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Par Marcel Côté
Beaucoup de personnes s’inquiètent de la prise de contrôle d’entreprises canadiennes par des étrangers. Mais le véritable problème réside plutôt dans la vulnérabilité des entreprises publiques canadiennes à des prises de contrôle lorsqu’elles connaissent des difficultés.
Le marché boursier est dominé par des investisseurs à court terme qui ne se sentent aucune responsabilité par rapport aux entreprises dans lesquelles ils investissent. La relation est à sens unique.
Lorsque l’entreprise connaît une période difficile, elle peut choisir de vendre, ce qui a pour effet de déprimer le cours des actions et de rendre l’entreprise vulnérable à une prise de contrôle.
De plus, lorsqu’un prédateur lance une offre hostile sur une entreprise, des «arbitrageurs» prennent des positions importantes dans la propriété de l’entreprise et détruisent sa base d’actionnaires.
Celle-ci n’a alors d’autre option que de vendre, que le moment soit propice ou pas. Pourquoi une entreprise saine ne continuerait-elle pas d’être indépendante? Pour éviter de tomber dans ce piège, de plus en plus d’entreprises gèrent à court terme.
Le mal du court-terminisme
Gérer une entreprise publique à court terme sous-utilise le potentiel d’une organisation.
Une entreprise est conçue pour la durée et gérer à court terme influence les décisions d’investissements. Pourquoi investir pour les cinq ou dix prochaines années si l’investissement rend l’entreprise plus vulnérable à une prise de contrôle hostile?
Le court-terminisme affecte aussi l’innovation : il devient alors plus risqué d’expérimenter.
Les entreprises qui gèrent à court terme finissent par s’enliser dans la médiocrité, devenant même plus vulnérables que si elles avaient pris des risques. Mais elles ont repoussé l’échéance, un moindre mal.
Les actionnaires ont-ils des devoirs ?
Est-il normal que les actionnaires abandonnent une entreprise à la moindre attaque par un prédateur ? En fait, rien dans la loi ne les en empêche. Mais rien dans la loi n’empêche non plus une entreprise d’exiger de ses actionnaires d’être responsables.
L’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques a évoqué la possibilité de limiter le droit de vote des actions d’une entreprise aux actionnaires qui les détiennent depuis au moins un an, tout comme un pays exige un minimum de résidence avant d’accorder la citoyenneté et le droit de vote lors des scrutins. Une telle «citoyenneté» des actionnaires réserverait aux actionnaires à long terme le droit de disposer du sort d’une entreprise.
Une autre voie possible consiste en l’émission d’actions avec droit de vote multiple que s’octroient les fondateurs d’une entreprise. Si cette pratique donne parfois lieu à des abus, surtout dans le cas où la deuxième génération a pris la relève du fondateur, le bilan des entreprises possédant des actions à droit de vote multiple est plutôt positif.
Leur performance boursière est supérieure à celle des entreprises qui n’ont qu’une classe d’actionnaires, car la stabilité de l’actionnariat qui en découle est favorable aux entreprises. Les experts en gouvernance qui dénoncent les entreprises émettant des actions à droit de vote multiple devraient se pencher sur la performance, plutôt que se complaire dans leur idéologie.
Il est temps de revoir notre attitude quant aux droits et aux devoirs des actionnaires. Tant qu’ils ne penseront qu’à leur intérêt individuel, l’entreprise est en droit de faire la différence entre ceux qui adoptent une attitude à long terme, et ceux qui veulent agir unilatéralement, sans considération pour le reste de l’entreprise. Celle-ci a le droit d’exiger de ses actionnaires qu’ils soient responsables.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.