Les attestations d’équité prennent du galon*
Les conseils
d’administration ont craint pendant des années de ne pas obtenir suffisamment de conseils financiers de la
part d’experts et de tiers indépendants. Aujourd’hui, ils cherchent activement à obtenir des attestations
indépendantes.
* Le présent article est la version intégrale d’un résumé
paru dans le numéro d’avril 2007 de CAmagazine.
Par Helen Mallovy-Hicks
Les pressions exercées sur les conseils
d’administration n’ont jamais été aussi fortes, qu’elles proviennent des nouvelles dispositions
réglementaires ou des parties prenantes. L’obtention d’attestations d’équité de conseillers financiers
indépendants constitue une bonne façon de répondre aux nouvelles exigences.
Les conseillers financiers fournissent des attestations d’équité afin d’aider les conseils
d’administration ou les comités indépendants à déterminer si la contrepartie offerte à l’entreprise dans une
opération donnée est équitable. Des équipes de conseillers distinctes peuvent également effectuer un contrôle
diligent à l’égard de décisions financières importantes, comme les fusions et les acquisitions.
Le recours aux attestations d’équité s’est accru au cours des dernières années et la tendance devrait se
confirmer. Les conseils d'administration ont craint pendant des années de ne pas obtenir suffisamment de
conseils de la part d’experts et de tiers indépendants. Aujourd’hui, ils demandent davantage conseil et il
s’agit d’une démarche avisée. Les conseils d’administration qui tiennent compte de conseils financiers
crédibles provenant d’un plus grand nombre de sources peuvent prendre de meilleures décisions financières. Et
qui dit meilleures décisions, dit meilleure performance et meilleurs rendements pour les actionnaires.
Le fonctionnement du processus
Lorsqu’ils envisagent une opération donnée, les conseils établissent souvent un comité consultatif
transactionnel indépendant. Ce comité peut demander à un conseiller financier d’apprécier le caractère
équitable de l’opération du point de vue financier.
Par le passé, les conseils et les comités faisaient souvent appel à leur banquier d’affaires, qui peut
également agir à titre de conseiller dans le cadre d’une opération, pour obtenir une attestation d’équité.
Mais en raison de la priorité accrue accordée à la gouvernance et à l'indépendance, il est devenu de plus en
plus courant de demander des attestations d’équité à un conseiller financier indépendant qui n'est pas
intervenu dans les négociations. Il peut s’agir d’un cabinet d’évaluation d’entreprise n’ayant pas d’intérêt
financier dans l'opération en question ou n’ayant pas établi d’honoraires en fonction des résultats de
celle-ci. On s’attend à ce qu’un conseiller indépendant fournisse une attestation plus fiable au comité
consultatif et au conseil d’administration.
Ce à quoi les conseils devraient s’attendre
À quoi les conseils d’administration devraient-ils s’attendre lorsqu’ils demandent une attestation
d’équité? Ils devraient s’attendre à ce que le conseiller corrobore leur opinion et explique la façon dont il
a tiré ses conclusions. Les conseils d’administration doivent être prêts à poser des questions et à remettre
en cause l’attestation du conseiller jusqu’à ce qu’ils se sentent rassurés quant à la fiabilité de celle-ci.
Il s’agit là d’un aspect parmi tant d’autres que le comité examinera lors de l’évaluation de l’opération aux
fins de la prise de décision. Sans formuler de commentaires tranchés sur le degré d’équité de l’opération,
les conseillers indépendants présenteront leur point de vue aux conseils et aux comités. Si les informations
communiquées au conseil d’administration lui donnent à penser que l’opération qu’il envisage est «à peine»
équitable, il pourrait avoir de la difficulté à déterminer la façon de procéder dans le cadre du processus
décisionnel.
Inquiétudes quant aux litiges
Les conseils d’administration doivent aussi se prémunir contre la menace omniprésente de litiges coûteux.
Afin de se conformer aux lois en vigueur et proposées, notamment le projet de loi 198 et la Loi
Sarbanes-Oxley, les conseils d’administration doivent montrer qu’ils ont pris en considération les conseils
émanant de sources crédibles, objectives et indépendantes. Des évaluations entièrement indépendantes peuvent
conférer davantage de légitimité aux décisions du conseil — dans les faits et en apparence — et être
invoquées au besoin devant les tribunaux.
Questions à examiner concernant l’indépendance
Ce n’est plus une pratique privilégiée que de se conformer aux dispositions législatives existantes au
détriment des questions d'indépendance associées au recours à des experts en évaluation, compte tenu de
l’importance considérable accordée à l’amélioration de la gouvernance d’entreprise et aux obligations
d’information proposées. Aujourd’hui, les conseils d’administration qui sollicitent des attestations d’équité
accordent davantage d’importance aux barèmes d’honoraires et à la communication d’informations sur
l'indépendance.
L’indépendance — dans les faits et en apparence — est une question clé à examiner lorsque l’on demande une
attestation d’équité. Il peut être coûteux de croire que l’équité d’une opération avalisée par le conseil
d’administration et la direction sera inévitablement attestée par un conseiller ami. Il pourrait également y
avoir apparence de conflit d’intérêts si le conseiller est payé en fonction des résultats d’une opération.
Certains soutiennent qu’une personne qui connaît l’entreprise est bien placée pour déterminer si une offre
est équitable ou non. Cependant, même si cela est juste, il peut être avantageux d’obtenir en appui une
deuxième opinion auprès d’un conseiller indépendant, particulièrement si la personne qui entretient des liens
étroits avec l’entreprise agit à titre de conseiller en matière d'opérations financières.
Dans le cadre de notre expérience chez PwC, nous avons vu de plus en plus d’entreprises faire appel à des
conseillers et des évaluateurs indépendants pour obtenir des attestations d’équité au fil des ans, et nous
prévoyons que dans le cas d’opérations complexes et de grande envergure, l’obtention de multiples
attestations (y compris de la part d’un conseiller financier indépendant) deviendra une pratique
prédominante.
Les petites organisations et les attestations d’équité
Dans le contexte réglementaire actuel, les demandes d’attestations d’équité ne sont pas réservées aux
grandes sociétés. Les petites organisations, y compris les sociétés fermées et les organismes parapublics, y
ont également recours depuis peu. C’est intéressant, car aucun règlement n’exige l’obtention d’attestations
d’équité. C’est donc dire à quel point la gouvernance d’entreprise a évolué au Canada — et pour demeurer à
flot, les conseils d’administration doivent continuer à suivre cette évolution.
L’évaluation est devenue un élément crucial de la gouvernance des sociétés. Le recours aux conseils
d’experts en évaluation indépendants peut, dans les faits et en apparence, procurer aux conseils
d’administration et aux comités indépendants l’assurance nécessaire dans le cadre du processus de gouvernance
d’entreprise. De nos jours, les actionnaires, de plus en plus actifs, exigent une solide gouvernance de la
part des sociétés, et les conseils crédibles d’un évaluateur indépendant peuvent constituer un outil puissant
pour les conseils d’administration.
Helen Mallovy-Hicks est associée du groupe Évaluations et conseils stratégiques
de PricewaterhouseCoopers s.r.l. Experte en évaluation d’entreprises, elle compte plus de 19 ans d’expérience
en évaluation d’entreprises et soutien aux litiges, et dans la prestation de services-conseils sur des
questions financières connexes à la fois au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni.
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