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Par Marcel Côté
Au nom de la protection de l’environnement, les gouvernements encouragent l’utilisation des biocarburants. Mais la véritable raison de cet engouement, c’est la pression des lobbies agricoles qui y voient un immense marché. Une dizaine d’usines de production d’éthanol à base de maïs sont en activité ou en construction au Canada. Le gouvernement conservateur propose que 35 % de l’essence automobile consommée au Canada contienne 5 % d’éthanol.
Des agriculteurs heureux
Évidemment, les agriculteurs sont très heureux de cette situation puisque l’éthanol au Canada est produit principalement à partir de maïs, et la demande de biocarburant augmente le prix du maïs à l’échelle mondiale. Les agriculteurs peuvent aussi se draper dans la vertu environnementale : l’ajout de bioéthanol réduirait les gaz à effet de serre et diminuerait les rejets d’ozone dans l’atmosphère. Non seulement les agriculteurs font plus d’argent, mais ils améliorent l’environnement.
Sauf que…
On a mené des milliers d’études dans le monde sur l’impact environnemental des biocarburants. Un raffinement des méthodes d’analyse a révélé que cet impact varie selon la matière première utilisée pour fabriquer l’éthanol. On a établi que le bilan environnemental des biocarburants à base de maïs est négatif par rapport à l’essence actuelle.
Outre l’énergie liée à la chaîne de production du maïs (fertilisants, transport et équipement), la culture du maïs exige des terres de haute qualité et déplace la production agricole à des fins alimentaires. Il faut plus de terre agricole, ce qui hausse les émissions de gaz à effet de serre, et ruine le bilan environnemental de l’éthanol maïs.
Le programme proposé d’éthanol maïs exige aussi des subventions importantes. Il serait ironique qu’en 2008, les gouvernements investissent l’argent des contribuables dans des programmes nocifs pour l’environnement.
La conversion du maïs en éthanol est aussi une des causes de l’augmentation du prix des denrées alimentaires, qui devient un problème humanitaire mondial d’envergure. L’éthanol requis lorsqu’on fait le plein (environ 60 litres) exige une quantité de maïs suffisante pour nourrir une personne pendant un an! Par conséquent, chaque fois que les Canadiens remplissent le réservoir de leur automobile en utilisant l’`éthanol, ils contribuent à affamer des enfants à travers le monde, en plus de polluer l’environnement. Réjouissant comme geste civique!
Des gouvernements myopes
La dizaine d’usines canadiennes d’éthanol maïs sont devenues des monstres qu’il faut alimenter. En fait, le Canada importe du maïs américain pour satisfaire la demande de ces usines. On aide maintenant les agriculteurs américains!
Il est donc surprenant que nos gouvernements soutiennent la production de l’éthanol maïs, compte tenu de ce que l’on sait. Cela démontre qu’il faut se méfier des gouvernements qui plient facilement sous la pression des lobbies. Il faut qu’une crise alimentaire mondiale sévisse pour faire réfléchir nos politiciens. Le spectre du réchauffement de la terre n’est pas suffisant!
Certains biocarburants, tel l’éthanol dérivé de la canne à sucre, affichent un meilleur bilan environnemental. Le Canada pourrait aussi développer la culture du panic érigé, une source de biocarburant qui n’a aucune incidence sur le prix du maïs, parce que le panic se cultive sans engrais, sur des terres de qualité marginale. La cellulose provenant des arbres pourra aussi éventuellement être utilisée, si les recherches en ce sens aboutissent. Nous ne devons pas condamner tous les biocarburants, mais plutôt ne choisir que les bons. Cessons de commettre ce qui apparaîtra, dans quelques années, comme un crime contre l’humanité.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.