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Un nouveau sondage met en lumière les préoccupations des chefs des finances et des dirigeants des ressources humaines à l’égard des régimes de retraite
Par Karen DeBortoli et Terence Yuen
*Ce texte est la version intégrale d’un article résumé dans le numéro d'août 2008 de CAmagazine.
Selon un nouveau sondage de Watson Wyatt et du Conference Board du Canada, la crise de capitalisation des régimes de retraite ne s'est pas résorbée, mais les chefs des finances ne la considèrent plus comme une préoccupation à long terme.
Le sondage de 2008 sur le risque inhérent aux régimes de retraite, auquel ont participé 171 chefs des finances et dirigeants des ressources humaines (VP-RH) de 168 organisations canadiennes, révèle qu’un peu plus de 60 % d’entre eux estiment qu’il y a crise. Quelque 26 % des chefs des finances croient que cette crise sera de longue durée, comparativement aux sommets de 61 % et de 48 % atteints en 2006 et en 2007, respectivement. Par ailleurs, 31 % des chefs des finances sont d’avis que la crise est cyclique.
Rôle croissant des RH dans la conception des régimes
Le nombre de cadres supérieurs qui croient que les chefs des finances doivent jouer un rôle de premier plan dans la prise de décisions concernant la conception des régimes est en baisse, ce qui permettra aux VP-RH d’avoir un plus grand rôle dans ces décisions à l’avenir. La moitié des répondants sont d’avis que, lorsqu’ils prennent de telles décisions, les considérations financières l’emportent actuellement sur les questions liées aux ressources humaines, mais 58 % estiment que, dans cinq ans, la fonction ressources humaines et la fonction finances auront des rôles aussi importants dans les décisions touchant la conception des régimes.
Ce changement devrait permettre aux répondants d’utiliser la conception des régimes de retraite pour attirer et fidéliser les employés aux compétences et au rendement élevés — une préoccupation majeure. Soixante-dix pour cent des répondants se disent très soucieux d'attirer des personnes hautement compétentes, et 76 % se préoccupent beaucoup de fidéliser les employés au rendement élevé. Lorsqu’on leur a demandé quel était le mécanisme de retraite le plus efficace pour attirer des employés aux compétences élevées, près de 30 % des répondants ont sélectionné les régimes à prestations déterminées, tandis que 19 % ont choisi les régimes à cotisations déterminées, 18 %, l’argent, et 11 %, les régimes hybrides. Quelque 25 % des répondants croient que les régimes à prestations déterminées et les régimes à cotisations déterminées sont tout aussi efficaces pour attirer des employés.
Lorsqu’il s’agit de retenir des employés au rendement élevé, 56 % des répondants considèrent que les régimes à prestations déterminées, seuls ou en combinaison avec un autre type de régime, sont les plus efficaces/persuasifs. À l’inverse, seulement 10 % croient que les régimes à cotisations déterminées sont les mécanismes d’épargne-retraite les plus efficaces/persuasifs à cet égard. Cette situation s'explique peut-être par le fait que 58 % des répondants considèrent que l’incapacité des régimes à cotisations déterminées à procurer un revenu de retraite adéquat, à cause du mauvais rendement des placements, représente la principale menace quant à la viabilité de ces régimes.
La vague des transformations de régimes de retraite ralentit
Moins de 3 % des répondants procéderont à une transformation de régime à prestations déterminées en régime à cotisations déterminées dans les 12 prochains mois, comparativement à 9 % au cours des 24 derniers mois. Cette diminution est peut-être due à l'évolution des perceptions à l’égard de la crise des régimes de retraite, à l’importance que les répondants accordent aux régimes à prestations déterminées comme outil de fidélisation des employés ou au fait que nombre de répondants ont déjà transformé leur régime : 30 % d’entre eux ont en effet entrepris une transformation de leur régime au cours des années précédentes. Il se pourrait aussi que beaucoup de répondants adoptent tout simplement une attitude attentiste. Alors que seulement 3 % des répondants ayant un quelconque type de régime à prestations déterminées pour services futurs (comme principal régime non négocié) envisagent une transformation de celui-ci en régime de retraite à cotisations déterminées dans les 12 prochains mois, 33 % envisagent une telle transformation dans l'avenir.
Lorsqu’il est question de modifier la conception de leur régime, la moitié des répondants considèrent que la réduction de la volatilité des coûts est un facteur important. Ces dirigeants pourraient attendre de voir l’incidence des marchés sur le taux de provisionnement de leur régime avant d’en modifier de façon importante la conception. Les répondants tiennent notamment compte de deux autres facteurs lorsqu'ils envisagent d’apporter des changements à leur régime, à savoir la réduction du coût total de la capitalisation du régime ou de la charge de retraite (41 %) et l’incidence des changements sur leur capacité d’attirer ou de fidéliser des employés comparativement à leurs concurrents (36 %).
La charge de retraite et la volatilité demeurent des préoccupations importantes
La volatilité des cotisations demeure une préoccupation importante en ce qui concerne les régimes à prestations déterminées. En effet, 68 % des répondants considèrent ce facteur comme une menace majeure. La volatilité, ainsi que le coût de la capitalisation et de la préservation des régimes, ont été perçus comme les principales menaces à la pérennité des régimes à prestations déterminées, suivis de l’asymétrie entre le risque et le rendement du point de vue des promoteurs des régimes (63 %) et de la volatilité de la charge de retraite sur base comptable (55 %).
Les préoccupations à l’égard de la volatilité ont entraîné de nombreux changements dans les politiques de placement des régimes de retraite, particulièrement en ce qui concerne le contenu en obligations des portefeuilles détenus. Quelque 22 % des répondants ont soit augmenté la pondération des obligations, soit prolongé leur durée au cours des 24 derniers mois, tandis que 25 % prévoient le faire dans les 12 prochains mois. En revanche, 10 % des répondants ont diminué la pondération des obligations au cours des 24 derniers mois, tandis que 6 % prévoient le faire dans les 12 prochains. Les principales raisons énumérées pour justifier l’augmentation de la pondération ou de la durée des obligations sont la protection des régimes contre de possibles déficits de solvabilité et la stabilisation des charges de retraite. Cela n’a rien d’étonnant étant donné les récentes fluctuations du marché. Les répondants sont toujours intéressés par les placements non traditionnels. En effet, 21 % d’entre eux ont investi davantage dans ce type de placements au cours des 24 derniers mois, et 25 % prévoient le faire au cours des 12 prochains mois.
Quelque 42 % des répondants versent présentement des cotisations pour combler le déficit de solvabilité ou de continuité de leur régime de retraite, une baisse considérable par rapport à 2007 (54 %). Seulement 19 % des répondants qui le font versent plus que le minimum exigé par le rapport d’évaluation de leur régime, contre 16 % en 2007 et 24 % en 2006. Les principales raisons qui incitent les répondants à ne verser que le minimum sont que les sommes versées pourraient plus tard devenir un surplus difficile d’accès et que l’argent disponible était nécessaire pour d’autres aspects de l’entreprise. Tandis que le nombre de répondants versant des cotisations pour rembourser le déficit a diminué, le nombre de ceux qui ne versent que les cotisations pour les services rendus au cours de l’exercice a augmenté, passant de 21 % en 2007 à 33 % en 2008. Quelque 19 % des répondants ont cessé de verser des cotisations, une légère hausse par rapport à 2007 (16 %).
Karen DeBortoli est directrice du Canadian Research & Innovation Centre.
Terence Yuen est économiste principal chez Watson Wyatt Worldwide.