Édition Imprimée
      septembre 2006
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Branle-bas sur la scène boursière

Par Gérard Bérubé

Un fascinant combat se dessine entre les bourses de la planète, qui se sont engagées dans de grandes opérations d’acquisition. Déjà pressentie il y a sept ans, cette consolidation était présentée comme une réaction logique à l’avènement alors embryonnaire des systèmes de négociation alternatifs.

Une telle logique s’impose encore davantage aujourd’hui : fusion de 10 milliards $ de la Bourse de New York et d’Euronext, aspiration de la Bourse de Toronto à l’égard du New York Mercantile Exchange ­(NYMEX), participation à hauteur de 25 % du Nasdaq dans la Bourse de Londres, etc.

L’on peut attribuer ces offensives à une poignée de grands actionnaires institutionnels qui paient le gros prix pour la forte croissance boursière des quatre dernières années en puisant dans la poche gauche pour remplir la poche droite. Ou, en simplifiant, on peut établir un lien avec l’intention des grands parquets américains de se sortir du cadre contraignant de la Loi Sarbanes-Oxley.

Ces parquets recherchent en outre de nouvelles sources de croissance qui découleraient certes de l’expansion de leur réseau, mais ils visent surtout une percée dans l’univers à plus forte rentabilité et croissance des produits dérivés et des contrats à terme — un univers à valeur ajoutée qui va au-delà de la simple exécution de transactions. Le LIFFE, marché à terme européen, est une ­pièce maîtresse d’Euronext, convoitée par le NYMEX et par le Groupe TSX, qui a aussi manifesté à maintes reprises la volonté de courtiser la Bourse de Montréal.

À ces raisons fort valables, s’ajoute la pression des utilisateurs qui recherchent un système de négociation moins coûteux. L’offre concur­rente, adressée à Euronext par la ­bourse allemande, aurait permis des synergies de 200 millions d’euros. C’est tout dire! De plus, avec Euronext, la Bourse de New York met la main sur une technologie plus avancée, qui a doté le marché européen d’un système de négociation innovant et efficace.

Quant à la Bourse de Toronto, elle convoite dans la Bourse de Montréal une plateforme de négociation moins coûteuse et plus rapide qui, pour l’instant, traite les négociations, mais devrait s’étendre à la surveillance et à la compensation. Le parquet torontois avait déjà tenté, en 2003, une incursion au sein de la bourse électronique Archipelago. Cette entrée sur ce qu’on appelle le «marché boursier hors-cote» n’a pas réussi, mais la symbolique du geste demeure.

Déjà l’un des trois grands marchés hors-cote des États-Unis, Archipelago ouvrait ­toute grande la porte d’un autre marché en croissance, celui des systèmes de négociation alternatifs (SNA) qui, en 2000, revendiquaient déjà le tiers du volume observé sur le Nasdaq et jusqu’à 10 % de celui négocié sur les parquets de New York et de l’American Stock Exchange.

Derrière ces grands mouvements, on découvre des actionnaires institutionnels qui souhaitent empocher la plus-value de leurs placements dans des parquets boursiers transformés en sociétés à capital-actions. Les participants du marché, soit ces mêmes investisseurs institutionnels, souhaitent en outre pouvoir compter sur des systèmes de négociation accessibles 24 heures sur 24, à moindre coût et, si possible, dans l’anonymat. C’est ce que font miroiter les SNA et ce vers quoi tendent les parquets traditionnels.

Déjà, en 1999, au moment où les bourses du pays se spécialisaient, les autorités de réglementation invoquaient l’importance des SNA, qui n’étaient alors que des marchés émergents. L’évolution technologique avait bouleversé le processus d’exécution des transactions et les nouveaux systèmes dotés d’une technologie de pointe permettaient notamment de gérer un registre des valeurs mobilières pour un marché aux enchères continu (un marché de courtiers), ou encore d’effectuer des opérations de jumelage anonymes en se référant au cours du marché principal, dont les parties à l’opération n’avaient à s’identifier qu’après coup. Les autorités reconnaissaient également que les SNA permettent de traiter davantage de transactions, qu’ils offrent une plus grande transparence en matière d’information, un meilleur accès au marché, et des gains sur le plan de l’efficience et des coûts.

Elles voyaient en outre dans les SNA l’un des plus importants développements depuis de nombreuses années. Ceux-ci pouvaient concurrencer les bourses traditionnelles et les marchés entre courtiers, tels que le Nasdaq, «dans un environnement libre d’avantages déloyaux ou de barrières déraisonnables», selon les dires, à l’époque, de la CVMQ.

Or, ce grand enjeu en cache un autre, lié celui-là à l’harmonisation sur le plan de l’encadrement réglementaire, car la consolidation plané­taire s’inscrit dans le contexte plus large de l’éclatement du commerce des valeurs mobilières. La réglementation devra donc s’adapter et s’harmoniser à l’échelle internationale, tout en demeurant décentralisée. Tel est donc le défi à relever.


Gérard Bérubé est responsable de la section Économie et Finance au Devoir à Montréal.

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