Nouvelles de la profession    
 
   
 

Nouvelles de la profession

Un résumé des initiatives et projets en cours à l'ICCA


Alain Benedetti : un battant!
Le nouveau président du Conseil de l’ICCA

Par Christian Bellavance

Pour quelqu’un que le domaine de la comptabilité n’attirait pas particulièrement, il a plutôt bien réussi! Associé à la retraite du cabinet Ernst & Young, dont il a été vice-président du conseil, Alain Benedetti est devenu, en septembre dernier, le 101e président du conseil de l’Institut Canadien des Comptables Agréés, pour un mandat de deux ans.

Son sens de l’honneur et sa nature compétitive ont sans contredit joué un rôle important dans l’avancement de sa carrière, mais sa passion pour la profession de comptable agréé arrive en tête de liste. Car Alain Benedetti, voyez-vous, est tombé en amour avec cette profession.

«La comptabilité ne m’intéressait guère à l’université, confie-t-il, et je visais à faire mon MBA dans une université réputée, comme le souhaitait d’ailleurs mon père.» Pourquoi alors avoir accepté de rencontrer les représentants de cabinets comptables? «Simplement parce que mes confrères à Loyola (aujourd’hui l’Université Concordia, à Montréal) y allaient et ils m’ont convaincu de me joindre à eux. J’ai d’ailleurs expliqué mon plan aux intervieweurs qui m’ont poliment écouté, et qui ne m’ont jamais rappelé.»

Mais le destin allait mettre sur le chemin de ce jeune homme ambitieux un certain Mike MacKenzie, alors associé principal au cabinet Clarkson Gordon à Montréal. Lui-même détenteur d’un MBA de l’université Harvard, Mike MacKenzie l’a écouté patiemment. «Puis, raconte Benedetti, il m’a suggéré d’entrer au service du cabinet et de faire mon CA. Il m’a indiqué que si tout se déroulait bien après quelques années, Clarkson Gordon pourrait m’aider à réaliser ce projet. La proposition avait beaucoup de sens, et j’ai décidé de l’accepter. J’ai bien sûr suivi diverses formations pendant ma carrière, mais je n’ai jamais regardé en arrière et je n’ai jamais fait ce fameux MBA!»

Georges Waye, associé au cabinet d’Halifax de Ernst & Young, est entré chez Clarkson Gordon le premier juin 1970, le même jour que celui qui allait devenir un ami pour la vie. «Ben – car tout le monde l’appelle Ben – a tout de suite été très impressionné par la vie professionnelle au sein d’un grand cabinet de comptables agréés; il s’y sentait comme un poisson dans l’eau.» Tout à fait d’accord avec cette interprétation des faits, le principal intéressé ajoute : «Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai tout de suite été fasciné par la façon dont les gens interagissaient, le respect mutuel qu’ils démontraient, l’esprit de famille, etc. En fait, j’ai été pris à mon propre jeu, et j’ai rapidement compris que je voulais faire carrière dans cette grande maison.»

Le très fort sentiment d’appartenance engendré par la culture d’un cabinet de comptables agréés venait combler un vide. Né en Égypte d’un père italien et d’une mère grecque, le jeune Alain avait sept ans lorsqu’il a dû quitter ce pays avec toute sa famille lorsque le président Abdel Nasser a littéralement saisi le Canal de Suez en 1956. La British Suez Company, pour laquelle travaillait son père, a alors rapatrié de toute urgence ses employés à Londres. Ce séjour dans la capitale britannique devait durer deux semaines.

«Deux ans plus tard, raconte encore Alain Benedetti, mon père a compris que nous ne retournerions jamais en Égypte. À cette époque, la société britannique était encore très compartimentée et elle faisait très peu de place à des immigrants comme nous. Parce que nous avions été élevés en français, langue commune aux expatriés en Égypte, et que nous maîtrisions aussi tous l’anglais à la suite de notre séjour en Angleterre, mon père a décidé que nous allions faire du Canada notre nouveau pays.»

La famille Benedetti s’installe alors à Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, au nord de Montréal, où elle a finalement déménagé quelques années plus tard. Fait intéressant, Alain et son épouse Lynda ont construit leur maison de rêve à Sainte-Anne-des-Lacs, à une vingtaine de minutes de Sainte-Agathe, résidence qu’ils habitent d’ailleurs toujours, et qu’ils ont conservée même pendant les années au cours desquelles les Benedetti ont vécu à Toronto.

Accepté au sein de la grande et respectée famille de Clarkson Gordon, «Ben» lui a rendue la pareille et ne l’a plus jamais quittée. Le point tournant de sa carrière est survenu environ quatre ans après son arrivée au cabinet. «J’étais alors affecté au compte de la multinationale RCA, et le vice-président m’a proposé de travailler pour cette société. À la maison, ma femme m’a encouragé à faire le saut, tout comme mon père d’ailleurs.» La décision semblait en effet facile : on lui offrait un salaire quatre fois plus élevé qu’au cabinet, et il avait l’occasion de joindre les rangs d’une société au sein de laquelle il pourrait aspirer à une carrière internationale. Mais il était accroché à la vie en cabinet, avec le sérieux et le professionnalisme qui y régnaient, et le fort sentiment d’appartenance qu’il ressentait.

«Je me souviens d’avoir sorti du papier à lettres avec l’en-tête de Clarkson Gordon, et de l’avoir montré à Lynda en lui disant : que remarques-tu?, raconte-t-il. On y trouvait le nom des associés du cabinet, mais aucun nom d’origine italienne ou grecque. Ils étaient tous à consonance anglo-saxonne, à l’exception de quelques noms francophones. Après tout, nous étions à Montréal. J’ai dit à ma femme que je souhaitais que mon nom figure sur ce papier à lettre.» C’est ainsi qu’Alain Benedetti a décidé qu’il serait associé, ce qu’il est devenu en 1979, après neuf ans au sein du cabinet.

Son sens de l’honneur, tout comme celui de son épouse, a pourtant failli lui coûter son rêve. Les Benedetti vivaient alors à Ottawa alors qu’Alain effectuait un mandat au Bureau du vérificateur général du Canada. En compagnie notamment de son collègue Denis Desautels, qui allait plus tard lui-même devenir Vérificateur général du Canada, il travaillait à l’implantation de ce qu’on appelait la vérification de type optimisation des ressources. «Un soir, à la réception de Noël du cabinet, nous étions tous à table, et ma femme parlait avec l’associé responsable du bureau d’Ottawa, collègue avec lequel je ne m’entendais pas très bien. Toujours est-il qu’à un moment donné, celui-ci lui dit, en parlant de moi, que les enfants d’immigrants se plaignaient toujours trop. Elle lui a coupé la parole sur-le-champ et, en le pointant avec sa fourchette, a riposté : “Ne traitez jamais plus mon mari de fils d’immigrant!” J’ai évidemment pris la défense de Lynda alors qu’un lourd silence s’abattait sur la pièce.»

Tous ont alors cru que c’était la fin de la carrière d’Alain Benedetti au sein du cabinet. Mais non. Quelques jours plus tard, il reçoit un coup de fil de son mentor, Mike MacKenzie, pour l’inviter à déjeuner. «Mike, qui était alors au cabinet de Toronto, m’a demandé ce qui s’était passé à Ottawa. Je lui ai raconté l’incident et il m’a dit de ne pas me tracasser avec cette histoire. Le cabinet m’a ramené à Montréal, et je n’en ai plus jamais entendu parler.» Ironiquement, raconte-t-il, lorsque les Benedetti déménagèrent à Toronto après sa nomination au poste de vice-président du conseil d’Ernst et Young, l’ancien supérieur d’Ottawa travaillait lui aussi à Toronto.

Mike MacKenzie, qui allait plus tard devenir surintendant des institutions financières du Canada, avait décidément décelé quelque chose chez ce jeune candidat qui ne voulait pas en être comptable. Son ami et collègue George Waye a peut-être décrit ce quelque chose lors du dîner qu’Ernst et Young a offert à Ben quand il a pris sa retraite en juin 2004, après 34 ans au sein du cabinet. «Quand nous sommes entrés au service du cabinet, plusieurs des collègues de Ben se sont demandé qui était ce bonhomme agressif, aussi à l’aise en anglais qu’en français, et qui ne correspondait pas du tout au profil typique de la recrue d’alors chez Clarkson Gordon.»

Ce sont sans doute ces qualités qui ont permis à «Ben» de gravir les échelons rapidement et qui l’ont amené, en tant qu’associé-directeur au bureau de Montréal, à presque tripler le profit par associé. «Je m’occupais alors d’un client, un important cabinet d’avocats, et j’avais constaté que sa rentabilité était très supérieure à la nôtre. Ça m’a piqué au vif. J’étais déterminé à corriger cette situation et à le dépasser.» Quatre ans plus tard, c’était chose faite. «À la réunion annuelle des associés cette année là, se souvient-il, je leur ai annoncé la nouvelle et j’ai remis à chaque associé du cabinet une plume de marque Mont-Blanc avec l’inscription 1996, plume que nous possédons tous encore. J’étais particulièrement fier du fait que le bureau de Montréal était devenu le plus rentable du groupe.»

Comme l’a rappelé encore une fois George Waye lors de ce même dîner, «Toutes ses qualités ont contribué à faire de notre cabinet un remarquable chef de file, comme en témoigne notre succès dans ces secteurs dont Ben a été directement responsable au fil des années. C’est un recruteur, un développeur, un excellent juge de caractère, un mentor et un défenseur, non seulement de nos propres gens, mais aussi de ceux et celles qui ont croisé sa route au fil des ans.»

Cette passion pour la profession l’a amené à dire oui lorsqu’il fut approché pour servir au conseil d’administration de l’ICCA. Il tient particulièrement à contribuer à l’effort pour redonner à la profession de comptable agréé tout le prestige dont elle jouissait avant l’affaire Enron et la disparition du cabinet Arthur Andersen. Et comment croit-il que la profession y parviendra? «En dépassant les attentes, répond-il sans hésitation. Celles du public, celle des clients et celles des employeurs, sans oublier celles du personnel des cabinets.

À son avis, cette démarche passe par la mise en valeur du sens éthique qui a toujours caractérisé la profession et dont, croit-il profondément, il faut imprégner la jeune génération, qu’elle œuvre dans de petits ou dans de grands cabinets, ou encore en industrie. «La profession, ajoute-t-il, doit offrir à ses membres un soutien et des services, notamment en formation, pour les aider à répondre aux exigences du public, des marchés financiers et des entreprises qui les emploient. Le succès passe aussi par la mise en œuvre du plan stratégique de la profession, plan qui vise au maintien et à l’amélioration de la position de leader financier qu’occupent les comptables agréés.»

À cette mission s’ajoutent les défis liés à la croissance de la profession au cours des dernières années. Selon lui, la règle d’indépendance et la surnormalisation figurent parmi les plus importants. Ces deux questions, directement reliées au besoin de rétablir la confiance des investisseurs dans les marchés financiers, ont amené les autorités de réglementation, dont fait partie la profession, à mettre en place de nouvelles et nombreuses règles. «Les grands cabinets disposent des ressources pour gérer tous ces changements, mais pas les petits, tout comme les PME d’ailleurs, qui doivent les appliquer.» Les normalisateurs, explique-t-il, sont très au fait des problèmes soulevés, et travaillent à trouver une solution qui puisse répondre aux besoins des vérificateurs et des utilisateurs d’états financiers. «En définitive, croit-il, il faudra être raisonnable. Les états financiers d’une station-service doivent-ils se conformer aux mêmes exigences que celles d’une société cotée en Bourse? C’est le type de questions auxquelles les autorités doivent trouver une réponse.»

Le président du conseil de l’ICCA s’intéresse également à la mutation des normes canadiennes vers les normes internationales. Il approuve la décision, même si elle suscite la controverse dans certains milieux. C’est pourquoi il entend faire en sorte que la profession de CA communique mieux et davantage ce changement stratégique important.

Alain Benedetti tient aussi à ce que la profession poursuive ses efforts en vue d’améliorer les règles et les pratiques de bonne gouvernance et participe activement aux discussions concernant les attestations sur le contrôle interne, un sujet qui alimente les discussions des conseils d’administration des sociétés partout au pays. Il est également convaincu que les compétences et l’expérience des comptables agréés peuvent contribuer à l’amélioration de la productivité au Canada, et il souhaite que la profession fasse davantage partie de la discussion entourant cette question.

Le recrutement de nouveaux CA constitue, pour le président du conseil de l’ICCA, un autre défi que la profession doit relever. Il est très conscient que beaucoup de candidats à l’obtention du titre aspirent à une carrière stimulante, mais dans un contexte où travail et vie personnelle sont en harmonie. «Nous travaillions très fort à mon époque, mais nous disposions de quelques mois en été pendant lesquels nous pouvions refaire le plein d’énergie. Ce n’est plus le cas maintenant. Il faudra trouver une solution», explique-t-il, citant l’exemple de membres de sa propre famille (deux de ses fils ainsi que leurs conjointes sont CA). Il espère d’ailleurs que la rentabilité accrue qui caractérise maintenant la profession aidera grandement à attirer davantage de bons candidats, tout en leur offrant un cadre de travail qui permette d’harmoniser vie professionnelle et vie personnelle.

Ce qu’il sait hors de tout doute, c’est que la profession de comptable agréé offre une variété de carrières stimulantes dans un environnement éthique et professionnel, et qui fera bien vivre ceux qui l’embrasseront. Sa propre histoire en témoigne.