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Par Marcel Côté
Cher Mark, Vous amorcerez, le 1er février prochain, votre mandat de sept ans à titre de gouverneur de la Banque du Canada. Votre responsabilité première consistera à maintenir l’intégrité
du dollar comme monnaie nationale.
Elle se traduit, entre autres, par une disponibilité suffisante de liquidités dans l’économie, et par le contrôle des pressions inflationnistes, un objectif que la Banque du Canada concrétise dans le maintien de l’inflation annuelle autour d’une cible de 2 %.
Votre prédécesseur, David Dodge, est considéré comme un excellent gouverneur. Pendant son mandat, il n’y a pas eu de récession, alors que l’inflation a été de 2,2 %. Pourtant, je ne donne qu’un «D» à la performance de David Dodge, à peine un coche au-dessus de l’échec.
Dans une période de facilité, il a raté une excellente occasion de démontrer l’utilité de la Banque du Canada.
En fait, durant cette période, le Canada aurait été en meilleure posture si nous avions utilisé le dollar américain comme monnaie, avec le même taux d’inflation, le meilleur taux d’intérêt et l’élimination des fluctuations du taux de change.
De 2002 à 2007, l’économie canadienne a bénéficié de conditions favorables, en particulier une croissance soutenue de l’économie américaine, une hausse des prix mondiaux du pétrole de même que des matières premières et, enfin, des surplus budgétaires gouvernementaux.
Tout ce qu’on demandait à la Banque du Canada, c’était de ne pas gâter la sauce. Malheureusement, elle est demeurée impuissante alors que l’économie canadienne s’est vu asséner un choc monétaire sans précédent.
Et la croissance réelle moyenne n’a été que de 2,5 %, une performance très mitigée. D’octobre 2002 à octobre 2007, le dollar canadien est passé de moins de 65 cents à la parité avec les États-Unis.
Cette hausse rapide en moins de 60 mois a dépassé la capacité des entreprises exportatrices d'ajuster leurs coûts, et elle a imposé des ajustements sauvages et dysfonctionnels dans l'économie, particulièrement à l’est du Manitoba. Des dizaines de milliers de Canadiens en ont grandement souffert, malgré la bonne santé générale de l’économie. La Banque du Canada a allégué son impuissance pour justifier son inaction.
Elle n’a même pas touché au Compte du fonds des changes, où dorment 40 milliards $, afin de tempérer le rythme de la hausse. Pour reprendre une image populaire, David Dodge ne pouvait pas mâcher de la gomme et marcher en même temps.
La Banque du Canada aurait pu s’inspirer d’autres pays qui connaissent des situations analogues. Important producteur de pétrole, comme le Canada, la Norvège exporte principalement vers l’Union européenne, comme le Canada exporte surtout vers les États-Unis.
De 2002 à 2007, la couronne norvégienne ne s’est appréciée que de 21 % par rapport à l’euro, et la volatilité trimestrielle n’était que de 6 %.
Pendant la même période et comparativement au dollar américain, le dollar canadien s’est apprécié de 60 % et sa volatilité s’est chiffrée à 8 %. La livre anglaise, se trouvant aussi dans une situation similaire, n’a varié que de 11 % par rapport à l’euro et sa volatilité n’a été que de 6 %. Comment ces pays font-ils, alors qu’au Canada, notre banque centrale se dit impuissante?
L’imprévisibilité du dollar canadien crée beaucoup d’incertitude pour les entreprises exportatrices appelées à investir au Canada.
La profitabilité d’un investissement peut être totalement détruite par une hausse imprévue du dollar. La Banque du Canada est au service de l’économie canadienne et elle ne peut esquiver ses responsabilités.
Vous devrez, cher Mark, apprendre à marcher tout en mâchant de la gomme.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.