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Par Marcel Côté
On entend souvent dire que certaines régions du Canada sont trop dépendantes des gouvernements. Si tous les citoyens sont égaux, en pratique on constate d’importantes variations.
C’est normal. Le gouvernement se préoccupe plus des pauvres que des riches. Certains gouvernements provinciaux sont beaucoup plus «socialistes» que d’autres. Seraient-ils trop généreux avec l’argent des contribuables?
Solidarité ou individualisme
Alberto Alesina et Edward Glaeser, deux professeurs de l’Université Harvard, se sont penchés sur cette question. Leurs conclusions sont très pertinentes pour le Canada. Les sociétés «tricotées serrées», comme le Québec et les provinces de l’Atlantique, sont plus solidaires, misent sur des solutions collectives et sont plus portées à redistribuer la richesse.
Les sociétés plus diversifiées comme l’Alberta et, aux États-Unis, la Californie, la Floride et le Texas, sont moins portées vers les solutions collectives. On se connaît moins, et en conséquence, on se fait moins confiance. Le gouvernement est considéré comme celui «des autres» et on privilégie des solutions individuelles.
À cette règle générale, il y a des exceptions, dont New York, et nous pourrions citer Toronto, villes bigarrées où une longue tradition de multiethnicité cohabite avec une solidarité sociale très forte. Mais dans l’ensemble, plus une société est diversifiée, plus elle privilégie des solutions individualistes. Plus elle est homogène, plus elle tendra vers des solutions collectives.
Des gouvernements provinciaux plus «socialistes»
Les provinces où la population croît lentement, à cause d’une faible immigration, comme le Québec, les quatre provinces de l’Atlantique, le Manitoba, la Saskatchewan et les populations autochtones, sont plus homogènes et collectivistes. Par contre, les provinces comme l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique, où on retrouve plus d’immigrants issus d’ailleurs au Canada ou d’autres pays, sont plus individualistes, dotées de moins de capital social et moins portées à se tourner vers leur gouvernement. Plus la société est tricotée serrée, plus le gouvernement provincial prendra de la place. Les Canadiens devront s’habituer à ces écarts importants dans le rôle des gouvernements provinciaux. Ils sont là pour rester.
Non au multiculturalisme
Le gouvernement fédéral se situe entre l’arbre et l’écorce. Certaines régions du pays le pousseront à droite, d’autres à gauche, non par idéologie, mais selon la diversité de leur population. Comment peut-on créer des politiques nationales dans un tel contexte? Ce défi se pose à tous les partis. Les conservateurs auront du mal à promouvoir l’individualisme et leur «petit gouvernement» dans certaines régions. Les libéraux et les néo-démocrates vivront une situation analogue dans d’autres régions. Quant au Bloc Québécois, de gauche, mais très régional, il incarne bien la thèse d’Alesina et de Glaeser. Dans un tel contexte, le multiculturalisme est une politique fédérale des plus subversives. En reconnaissant à chaque communauté culturelle le droit de maintenir ses valeurs et traditions, Ottawa augmente la diversité canadienne, et atténue la solidarité sociale entre les Canadiens.
De nombreux chercheurs, dont le Canadien John Helliwell, ont étudié le rôle du capital social dans une société, qu’ils jugent tout aussi important que le capital des infrastructures. Or, le multiculturalisme canadien sape le capital social du pays, parce qu’il le fragmente, ajoutant à la complexité de gouverner le pays. Nous devrions moins nous en faire avec le degré de dépendance de certaines régions à l’égard du gouvernement, et nous préoccuper davantage du multicuralisme. Il est temps de revoir cette politique.
Marcel Côté est associé fondateur de SECOR Conseil à Montréal.