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Projections de retraite
Par Gerard Hass
En matière de
planification de la retraite, le CA doit tourner le dos aux approximations au profit d’estimations
réalisables
Les CA sont bien placés
pour faire des projections de retraite dans le cadre de leurs services de planification. Mais, comme pour
toute autre prévision, gare aux résultats découlant de données inexactes. Leitmotiv de la préparation des
projections de retraite : les planificateurs financiers sont souvent réduits à jouer aux devinettes pour
estimer les nombreuses variables de planification de la retraite de leurs clients ou d’autres événements à
long terme. Ils se fient souvent à des statistiques et des niveaux de rendement passés. Ils n’exercent aucune
réflexion prospective et ne comprennent pas les anomalies qui ont pu se produire sur les différents
marchés.
Par exemple, nombre de planificateurs et de clients croient que les obligations auront le même rendement
dans l’avenir qu’au cours des 25 dernières années, ou que les actions des banques canadiennes constituent une
valeur sûre, garantissant protection et bons résultats à long terme. C’est pourtant en raison d’une anomalie,
soit la forte inflation et les taux d’intérêt records des années 1970 et du début des années 1980, que les
obligations et les actions des institutions financières ont eu le vent en poupe sans interruption pendant 20
ans.
Maintenant que les taux d’intérêt et l’inflation ont retrouvé leur niveau des décennies antérieures aux
années 1970, et que le vieillissement de la population laisse présager un besoin accru de sécurité et de
revenus, il est peu probable que les investisseurs voient les titres à revenu fixe produire des rendements à
deux chiffres ou presque, comme au cours des 25 dernières années. Dans les projections de retraite, il faut
tenir compte d’hypothèses et de facteurs.
Espérance de vie et horizon de planification
Le choix d’un horizon de planification est tributaire de l’espérance de vie. Au plan actuariel, il
dépend de l’âge de la personne. Plus on est âgé, plus on a de chances de vivre longtemps. L’espérance de vie
constitue donc le nombre estimatif d’années qu’il reste encore à vivre, avec 50 % de probabilité.
En outre, pour compliquer les choses, l’espérance de vie moyenne de la population canadienne, masculine et
féminine, augmente chaque décennie. L’utilisation de cette variable comme horizon de planification
susciterait probablement la colère d’un nombre considérable de clients, encore en vie au-delà de la période
prévue. Ils ne seraient pas forcément furieux, mais ils n’auraient plus de quoi vivre.
Pour éviter des problèmes possibles de longévité, comme d’avoir à héberger la moitié de ses clients dans
son sous-sol, l’horizon de planification doit être plus long que l’espérance de vie de la personne. Une
méthode moins risquée consisterait à choisir un âge estimatif au-delà duquel le client n’a plus qu’environ 10
% de chances de vivre. Et plus le client est âgé, plus il faut étendre l’horizon de planification.
Le tableau 1 de la page 43 indique l’espérance de vie et les horizons de planification des Canadiens,
d’après les données 2005 de Statistique Canada. D’autres facteurs, comme la situation familiale du client
(habituellement, le mariage fait reculer l’horizon temporel, même si l’on pourrait penser le contraire), son
sexe, la longévité de ses consanguins et tout problème médical pertinent doivent aussi être pris en
considération.
Tableau 1
|
Espérance de vie
Horizon de planification |
|
Âge |
Homme |
Femme |
Homme |
Femme |
| 60 |
80 |
84 |
91 |
95 |
| 65 |
81 |
85 |
91 |
95 |
| 70 |
83 |
86 |
92 |
96 |
| 75 |
85 |
87 |
93 |
96 |
| 80 |
87 |
89 |
94 |
97 |
| 85 |
90 |
92 |
95 |
98 |
| 90 |
94 |
95 |
98 |
99 |
| 95 |
98 |
98 |
100 |
102 |
| 100 |
102 |
102 |
104 |
105 |
| + de
100 |
+2 |
+2 |
+3 |
+3 |
Source : Table de survie Statistique Canada
En général, l’horizon de planification d’un client de 65 ans ou moins serait d’environ 91 ans, et celui
d’une cliente, de 95 ans. Chaque tranche additionnelle de cinq ans ferait reculer l’horizon de planification
d’un an. Ainsi, pour un homme et une femme de 70 ans, les horizons seraient respectivement de 96 et 92
ans.
Inflation
La variable de l’inflation prévisionnelle est la pierre angulaire des projections de retraite.
L’inflation ronge le pouvoir d’achat de chaque dollar et oblige les clients à entamer leur capital pour
subsister, en plus d’avoir une incidence sur le rendement de leurs placements.
Les effets de l’inflation peuvent être considérables. Par exemple, pour un taux hypothétique annuel moyen
d’inflation de 2 %, un panier d’articles valant actuellement 100 $ coûtera 192 $ dans 30 ans.
Tableau 2
|
Années |
Inflation |
|
1924-1973 |
2,0 % |
|
1926-2005 |
3,1 % |
|
1976-2005 |
4,14 % |
| 1986-2005 |
2,7 % |
| 1996-2005 |
2,1 % |
Source : Statistique Canada
Le Tableau 2 ci-dessus indique les niveaux d’inflation selon l’indice des prix à la consommation (IPC).
L’inflation des années 1970 et 1980 était supérieure à ce qu’on avait connu auparavant. Par conséquent, au
début des années 1990, les banques centrales du monde se sont imposées un programme de stabilité financière.
L’inflation est maintenant de 2 % en moyenne, tout comme entre 1924 et 1973.
Les banques centrales s’attachent à la stabilité des prix. Les planificateurs doivent donc suivre leur
action de près pour s’assurer que leurs propres plans cadrent avec les anticipations d’inflation.
Le rendement des placements, titres à revenu fixe ou titres de capitaux propres, suit les taux d’intérêt
qui, eux-mêmes, subissent l’influence de l’inflation réelle et estimative. En général, les planificateurs
jugent qu’un titre à revenu fixe et à court terme rapporte un taux supérieur de 3 % à l’inflation, les
obligations à long terme, un taux supérieur d’environ 5 % et les titres de capitaux propres, un surcroît
de 7 % en moyenne, à long terme.
Un examen des taux de rendement réels continus des obligations canadiennes sur 20 ans, entre les années
1943 à 2005, montre que cette approximation ne serait pas valable. Il vaut mieux utiliser l’écart actuel
entre les obligations à rendement réel du gouvernement du Canada et l’IPC, soit environ 1,6 %. Cette
hypothèse semble très solide dans le cas des actions, notamment les actions américaines, comme le montre
Jeremy Siegel dans Stocks for the Long Run et The Future for Investors. Pour leur part, les données
canadiennes portent à croire qu’un taux de rendement réel de 5 % est plus représentatif de notre marché
boursier. Rappelons que ces règles approximatives s’appuient sur des moyennes à long terme et sur des
rendements d’indices qui ne sont pas forcément appropriés.
Taux de rendement réels
|
Années |
Liquidités |
CPG |
Obligations |
Actions
canadiennes |
Actions
américaines |
EAFE |
| 1956-2005 |
2,5 % |
3,2 % |
3,3 % |
5,7 % |
6,5 % |
S.O. |
| 2000-2005 |
1,0 % |
1,4 % |
8,1 % |
4,4 % |
-7,0 % |
-5,7 % |
| 1970 |
-0,2 % |
1,2 % |
-1,7 % |
2,9 % |
-0,9 % |
-0,9 % |
| 1980 |
5,9 % |
5,1 % |
6,8 % |
6,0 % |
11,1 % |
13,2 % |
| 1990 |
4,3 % |
5,0 % |
9,0 % |
8,4 % |
18,2 % |
6,2 % |
Source : InSync Aim Trimark Synchro de Placement
Une règle approximative de 2 % pour les titres à revenu fixe et de 6 % pour les actions
constitue un bon point de départ. Il faut absolument tenir compte des effets de l’inflation dans un plan de
retraite.
Taux de rendement
La variable la plus importante des projections de retraite est le taux de rendement anticipé avant
et après la retraite. Sur une longue période, un léger écart d’estimation peut faire une grande différence
quant à la valeur du portefeuille. C’est en regard de ces estimations que de nombreux planificateurs ont fait
preuve d’un excès d’optimisme. Outre l’inflation, les objectifs de placement du client et sa tolérance au
risque influeront sur le taux de rendement qu’obtiendra le client.
S’il y a une leçon à tirer de la dernière baisse boursière, c’est que le degré de tolérance au risque de
l’investisseur devrait, plus que tout autre facteur, déterminer la composition du portefeuille. Plus un
client est prudent, plus le taux de rendement anticipé à long terme sera faible. Il importe donc de tenir
compte des éléments suivants :
- Les projections de rendement doivent porter sur au moins deux périodes, avant et après la retraite. La
prudence augmente généralement avec l’âge, d’où une diminution des rendements.
- À long terme, les actions ont réalisé de meilleurs rendements que les obligations, elles-mêmes ayant fait
mieux que les placements de fonds liquides à court terme. Mais le rendement supérieur a un prix : une
plus grande volatilité à court terme et une protection moindre.
- Impossible d’échapper aux frais. La plupart des clients ont affaire à des gestionnaires de fonds
professionnels ou à des conseillers en placement qui, à leur tour, font appel à des gestionnaires de fonds.
Nombre de produits gérés ne font pas mieux que leur indice de référence, en partie à cause des frais.
- Il se peut que les clients, leur conseiller en placement et le gestionnaire de portefeuille souffrent du
même mal, notamment la recherche de la performance, le regret des montants perdus à court terme et la vision
individualisante plutôt que globale des différents comptes. Il en résulte habituellement, pour les clients,
des rendements inférieurs à ceux des indices boursiers.
- On ne peut pas échapper aux impôts. Les gains en capital constituent actuellement la forme de revenu la
moins imposée, comme d’autres avantages fiscaux, tels le crédit pour TPS ou la non-récupération des
prestations de la Sécurité de la vieillesse. Les dividendes canadiens sont soumis à un faible taux
d’imposition, mais la majoration appliquée peut avoir des répercussions négatives sur d’autres avantages
fiscaux. Vu la variation récente de cette majoration, il faut reconsidérer la vieille méthode consistant à
conserver les titres à revenu fixe dans un compte enregistré, mais non les actions. La plupart des
conseillers en placement tiennent compte de la volatilité et de l’efficacité fiscale dans leurs
recommandations, ce qui n’est pas toujours sans incidence sur les rendements.
- L’évolution des marchés boursiers semble suivre des cycles de 18 ans, ponctués de périodes de croissance
et d’accumulation. Il faut tenir compte du moment du cycle où l’on se situe dans la projection du taux de
rendement.
- Une étude réalisée par SEI Investments à la fin des années 1990 indique que le plus important facteur de
valeur ajoutée d’un placement dans des titres à revenu fixe est la gestion de la duration, soit l’allongement
ou le raccourcissement de l’échéance de l’obligation selon les anticipations de taux d’intérêt.
- Se baser sur le rendement passé d’indices connus pour estimer les rendements futurs peut susciter des
attentes exagérées. À long terme, un grand nombre de fonds ne font pas mieux que les indices. En diversifiant
ses placements, il est probable qu’un investisseur obtienne des rendements moyens. Les fonds à revenu fixe et
les fonds d’obligations ont plus de mal à faire mieux que leurs indices respectifs, et récemment les fonds
d’actions n’ont guère réussi à battre l’indice composé TSX.
Il semble préférable de tabler sur 2 points de pourcentage de plus que l’inflation pour les placements à
revenu fixe et sur 5 points de plus pour les placements en titres de capitaux propres. Un rendement réel de
3,5 % pour un portefeuille composé à égalité d’instruments à revenu fixe et de capitaux propres serait
donc approprié.
Un indice mis au point par l’auteur pour évaluer les portefeuilles gérés, représentatif du portefeuille
diversifié moyen, a réalisé un rendement annuel moyen de 6,2 % au cours des 20 dernières années, tandis
que l’IPC a progressé de 2,6 % en moyenne au cours de la même période. Ce rendement réel net de 3,6 % est
proche du résultat avancé ci-dessus selon l’approche révisée. C’est à ce rendement plus vraisemblable que les
clients devraient s’attendre.
Conclusion
Un grand nombre de facteurs entrent en ligne de compte quand on établit des projections de retraite
pour un client. La prudence lors de l’estimation des horizons de planification, de l’inflation et des taux de
rendement, est un facteur déterminant de l’efficacité de ces projections. En remettant en cause les
approximations qui pouvaient être valables naguère et en leur substituant une réflexion prospective et des
estimations corrigées réalisables, le CA servira mieux ses clients dans leur quête d’une meilleure existence
post-professionnelle.
Gerard Hass, CA, CFP, CFA, est
gestionnaire de portefeuille chez Raymond James à Hamilton. Les opinions de l’auteur ne reflètent pas
nécessairement celles de Raymond James. Cet article n’est produit qu’à titre informatif. Si elles sont tirées
de sources présumées fiables, l’exactitude des statistiques ne saurait être garantie. Gerald Hass a un site
Web à l’adresse www.WealthTrust.ca
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