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Comment réussir sa sortie
Par René Lewandowski
Illustration : Michelle Thompson
Assurer l’avenir d’une PME ou d’une
entreprise familiale passe par une planification adéquate de la relève.
Devenir entrepreneur, c’était le souhait de Claude Lavoie, d’Ottawa. Mais il n’aurait jamais cru reprendre
l’entreprise fondée par son père en 1946, la Menuiserie Gaston Lavoie. Après avoir dirigé un atelier de
carrosserie et suivi des cours en administration à l’Université d’Ottawa dans les années 1970, le jeune homme
rêvait de lancer sa propre entreprise dans le domaine de la transformation du métal. Jusqu’à ce que son père
décède prématurément d’un cancer du cerveau en novembre 1979.
En plus de devoir vivre avec la perte d’un proche, Claude Lavoie se retrouve soudainement avec une
entreprise dont ni lui ni ses quatre frères et sœurs ne veulent. De plus, leur père n’a mis en place aucun
plan de relève. «Nous n’étions pas préparés, nous ne savions pas quoi faire», raconte M. Lavoie.
Un peu plus de 25 ans plus tard, la planification de la relève dans les entreprises est-elle mieux
gérée? À lire les chiffres, on peut affirmer que non, ou du moins, pas assez. Un sondage réalisé en 2006 par
la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) indique que, si près des deux-tiers des
propriétaires de PME souhaitent se retirer au cours des dix prochaines années, seuls 10 % d’entre eux
disposent d’un plan en bonne et due forme pour la vente, la transmission ou la fermeture de leur entreprise.
Un peu plus du tiers (38 %) ont un plan non officiel, c’est-à-dire une vague idée de la façon dont ils
transmettront leur entreprise. Or, plus de la moitié (52 %) n’ont pas de plan du tout. «C’est
inquiétant», dit Richard Fahey, directeur général intérimaire, Québec, de la FCEI. Selon lui, sans vision à
long terme, on se dirige vers la catastrophe. Comme le souligne un ouvrage de l’ICCA, «ne pas planifier
revient à planifier l’échec». Cela se traduit souvent par une vente à rabais parce qu’on a sous-évalué
l’entreprise. Pour les entrepreneurs, les risques sont énormes, car pour beaucoup d’entre eux, la valeur de
leur entreprise constitue leur unique fonds de retraite. De plus, lorsqu’on a mal préparé ses successeurs,
l’entreprise peut connaître des difficultés pouvant mener à la fermeture ou à la faillite. C’est
particulièrement vrai dans le cas des entreprises familiales, où l’absence de planification est une des
principales raisons qui expliquent pourquoi 70 % des transferts intergénérationnels ne survivent pas à
la seconde génération, et 90 % ne dépassent pas la troisième. Quand on sait que près de 60 % des
travailleurs canadiens sont à l’emploi de PME, et que 80 % des entreprises sont familiales, c’est toute
l’économie qui risque d’écoper.
Tous ces chiffres ont inspiré l’Institut Canadien des Comptables Agréés (ICCA) qui, en 2006, a publié
Outils de planification de la relève pour les propriétaires d’entreprise : Tirez pleinement parti de la
valeur de votre entreprise (www.icca.ca/proprietairesdentreprise).
Corédigé par Luanna McGowan, ancienne associée nationale chez PricewaterhouseCoopers, Corina Weigl, de Fasken
Martineau DuMoulin, et David L. Wilton, de la Banque Scotia, le bouquin présente une foule d’outils et de
techniques utiles pour aider les propriétaires d’entreprise à établir un plan de relève. On y relate aussi
des histoires d’horreur d’entrepreneurs qui n’ont pas planifié, ou qui n’ont pas su le faire
convenablement.
L’expérience a été pénible pour Claude Lavoie. Au décès du père, la famille avait décidé de vendre
l’entreprise. Mais on était au début de la récession des années 1980, et les acheteurs ne se bousculaient pas
au portillon. Claude Lavoie se voit alors confier la gestion de l’entreprise, le temps que la situation
économique s’améliore. On espère ainsi obtenir un meilleur prix le moment venu. Commence alors pour lui un
chemin de croix qui va durer trois ans. Harcelé par le fisc, qui réclame 8 000 $ à l’entreprise pour des
taxes impayées, et par un inspecteur en sécurité zélé, Claude Lavoie croule sous les problèmes. Pis, parce
qu’il ne connaît rien du métier, il commet des erreurs qui coûtent cher à l’entreprise. Par exemple,
lorsqu’il fait des soumissions, ses prix sont souvent trop bas, affectant la rentabilité. Résultat :
18 mois après avoir pris les commandes de la menuiserie, l’entreprise est au bord du gouffre. «Un peu
plus et on faisait faillite», dit Claude Lavoie. Il est vrai que son père est mort prématurément. Mais même
s’il avait vécu plus longtemps, il n’aurait pas nécessairement mieux planifié. Comme le signale Richard
Fahey, un des plus grands défis des propriétaires d’entreprise est de prendre conscience qu’ils devront
quitter un jour ou l’autre. «Beaucoup de gens ont du mal à couper le cordon», explique-t-il.
James Littlejohn, 57 ans, peut en témoigner. Ce fermier du sud-ouest de l’Ontario, a travaillé pendant 28
ans sur la ferme de son père, dans l’espoir de lui succéder un jour. «Mon père ne voulait pas quitter la
ferme», raconte-t-il. Même vieux et malade, et malgré l’insistance de ses dix enfants, il ne voulait pas
lâcher les rênes, au point de mettre l’entreprise en péril. En 2001, il a donc fallu un rapport médical pour
le déclarer inapte. «Une situation déchirante, mais nécessaire», dit James Littlejohn, qui a finalement
repris la ferme en 2006, au décès de son père. On aurait évité bien des soucis si le père de James Littlejohn
s’était préparé. Après tout, planifier la relève se compare au fait d’ investir dans un REEE ou un REER :
plus on s’y prend tôt, plus on accroît ses chances de succès. Certains experts estiment à dix ans le temps
minimum nécessaire. On peut aussi le faire en deux ou trois ans, soulignent les auteurs des Outils de
planification de la relève. Il faut alors passer en mode accéléré.
Qu’est-ce que la planification de la relève? C’est un processus permettant au propriétaire d’entreprise
d’explorer toutes les options qui s’offrent à lui afin de protéger son investissement, et de choisir la
meilleure stratégie de sortie pour lui, son entreprise et sa famille (voir Encadré en page 21).
Une des premières choses à faire consiste à explorer les options. Trois choix s’offrent au propriétaire :
transmettre l’entreprise à son ou ses successeurs, transférer les droits de propriété aux dirigeants ou aux
employés, ou encore vendre l’entreprise. Peu importe la décision, elle doit être soigneusement réfléchie, car
elle aura des incidences sur l’avenir de l’entreprise, les clients, les fournisseurs, les employés et la
famille. «C’est du cas par cas», dit Louise St-Cyr, professeure à HEC Montréal et titulaire de la Chaire de
développement et de relève de la PME. «Pour certains entrepreneurs, dit-elle, la pérennité de l’entreprise a
peu d’importance; pour d’autres, c’est essentiel. Il faut donc adapter son plan selon ses valeurs et ses
objectifs.» Si l’objectif vise à céder l’entreprise à sa progéniture, une foule de questions doivent être
posées et résolues, surtout lorsqu’on a plusieurs enfants. Qui est intéressé? À qui céder l’entreprise? Une
fois le successeur choisi, comment le préparer? De quelle formation supplémentaire aura-t-il besoin? «Trop
souvent, explique Louise St-Cyr, les gens oublient de se parler, ou ne se parlent carrément pas.» Le manque
de communication peut en effet être source de vifs conflits, surtout dans les familles nombreuses, où
plusieurs enfants sont en concurrence pour le poste de direction. Ne pas se parler engendre parfois des
situations rocambolesques, comme dans le cas de Viacom, géant des télécommunications aux États-Unis, contrôlé
par la famille Redstone. Depuis 35 ans, ses membres se poursuivent l’un l’autre en justice, lavant leur linge
sale en public. En février 2006, Brent Redstone, le fils du président du conseil de Viacom, Sumner Redstone,
engageait une poursuite contre son père, l’accusant d’avoir mal géré des millions de dollars provenant d’une
filiale. Plus récemment, selon le Los Angeles Times, c’était au tour d’un neveu, Michael D. Redstone,
d’accuser son oncle de les priver, lui et sa défunte sœur, de leur participation dans l’entreprise, évaluée à
plus d’un milliard de dollars américains! Pour éviter ces situations malsaines, Luanna McGowan suggère la
mise en place d’un conseil de famille, lieu d’échange où chacun pourra apporter sa contribution et ses idées.
Les rôles de chacun, avant et après le transfert de propriété, devraient également être clarifiés.
Qu’est-ce qu’un plan de relève?
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Document stratégique, il établit un processus et un échéancier des étapes permettant au propriétaire de
l’entreprise de se retirer. Il devrait contenir les informations suivantes :
L’identité du ou des successeurs ainsi que la formation prévue pour le successeur.
Plus tôt vous aurez identifié votre successeur, mieux vous pourrez lui apporter du soutien. S’ils
sont plusieurs sur les rangs, les identifier tôt vous permettra de mieux les évaluer. Quelles compétences a
le successeur? Quelles sont ses lacunes? Quel type de formation doit-il suivre pour se mettre à niveau?
A-t-il besoin d’un coach?
Le rôle des autres gestionnaires durant la transition.
Quelles compétences ont-ils? Les anciens cadres accepteront-ils la venue du successeur? S’il y a
plusieurs enfants, accepteront-ils un rôle de moindre importance? Qui fera quoi? Et pourquoi?
La répartition des droits de propriété.
Combien de personnes auront le droit d’être propriétaire? Quel pourcentage recevront-ils? À qui
confierez-vous le contrôle des actions avec droit de vote? En discuter à l’avance évitera bien des maux de
tête.
Les mécanismes de transfert des actions de l’entreprise.
Il est conseillé de demander l’aide d’un spécialiste.
Les considérations juridiques et fiscales.
Devriez-vous vendre les actifs ou les actions? Avez-vous préparé une convention entre actionnaires? Une
fiducie familiale? Ne pas tenir compte de ces considérations juridiques et fiscales pourrait vous coûter
cher.
Les considérations financières.
Combien vaut votre entreprise et comment financer la vente? Seuls des spécialistes en évaluation
d’entreprises peuvent vous aider à ce titre.
Les questions liées à la retraite.
Quels sont vos objectifs de vie une fois à la retraite? De combien aurez-vous besoin pour vivre? Selon David
Wilton, «de ces réponses dépendent les décisions que vous aurez à prendre avant de vendre l’entreprise».
Les mécanismes de résolution des conflits et problèmes.
Mettez en place un conseil de famille. C’est un bon moyen d’éviter les chicanes.
Un échéancier.
Quand comptez-vous vous retirer et vendre l’entreprise? Quand votre successeur entrera-t-il en poste? Quelles
sont les étapes à franchir? Quand devront-elles êtres franchies?
Un plan d’urgence (ou plan B).
Avez-vous une porte de sortie si rien ne fonctionne? Car on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve.
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C’est ce qu’a fait Joseph Sorbara, 65 ans, président du conseil du Sorbara Group, société immobilière de
Vaughan (Ontario). Il y a deux ans, lui, sa sœur et ses deux frères, dont l’un est le ministre des Finances
de l’Ontario, Gregory Sorbara, ont créé un conseil de famille constitué des quatre frères et sœurs, tous
copropriétaires, de leurs conjoints et de leurs 17 enfants. «On voulait créer un environnement axé sur la
compréhension», explique Joseph Sorbara. Deux fois par année, le conseil de famille se réunit pour discuter
de divers sujets. (Joseph Sorbara précise toutefois que «tant que Gregory est ministre, son statut de membre
est suspendu et il n’assiste pas et ne participe pas aux réunions».) On y a notamment instauré des règles
d’embauche pour les membres de la famille. Par exemple, l’emploi pour ceux-ci n’est pas garanti. Il faut
d’abord qu’il y ait un poste ouvert, et que celui ou celle qui postule ait les compétences requises. On exige
au moins un diplôme d’études secondaires pour un poste de premier échelon. Pour un poste de cadre, il est
préférable de détenir un diplôme universitaire et d’avoir acquis un peu d’expérience dans une autre
entreprise. «Quand les règles sont claires, ça évite bien des problèmes», dit Joseph Sorbara. Un conseiller
externe agit comme modérateur durant les réunions du conseil de famille. «Ça permet plus d’objectivité durant
les discussions», dit-il. Luanna McGowan estime qu’un conseiller externe est souvent utile, surtout au début,
pour fournir des conseils spécialisés et une expertise technique. «Ce peut être un comptable, un avocat, ou
tout autre spécialiste, qui doit avoir d’excellentes aptitudes en communication interpersonnelle»,
explique-t-elle.
Joseph Sorbara et ses associés préparent un plan afin de choisir un éventuel successeur. Parmi leur
progéniture, quatre enfants ont été ciblés. Depuis septembre 2006, ces enfants et d’autres gestionnaires
participent à des ateliers afin de se familiariser avec tous les services de l’entreprise. D’ici quelques
mois, Joseph Sorbara les soumettra à des tests, sortes d’études de cas fictives à résoudre, un peu comme on
les enseigne dans les écoles d’administration. Ils devront montrer qu’ils ont les habiletés de leadership
nécessaires pour diriger l’entreprise. «Sinon, nous choisirons un ou des successeurs externes», précise
Joseph Sorbara, qui espère que la décision sera prise d’ici deux ans. Un plan de relève permet de bien
préparer les successeurs potentiels. Durant la période de transition, on évalue leurs compétences et surtout,
leurs lacunes. On peut leur suggérer de la formation, ou leur assigner un coach personnel, explique Louise
St-Cyr.
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Cinq erreurs à éviter
1) Ne pas planifier. «Si vous ne prenez pas le contrôle des événements, les événements vous
contrôleront», dit Betty Hansen, présidente de Crossroads Planning Group, un groupe de conseillers auprès des
entreprises familiales.
2) Ne pas reconnaître que le temps passe vite. La vie est courte, on le sait tous. Si on vit
aujourd’hui plus longtemps et en meilleure santé, on a parfois tendance à l’oublier. Lorsqu’on oublie le
temps qui passe, on oublie de prendre des décisions et de poser les gestes qui assureront la pérennité de
l’entreprise. Et quand on s’en rend compte, il est souvent trop tard.
3) Ne pas préparer son successeur. Cette erreur découle souvent de la précédente, et elle est
majeure.
4) Refuser de quitter. Cela arrive trop souvent car les «gens refusent de penser à leur stratégie
de sortie», dit Corina Weigl. Si vous esquivez la question trop longtemps, vous pourriez ne pas avoir le
temps de donner à la prochaine génération le soutien moral et technique dont elle a besoin.
5) Ne pas communiquer. Il est souvent plus facile de ne rien dire. Mais le manque de
communication est un nœud de vipères, qui devient de plus en plus difficile à dénouer au fil du temps.
Cinq choses à faire
1) Établir un environnement de confiance. Avec les membres de votre famille et de la direction,
adoptez une attitude favorisant confiance et respect. C’est la règle no 1, dit Betty Hansen. Elle devrait
faire partie de la culture, ajoute-t-elle, car commencer à favoriser une telle attitude du jour au lendemain
n’est pas évident.
2) Communiquer! On l’a déjà dit, mais c’est tellement important qu’il faut le répéter. Pour Betty
Hansen, le meilleur moyen consiste à établir un conseil de famille. Assurez-vous également que vos
conseillers — votre avocat, votre comptable, votre banquier, etc. — connaissent vos intentions. Ils devraient
former une équipe, dont les différents membres interviennent à tour de rôle au besoin.
3) Commencer tôt. Vos enfants sont encore à l’école? Commencez par leur parler de vos affaires.
Vous pourrez aussi jauger leur intérêt. Plus tôt vous débuterez votre planification successorale, meilleurs
seront les résultats.
4) Un plan écrit. Exercice difficile quoique nécessaire, il vous servira de feuille de route.
Mais attention, le plan doit être flexible, car la vie est remplie d’imprévus.
5) Préparer son successeur. Déléguez des responsabilités à votre éventuel successeur; c’est le
meilleur moyen de le former. Il doit apprendre progressivement à prendre des décisions et à peaufiner son
jugement.
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Une formule de plus en plus populaire est ce que Denise Paré-Julien, consultante montréalaise auprès
d’entreprises familiales, appelle les «responsabilités partagées». Pendant quelques années, le propriétaire
et son successeur dirigent conjointement l’entreprise, en se partageant diverses fonctions. Cette formule
permet au successeur de se familiariser avec tous les aspects de l’entreprise, et de se faire connaître
graduellement auprès des clients, des fournisseurs, du banquier, de l’avocat, du comptable, etc. «C’est
primordial que ces gens-là aient le temps d’apprivoiser le successeur», dit Mme Paré-Julien, également
administratrice du chapitre montréalais de la Canadian Association of Family Enterprise (CAFE).
Au sein du Groupe Jean Coutu, on partage les responsabilités de direction depuis longtemps. Si Michel et
François-Jean ont occupé plusieurs postes de haute direction, leur père, Jean Coutu, est toujours resté dans
les parages. L’an dernier, lorsque la société a connu des difficultés aux États-Unis, qui se sont répercutées
sur le cours de l’action, il a même repris les commandes, le temps de vendre les filiales américaines à la
chaîne de pharmacies Rite-Aid.
Parfois, les successeurs viennent à la rescousse. C’est ce qu’a fait James McKenzie, 51 ans, président de
Monk Office, détaillant de fournitures et d’ameublement de bureau de Victoria (Colombie-Britannique). En
1982, alors qu’il travaillait à titre d’ingénieur, James McKenzie a reçu ce qu’il décrit comme un appel
«mobilisateur» de son père, le propriétaire de Monk Office Supply. L’entreprise connaissait de sérieuses
difficultés financières, et le père avait décidé de la fermer, à moins que ses fils ne viennent la relancer.
James McKenzie, son frère et son père ont travaillé d’arrache-pied (jusqu’à 80 heures par semaine) pour
redresser la situation de l’entreprise. Cinq ans plus tard, le père a vendu ses actions à ses fils, et a pu
se retirer. Depuis, James McKenzie a racheté les actions de son frère, et l’entreprise a multiplié son
chiffre d’affaires par huit.
Le financement est une des grandes difficultés de la planification de la relève, que l’entreprise reste
dans la famille, ou soit vendue à des étrangers. En principe, cette étape relève de l’acquéreur. Mais le
propriétaire doit aussi comprendre les obstacles auxquels ce dernier doit faire face, dit David Wilton,
directeur des opérations bancaires des petites entreprises à la Banque Scotia. Connaître les diverses options
de financement, notamment le financement par emprunt, le crédit-bail et la marge de crédit, est un atout. Il
est parfois préférable de vendre à moindre prix à un acheteur sérieux ayant les moyens financiers et un bon
crédit, plutôt que de rechercher une meilleure offre d’un acquéreur qui pourrait avoir de la difficulté à
obtenir les fonds nécessaires. Dans les entreprises familiales, l’une des options utilisées est le prêt
accordé par le vendeur, ou le solde du prix de vente, pour reprendre le jargon du milieu.
C’est ce qui a permis à James McKenzie et à son frère de racheter Monk Office Supply, en 1987. Ils ont
fait une mise de fonds, et leur père a accepté d’être payé à même les profits futurs de l’entreprise. James
McKenzie a décidé de racheter les actions de son frère selon une formule semblable, trois ans plus tard.
Chose certaine, les enfants dont les parents n’ont pas planifié leur relève ont eu leur leçon. James McKenzie
a un plan depuis cinq ans. Ses quatre enfants seront encore trop jeunes lorsqu’il prendra sa retraite, mais
il cherchera un successeur au cours des prochaines années. Il aimerait cependant que ses enfants deviennent
un jour propriétaires de l’entreprise.
Claude Lavoie s’en est sorti. Grâce à sa persévérance et à un directeur de banque compréhensif, il a pu
notamment payer les arriérés de taxes au moyen de sa police d’assurance-vie et d’une ligne de crédit. Il a
également déménagé l’entreprise de Gatineau à Ottawa et l’a rachetée. Aujourd’hui, la Menuiserie Gaston
Lavoie Cabinet Shop Ltée est en excellente santé financière. Elle compte une trentaine d’employés, et son
chiffre d’affaires annuel atteint près de 3 millions de dollars.
Lui aussi a tiré des leçons de son aventure. Même s’il n’a pas d’enfant, son plan de relève, préparé avec
son CA, est rédigé depuis trois ans. Trois scénarios sont envisagés : liquider les actifs, vendre à des
étrangers, ou vendre à des employés clés, solution qu’il privilégie. Tout a été planifié : les éventuels
repreneurs (il a ciblé cinq employés), les méthodes pour financer la vente, et ses conséquences fiscales et
juridiques. Claude Lavoie n’est pas encore prêt à ranger ses outils pour de bon. De temps en temps, il
consulte souvent son plan de relève. «Pour me rafraîchir la mémoire», dit-il.
René Lewandowski est journaliste pigiste dans la région de Montréal.
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