent, on décourage l’expérimentation et l’innovation, et on favorise les comportements «selon les règles» (by the book). Enfin, les grands patrons et les ministres du gouvernement n’ont souvent aucune expérience en gestion et sont choisis parce qu’ils sont de beaux parleurs. Rien pour rendre des secteurs efficaces.
Et ce n’est pas tout. Les services publics sont généralement offerts par des monopoles d’État non réglementés. Étant donné que les services sont payés par nos taxes et offerts gratuitement, le consommateur client a peu de choses à dire sur la qualité des services reçus.
À qui imputer la faute?
C’est donc avec raison que nous nous plaignons de l’inefficacité du secteur public. Mais ne blâmons pas les fonctionnaires. Ce sont vous et moi, en tant qu’électeurs, qui exigeons ces règles stupides et inefficaces, soi-disant pour empêcher le favoritisme et l’abus de pouvoir.
C’est le paradoxe de l’administration publique. Au nom d’une saine gestion et de l’élimination du favoritisme, les électeurs imposent des règles de mauvaise gestion au gouvernement. Un politicien qui oserait d’ailleurs les remettre en cause serait vertement dénoncé dans l’opinion publique, accusé d’encourager le gaspillage et le favoritisme. Le gouvernement doit-il gérer en direct 20 % de l’économie? La réponse est non.
Que faire?
Il y a d’autres façons d’assurer la prestation de biens publics et leur accessibilité à tous. La distribution alimentaire n’est pas du ressort du gouvernement, et tous réussissent à manger! Il faut imaginer une nouvelle société où les gouvernements font les lois, en assurent le respect, redistribuent la richesse, de même qu’ils voient à ce que les personnes démunies reçoivent l’essentiel, mais ils laissent au secteur privé le soin de fournir les biens et services.
Par exemple, chaque citoyen recevrait une carte de crédit de service public, avec laquelle il paierait ses dépenses de santé, d’éducation, de bibliothèques, de transport, etc. Ces services seraient dorénavant fournis par l’entreprise privée. Chaque mois, le gouvernement rembourserait la facture des personnes démunies. De son côté, la classe moyenne paierait ses dépenses, actuellement publiques, et bénéficierait en retour d’une baisse majeure d’impôts.
Cessons d’être masochistes et de demander aux gouvernements de nous rendre des services, tout en leur imposant des règles qui font que ces services s’avèrent inefficaces.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.