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Couper sans peiner
Par Paul Brent
Illustration : Mike Constable
Dans la course sans fin aux réductions de coûts, les coupures d’effectifs et autres mesures drastiques ne
suffisent plus. Aujourd’hui, il faut se montrer créatif et prendre des risques
Au début des années 2000, le fabricant de produits électriques Hubbell Canada LP savait qu’il lui fallait
mettre le nez dans ses transports, longtemps négligés. Alors que la livraison de produits à ses clients
partout au Canada est au cœur de ses activités, cette entreprise n’avait pas de directeur à plein temps de la
logistique et des transports, et elle n’était pas sûre de pouvoir justifier le salaire d’une telle personne.
Après beaucoup de planification et de recherches, Hubbell a conclu qu'elle pouvait atteindre le résultat
recherché sans nuire à son bénéfice net, voire même en réalisant des économies. La solution retenue par
l’entreprise de Pickering (Ontario) a été de recourir à l’impartition. La décision s’est traduite dès la
première année par des économies de 273 000 $ en coûts d’expédition.
L’époque où les entreprises sabraient dans leurs coûts est bel et bien révolue, et faire des coupes
sombres dans les effectifs alors que les salariés travaillent déjà d'arrache-pied n’est pas une solution.
Il faut aujourd’hui expérimenter et prendre des risques. Les entreprises se tournent vers l’impartition
des fonctions clés comme la logistique, les économies d'approvisionnement, le transfert des coûts aux
fournisseurs, l’amélioration de leur site Web et de son référencement par les moteurs de recherche, le
réaménagement intérieur des bureaux et même la réalisation concrète du bureau sans papier si longuement
promise. Grâce au hasard heureux de la géographie qui fait du Canada le pays voisin de la plus grosse
économie mondiale, les entreprises canadiennes sont des exportatrices énergiques. Mais les temps sont durs
pour celles qui approvisionnent les consommateurs américains. Le coût du carburant a explosé, les
embouteillages à la frontière sont fréquents et la force du dollar canadien a encore rogné les profits.
Tout cela fait le bonheur des firmes de sous-traitants en logistique qui analysent le système de transport
de l’entreprise, lequel représente souvent entre 3 % et 10 % du budget de celle-ci, et imaginent un plan pour
réduire ce coût. «Faire économiser 1 million de dollars à une entreprise qui affiche une marge nette de 10 %,
c’est comme lui faire gagner 10 millions de chiffres d’affaires de plus», explique Brian Bertrand, président
et chef de la direction de C&S Logistics Solutions Ltd., située à Markham (Ontario), l’entreprise choisie
par Hubbell pour s’occuper de sa logistique. «Un PDG qui décrocherait un contrat de 10 millions de dollars
sauterait au plafond. Or, on peut économiser 1 million au niveau de l’expédition.» Une économie d’un million
de dollars sur les coûts d’expédition annuels, c’est le résultat que C&S obtient régulièrement pour ses
clients.
Les sous-traitants en logistique, dit-il, «examinent le réseau de transport de leurs clients, leur
fonctionnement, les transporteurs routiers avec lesquels ils font affaire, puis créent un système plus
efficient et plus adapté aux besoins des clients, en renégociant avec les meilleurs transporteurs aux
conditions du marché du moment».
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La logistique
Alors que la totalité de l’entreprise, depuis le président jusqu’aux plus bas échelons, s’est vu inculquer
la mentalité du service à la clientèle, cette attitude d’optimisation du service au niveau du quai de
chargement peut être dévastatrice pour le bénéfice net de l’entreprise.
«Le transport est un des éléments pour lesquels les entreprises dépensent trop, en grande partie
attribuable à notre culture du service», explique Bob Bertrand, président et chef de la direction de C&S
Logistics Solutions Ltd. «Le service des ventes est voué à satisfaire et à sursatisfaire le client. Si la
commande est en retard, on dit : «Livrez!... par avion, s’il le faut.» Bob Bertrand recommande aux
entreprises d’inclure le coût réel des services d’expédition dans leurs modèles d’établissement des prix, au
lieu de promettre et de voir leur marge bénéficiaire se réduire comme peau de chagrin. Elles peuvent aussi
regrouper les envois; un nombre limité de gros envois coûte moins cher qu’un flot de petits envois.
Autres économies découlant de la logistique :
- Élimination de la ruée de fin de mois. Le pic d’activité (et des tarifs) du transport routier
tombe à la fin du mois, au moment où les entreprises tentent d’atteindre leurs quotas de ventes mensuelles.
Non seulement les tarifs d’expédition sont plus bas au début du mois, mais on évite ainsi les coûts de
main-d’œuvre qui vont de pair avec le travail de fin de semaine ou les heures supplémentaires imposées aux
employés pour faire partir le chargement de fin de mois.
- Analyse de la facturation. Y a-t-il trop de colis et des demi-cargaisons qu’on pourrait
regrouper? Un sous-traitant en logistique analysera le schéma des expéditions pour détecter et corriger les
inefficiences.
- Vérification des factures. En dépit, ou en raison de l’informatisation, le taux d'erreur dans
les factures atteint 50% selon Bob Bertrand. «Quand l’erreur est favorable à notre client, nous l’acceptons.
Quand elle joue en faveur du transporteur routier, nous la rectifions et lui envoyons le bon versement,
accompagné de la facture corrigée.»
- Connaissance du système.
Chaque entreprise de messagerie a son propre système de tarifs, de poids et d’itinéraires. «Les transporteurs
de petits colis sont très spécialisés et leurs tarifs, fonction des zones et du poids, échappent à la
compréhension du profane, dit Bob Bertrand. Nous pouvons les analyser.» Il cite le cas d’une messagerie
connue dont les tarifs, très compétitifs au niveau local, sont relativement élevés pour les longs trajets,
comme entre l’est et l'ouest du pays. «Nous utilisons donc ses services en Ontario et au Québec et faisons
appel à un transporteur routier jusqu’en Colombie-Britannique. Une fois la cargaison là-bas, nous reprenons
les services de messagerie, au tarif local.»
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Ces spécialistes des hauts et des bas du secteur du transport routier en Amérique du Nord, évalué à 800
milliards $, peuvent obtenir de l'espace à prix d’aubaine dans des camions ou des wagons à moitié vides.
«Aucun transporteur ne peut ajuster ses commandes, pour que ses camions ou wagons soient toujours aussi
pleins en descendant vers le sud qu’en remontant vers le nord», explique Brian Bertrand. La recherche
d’économies est le principal motif qui pousse une entreprise à sous-traiter, mais ce n’est pas le seul. «Il
se peut que la logistique ne fasse pas partie des compétences de base de l’entreprise ou, s’il s’agit d’une
multinationale, qu’elle n’ait pas une clientèle assez large au Canada pour justifier un établissement
autonome, y compris bâtiments, moyens de transport et personnel de livraison», explique Charlie Meilach,
directeur des transports de Métro Canada Logistique, dont le siège social est à Montréal. «Bon nombre de
clients nous demandent d’organiser leurs transports». À part les fluctuations du cours du change entre
dollars canadien et américain, et les hauts et les bas de l’économie, les variations saisonnières des tarifs
d’expédition peuvent aussi être considérables. Par exemple, la récolte des melons dans le sud des États-Unis
mobilise de nombreux camions pour le transport des fruits, et peut faire bondir de 30 % à 40 % les tarifs au
départ de la Floride ou de la Géorgie.
Hubbell a réalisé des économies considérables en décidant d’avoir recours à l’impartition. Ses activités
au Canada sont de taille. Pickering, où elle a son siège social, un entrepôt de près de 120 m2 et une usine,
lui sert de centre de distribution pour le Canada. On y manipule quelque 7 500 articles différents, allant
des petites composantes électriques aux réverbères de 15 mètres de haut. Hubbell possède en outre une usine
dans la région de Montréal, qui expédie sa production à Pickering ainsi qu’à des clients aux quatre coins du
Canada.
C&S prévoyait pouvoir réduire les coûts de transport de Hubbell de 150 000 $ par des initiatives comme
le regroupement des expéditions, l’obtention de meilleures conditions de la part des transporteurs routiers
et le remplacement de la société d’expédition de petits colis par une autre. Au départ, Hubbell était
réticente à effectuer un tel changement. «C’était l’inconnu», explique Debbie Drozda, directrice de
l'exploitation de Hubbell. «Vous demandez à quelqu’un de gérer vos affaires, vos activités de fret tout en
assurant la satisfaction de vos clients. Mais l’économie était substantielle et je ne pouvais pas en faire
abstraction.» Les économies réalisées par Hubbell ont été de 82 % supérieures à ce qui était prévu, et elles
se sont maintenues au même niveau d’année en année.
L’impartition de la logistique a aussi apporté à l’entreprise des bienfaits inattendus. «En sous-traitant
la logistique à C&S, nous avons pu nous concentrer sur nos processus internes pour améliorer l’efficience
de notre centre de distribution», explique Debbie Drozda. Même si la qualité du service offert par C&S
explique la fidélité de Hubbell, les clients potentiels sont séduits par la perspective de réaliser des
économies de coûts. Bien que la plupart des fabricants se concentrent sur les gains de parts de marché, il
peut être facile de réaliser des économies de coûts importantes, et les dollars ainsi économisés se
répercutent sur le bénéfice net.
Un autre aspect de la gestion de la chaîne logistique souvent négligé par les entreprises réside dans les
efficiences réalisées du côté de l’approvisionnement. Les responsables des achats au Canada se sont dotés
d’un titre professionnel (approvisionneur professionnel agréé) et ont formé l’Association canadienne de
gestion des achats, forte de quelque 40 000 membres liés aux secteurs du détail, de l'industrie, des
transports, des administrations publiques ou des services. Pourtant, les approvisionneurs professionnels ont
encore souvent mauvaise réputation parce qu’ils sont débordés de travail, mal utilisés par les entreprises ou
parce que, malgré leur titre professionnel, ils n’ont pas l’expérience nécessaire, explique Kevin Taylor,
acheteur principal chez le fabricant d’instruments médicaux MDS Analytical Technologies à Concord
(Ontario).
«Du point de vue de l’efficience, avoir un acheteur qui connaît le processus, l’entreprise, ses activités
et qui a la formation pour étayer tout cela, n’a pas de prix, ajoute Kevin Taylor. L’acheteur peut réduire la
durée du cycle fournisseur client, réduire vos stocks et en accélérer la rotation, d’où des économies
massives. Il lui faut juste trouver le bon fournisseur au bon moment.»
Selon Kevin Taylor, les entreprises devraient inviter longtemps d’avance des approvisionneurs
professionnels à participer au processus de conception des produits ou des services. «La plupart des
entreprises accordent beaucoup trop de soin à la conception même des produits». Kevin Taylor intervient dans
la conception de la gamme d’appareils médicaux de son entreprise, avec les ingénieurs et les fournisseurs,
afin que les produits soient conçus pour maîtriser les coûts. «On peut éliminer une grosse part du coût d’un
produit à l'étape de conception, mais les ingénieurs n’iront pas s’asseoir avec un fournisseur pour essayer
de réduire les coûts de conception et de production», dit Kevin Taylor. Il a constaté que les entreprises
s’en remettaient souvent à des logiciels ultraperfectionnés pour résoudre tous leurs problèmes. «Ces
supersystèmes, comme Oracle ou SAP, sont rarement assez souples pour aider votre service de chaîne
logistique, dit-il. Ce sont des outils d’information à l’intention de la direction. J’ai entendu dire que bon
nombre d’entreprises achètent un logiciel de gestion pour la chaîne logistique afin qu’il alimente en
information Oracle ou SAP, ou un autre grand système.»
De plus en plus, les entreprises se tournent également vers Internet pour réduire les coûts et accélérer les
communications. L'américaine Armor-Tile, qui fabrique et commercialise des bandes d’éveil de vigilance pour
non-voyants, se sert du Web pour tenir ses dépositaires au courant de l’évolution et des caractéristiques de
ses produits, dans une section sécurisée de son site Web. «Cette entreprise expédiait naguère par la poste
tous les DVD, affiches et outils de formation interactifs à ses dépositaires aux quatre coins des États-Unis.
Les coûts d’expédition et de fabrication étaient élevés», raconte Scott Wilson, président d’eMotion Picture
Studios Inc., à Burlington (Ontario), une société de conception de vidéos et d’optimisation des moteurs de
recherche (voir encadré). «Désormais, un représentant peut acheter ses propres CD chez Staples, les graver et
imprimer lui-même, sur une imprimante en couleur, les affiches et les brochures. Cela ne coûte pas
grand-chose au représentant, mais Armor-Tile a éliminé les coûts d’expédition, refilant ses coûts
d’impression à ses distributeurs».
Alors que la révolution numérique (et la révolution informatique avant elle) promettait un bureau sans
papier, la plupart des entreprises sont toujours submergées par la paperasse. L’employé de bureau typique
produit et conserve des montagnes de documents et de rapports papier, qui risquent de nuire à sa
productivité. Elles regorgent de données confidentielles et engorgent un espace précieux, étant donné le prix
du mètre carré. Selon l’entreprise de gestion de documents TAB, qui a été l’artisan du plus gros déménagement
de société de l’histoire du Canada en supervisant le déplacement du siège de l’Imperial Oil de Toronto à
Calgary, la plus grosse partie du papier qui encombre le poste de travail moyen peut être déchiquetée.
TAB, qui s’efforce de débarrasser ses
grandes sociétés clientes des monceaux de papier qui encombrent leurs bureaux, déblaie actuellement la
paperasse encombrant une société d’État de Winnipeg comptant quelque 1 700 salariés. «On en trouve en moyenne
25 pieds cube par personne, dont 80 % devraient aller à la déchiqueteuse», dit Bob Duncan, vice-président,
services conseils et impartition, au bureau de Calgary de TAB. En général, TAB effectue son analyse et son
déchiquetage des papiers d’une entreprise lorsque celle-ci déménage; les économies de coûts sont alors les
plus évidentes pour la direction.
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L’optimisation pour moteur de recherche
De plus en plus, les affaires se font sur la toile. D’un côté, ceux qui sont à la recherche de
fournisseurs potentiels et qui comparent les prix et les services. De l'autre, des entreprises jouant des
coudes pour vanter leur produit.
Dans le monde virtuel d’aujourd’hui, il ne s’agit plus de briques et de mortier, ni d'installer son siège
social sur la bonne rue dans la bonne ville, mais d’occuper une concession dans le cyberespace, que les
clients potentiels pourront trouver et où ils se plairont. C’est là qu’intervient l’optimisation pour moteur
de recherche (SEO en anglais) ou «référencement naturel». Correctement exécutée, l’opération peut propulser
une entreprise à l’avant-plan sur Internet.
L’entreprise eMotion Picture Studios Inc., installée à Burlington (Ontario) et chef de file en
référencement naturel, formate le site Web de ses clients, dans la perspective d’une recherche par Google,
puisque c’est avec Google que se fait la majorité des recherches en Amérique du Nord. Il vise à amener ses
clients à figurer dans l’une des trois premières pages appelées par Google, soit parmi les 30 premiers sites
de son classement hors espaces publicitaires.
Aux entreprises qui souhaitent optimiser elles-mêmes leur site pour Google, eMotion conseille de créer son
site en HTML, pas en Flash. Flash est attrayant, mais il met du temps à charger, ce qui peut agacer les
clients potentiels. Pire, Google ayant du mal à lire les sites créés en Flash, ceux-ci ne se retrouvent pas
dans son classement, fait remarquer le président d’eMotion, Scott Wilson. Il recommande aussi de créer une
page de contenu spécifique pour chacun des termes de recherche souhaités, chacune de ces pages devant être
reliée à la page d’accueil par un lien.
Enfin, Scott Wilson souligne qu’il est
coûteux et chronophage de lutter pour figurer parmi les premières réponses à la requête «golf». Il est
probablement plus facile et plus rentable de gagner le combat pour le terme «club golf gaucher» s’il se
trouve que vous vendez des clubs de golf pour les gauchers.
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Réduire la pollution papier au minimum
est plus important que jamais, puisque l’espace de travail moyen au Canada est passé d’environ 2,5 mètres sur
2,5 mètres à 2,5 mètres sur 1,8 mètre. «Cela a libéré des millions de mètres carrés d’immobilier, souvent à
500 $ ou 600 $ le mètre carré, indique Jim Sweeney, président de Sweeney Dale Interior Design Inc., engagé
pour concevoir l’aménagement du nouveau siège de Sears Canada dans le bâtiment de l’ancien magasin phare
d’Eaton au centre-ville de Toronto.
Les archives papier qu’on ne détruit jamais s’avèrent aussi très lucratifs pour les spécialistes de la
gestion de documents. «En général, 90 % de ce qu’on trouve dans les sites d’entreposage à l’extérieur de
l’entreprise pourraient être légalement détruits», dit Bob Duncan. «Cela coûte cher de faire sortir et trier
ces trucs pour décider quoi en faire. Quelles sont les autres options? Entreposer éternellement?»
L'entreposage des dossiers, qui coûte de 4 $ et 8 $ la boîte, est devenu une activité très profitable. «J’ai
un ami californien qui a ouvert un centre d’archivage de documents d’entreprise en 1988. Il n’a jamais sorti
une boîte pour aucun de ses clients. Il en est à son quatrième entrepôt.»
Paul Brent est journaliste à Toronto.
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