Édition Imprimée
      décembre 2008
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Survivre au pire

Par Marcel Côté

Marcel CôtéGeorge W. Bush passera vraisemblablement à l’histoire comme un des pires présidents des États-Unis. Déjà, les historiens américains, friands de ces évaluations, le classent dans le dernier quartile, au même rang qu’Ulysses Grant, Warren Harding et Andrew Johnson.

Une liste peu enviable

Parmi les «hauts faits» de sa présidence, mentionnons :

1-La pire crise financière mondiale depuis 1929 a éclaté pendant sa présidence, et est attribuable aux abus incroyables qu’a favorisés une réglementation très laxiste sous son régime. L’absence totale de leadership de George Bush dans la recherche de solutions est aussi aberrante;
2-La guerre en Irak, qui y a amené un changement de régime politique, mais au prix de centaines de milliers de victimes. Cette guerre coûtera éventuellement des milliards de dollars au Trésor américain, au moins le double du coût de la guerre du Vietnam;
3-Une guerre qui se poursuit en Afghanistan et qui a également causé la mort de centaines de milliers de personnes, et qui sera peut-être aussi coûteuse que la guerre du Vietnam;
4-Une politique fiscale catastrophique, avec une augmentation de 70 % de la dette nationale, se situant à quelque 32 000 $US per capita, malgré une stagnation du revenu familial moyen en huit ans et une hausse du taux de pauvreté;
5-Une crise majeure dans le secteur résidentiel américain, où la valeur des habitations s’est effondrée et où un propriétaire sur six ne peut plus assumer ses paiements hypothécaires;
6-Une politique environnementale irresponsable, favorisant notamment la production de véhicules à consommation d’essence élevée;
7-Un déclin majeur de la crédibilité des États-Unis dans le monde, en raison d’une politique étrangère arrogante et indifférente à l’égard des positions des autres pays;
8-L’ouragan Katrina.

Le pire de tout ce tableau, c’est que Georges Bush ne semble s’être aperçu de rien. Il terminera son second mandat dans quelques semaines tout comme il a commencé le premier, c’est-à-dire le sourire aux lèvres et plein d’optimisme.

Et le Canada pendant ces huit ans

Le Canada a évidemment été touché par ce cumul de mesures médiocres et d’erreurs. La crise de Wall Street touche notre propre secteur financier. (La Banque du Canada a d’ailleurs appliqué la même politique de laissez-faire que la Banque centrale américaine.) L’éclatement de la bulle résidentielle aux États-Unis a grandement frappé l’industrie des produits forestiers, avec une chute de 50 % des mises en chantier. Nos usines de fabrication d’automobiles en Ontario sont en pleine crise puisque les «gros chars» qu’elles assemblaient ont perdu la faveur du public.

Nous avons accompagné les Américains dans le bourbier afghan et l’ingénieur canadien Maher Arar s’est retrouvé dans une prison syrienne. Il est aujourd’hui plus difficile de traverser les frontières et les mesures d’arbitrages de l’ALÉNA ont perdu beaucoup de crédibilité, en raison des contestations américaines chroniques de nos politiques forestières.

Sommes-nous immunisés?

Néanmoins, notre économie se porte bien depuis huit ans, même si nous sommes touchés par la récession actuelle. Par contre, le taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) a été d’environ 3 % depuis 2000, une des meilleures performances des pays du G-7, notamment supérieure à celle des États-Unis. Notre taux de chômage est inférieur au taux américain, même si nos politiques sociales envers les chômeurs sont plus généreuses. Notre secteur résidentiel reste en bonne santé. Un nouveau président s’installera à la Maison Blanche dans quelques semaines. Mais la présidence de G.W. Bush peut nous rassurer : la situation ne pourra que s’améliorer pour le Canada. Vive la frontière Canada-États-Unis!


Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.